22/04/2010

A l'orée de la nuit

Elle était immobile, endormie dans sa coupe nue. Sa chair dessinait des courbes à l’orée du sombre de la nuit. Deviner dans l’obscurité un corps que l’on connaît, c’est prédire une joie que l’on possède déjà. Amour n’est pas instinct. Amour n’est pas instant. Amour est construction dans la complexité du temps. D’abord on aime le rêve, les astres ardents de la promesse, l’utopie sauvage de la découverte. Ensuite celui-ci se gorge du sel de la réalité ; mais ce n’est que lorsque l’on accède au visage de l’humanité que l’on peut aimer l’Autre. Parfois, on se lasse avant et l’on se tourne vers la quête fallacieuse d’un éternel renouveau. Parfois on arrive à subjuguer le quotidien d’un lien entendu, indicible, silencieusement solide.

Un regard suffit alors souvent pour éclipser le langage, pour tamiser les doutes ou simplement pour dire merci. Le désir quant à lui, n’est pas consubstantiel au bonheur, il est ce qui le menace dans son intimité profonde, et pourtant sans lui nous sommes éteints, semblables à des panneaux indiquant des villes n’existant plus. Dans une expression quelque peu ancienne, on disait lorsque l’on avait couché avec une femme qu’on « l’avait connue ». Connaître consume le désir, le modère, le musèle parfois. Or, ce n’est qu’en accédant pleinement à la connaissance de l’Autre que le désir peut être complet, transcendé, réel tout simplement. Il est facile de désirer ce que l’on ne possède pas mais il est plus noble d’estimer ce que l’on a.

 

Je te regarde, toi qui dors juste là,

Et te désire si près, si loin, si fort,

Par une vague qui monte en moi,

Léchant l’écume salée de ton corps.

La houle me berce de tes reins

Dans ce grand voyage imaginaire,

Ma bouche marine dévore tes seins,

Tel un esquif où la raison se perd.

La douce musique de tous les mots

Devient le chant de ton plaisir,

Une sirène appelant les sots

Comme des doutes voulant mourir.

Les symboles s’entrechoquent

A mesure que les peaux se mêlent,

Je sens mon souffle qui se bloque

Retrouvé, ton regard de jouvencelle.

Ton émotion bleutée me rend ivre

De moments où rien ne compte,

De pages blanches de livres,

Où s’éteindrait la honte.

Ton sourire m’emprisonne

Dans les filets de ton âme,

Mais mon bonheur résonne

Comme une passion se clame.

Elle est,

Je suis,

Nous sommes

Et ça suffit.

06:44 Écrit par Banur dans Amour | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/10/2009

Toi

Toi, ne laisse pas celle que j’aime s’éteindre sans fracas,

                             

tes yeux sont lentement passés déjà, d’un champ de blé, à une rue mouillée par un rideau de pluie. Où est ce sourire murmurant au bonheur, le bonheur d’être en vie, cet écho dans mon cœur, dévorant jusqu’à l’oubli. D’être mis de côté, ma peau se ternit comme un costume trop sombre pour être porté, mais mes mains jointes prient encore la lueur d’un habit de lumière. Ensemble, nous étions forts, ensemble nous étions beaux, insouciants alors, nous rêvons désormais pour que demain, nous soyons encore.

 

L’automne ne me fait pas peur, du moment que tes lèvres chantent le printemps et lorsque le cruel hiver poindra, nous nous embrasserons, l’été aux dents. Parfois, pourtant, je ne distingue plus les rires de tes pleurs, plongée dans ton chagrin, tu fermes ton âme à clé et pour que notre amour ne s’arme pas de sanglots, mon corps deviendra digue afin que tu ne puisses te noyer. Toi qui attends si fort d’être guidée, ne repousse pas le Messie en te laissant assiéger par l’angoisse, ouvre lui tes bras et referme les en collier, autour de son cou, ils seront le courage d’un nouveau combat. Quelles que soient les difficultés, à deux elles se partagent, moitié de peine, moitié de joie, toujours soudés lorsque la tristesse nous tutoie. Regarde moi, regarde toi, ne sommes nous pas, deux fous perdus, sur la route des espoirs meurtris, retourne toi, regarde moi et offre nous le paradis.

 

Le temps ne guérit que les blessures qui ne se sont jamais ouvertes. Ne compte pas sur les années pour effacer le poids du silence, elles ne taisent que les regrets en forgeant des peut-être. Ta douleur est preuve que tu vis, tes peurs traduisent ta volonté d’aimer, ne rebrousse pas chemin, nous sommes au début de la route, souris à l’infini, défie l’inconnu, laisse le vent t’écarteler afin qu’il sente sur les ailes de la brise la pureté de ton cœur blessé. Nous ne pouvons certes vivre d’amour et d’eau fraîche, l’argent nous permet d’exister au-delà de la simple survie mais si nous oublions ce que nous sommes, nous vivons ruinés.

15:10 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

18/09/2009

Inconstance

Rien ne dure.

 

Rien ne dure tant que la mystérieuse insatisfaction de

l’opportunité manquée, lorsque, face à la sauvage incertitude du

choix posé, les doutes se mêlent au flux de l’excitation. Toute

chose se termine, tout se fane un jour, à l’image d’une

 

fleur trop exquise pour perdurer. Pourtant, le souvenir de la

beauté est souvent plus tenace que l’objet l’ayant fait exister.

L’inconstance de nos vies est le paradoxe le plus constant de

celles-ci. Nous rêvons de réaliser ce que nos esprits

 

créent mais bien souvent nos cœurs meurent de ne pas avoir

assez vécu. D’abord nous désirons aimer, ensuite nous aimons

et puis nous nous persuadons que cet amour n’est pas un

songe. Vivre, c’est combattre en vain l’inconstance

 

de ce qui nous entoure et c’est précisément ce caractère

inéluctable qui donne à la lutte tout son sens. Les larmes, aussi

salées soient-elles, ne persistent pas plus

 

que l’espoir, voilà pourquoi la fragile nécessité de ce qui naît

est axiologiquement neutre. L’éphémère est une vérité, un

attribut de la nature du vivant mais il est lui-même assujetti à sa

propre dynamique : le réel n’est rien d’autre que ce que l’on en

fait. Les promesses d’éternité sont les plus délicieux

 

mensonges, elles répondent à la surnaturelle immortalité du ciel,

elles plongent les âmes dans la luxueuse illusion de l’acquis et

font même des plus pauvres, des nantis du drame. Sois un lion,

plante tes crocs dans la chair du temps afin de lui laisser une

marque qui le fasse saigner pendant des siècles, à la manière de

 

ceux qui ont signé les pages du grand livre de l’Histoire. Aime,

partage, mange, bois, écris et crie que tu vis même si cela ne

sert à rien, car cette guerre perdue contre l’inconstance nous

permettra un jour de domestiquer la fin.

23:25 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/06/2009

L'amour est la réalité du langage

"Tout est langage", tel est le postulat fondateur de la critique postmoderne. L'usage problématique de la rationnalité humaine a précipité la fin des métaréctis, repères universels d'une race hétéroclite. Mais lorsque tout est langage, l'écriture devient selon une perspective constructiviste, un processus de confection du réel. Ecrire, ce n’est plus traduire ou transcrire, c’est construire, voilà pourquoi nous y faisons appel dans les moments de doute, de joie, de tristesse ou de réussite. Ainsi, dès lors que nous formulons métaphoriquement notre douleur par exemple, nous ne cherchons pas à la décrire, autrement dit, à en faire une cause efficiente, la description n’est alors plus qu’une conséquence contingente de l’activité causale de formation du réel. Ecrire que l’on a mal ne consiste pas à décrire une douleur particulière mais crée matériellement dans la concrétude de la réalité, un sentiment immatériel interne. De la même façon, écrire que l’on aime ne vise pas à subsumer ce sentiment dans un système affectif mais réévalue à chaque fois le flux de puissance par lequel ce système est mû.

 

« Je t’aime », mon amour. Je te l’écris et par là, te fais comprendre que cet énoncé n’est pas une simple habitude en tant qu’expression de la factualité, il est dans toute sa dimension performative, un critère de validité de nos existences communes. Là encore, l’amour ne peut se contenter d’être descriptif, il est ontologiquement supérieur au statut du simple « étant » et matériellement supérieur à sa quantification sensible. Le prédicat «t’aime», ne peut se concevoir comme un attribut purement historique du sujet « je », comme la description future d’une copie d’un sentiment résolument passé et supposé présent, il doit être un paramétrage complet et réactualisé de toutes les conditions empiriques de la nouvelle réalité. Paramétrer et réactualiser, voilà très précisément le rôle de l’écriture dans un contexte de holisme langagier au sein duquel la réalité est une captation de la force sémantique. L’amour crée par la fusion des êtres, un consubstantialisme que l’écriture permet de consacrer. Voilà bien des mois que je ne poursuis pourtant plus cette activité qui m’est si chère : tant de mots non couchés, tant de choses qui ne furent pas dites et donc tant de réel non construit.

 

Depuis plus de deux mille ans maintenant, la philosophie tente de fonder le savoir, les connaissances, avec pour résultat une pluralité immense de théories et peu de certitudes dans le cadre d’un réel, objectivé par la construction des événements, manipulé par l’hégémonie du langage. Cependant à la manière de Kant, j’ai pu dégager un impératif catégorique : « t’aimer » non pas universellement mais éternellement, comme maxime vitale de mes actions, comme sens fondateur de mon langage.

12:53 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

11/05/2009

La langue muette

Avec quelle encre écrire ce que même le silence n'exprime pas ? Lorsque les larmes sont plus acides que le sel de la solitude éclose, lorsque la peine s'érige en palisade et engloutit chaque mot. En quelle langue formuler ce qu'un regard ne perçoit plus ? Lorsque les sentiments enfouis se terrent sous la gangue d'un avenir incertain et que le désir de les exprimer se dérobe devant la crainte d'un lendemain précaire. Aimer, c'est pouvoir oublier ce à quoi l'on a renoncé. La foi ne naît pas dans le temple, mais embrase les coeurs de ceux qui ont asservi le regret, l'amour quant à lui, véritable et infini, ne s'ancre pas dans la matière. Suis- je de chair lorsque mon esprit se tortille entre les corridors froids et sombres d'une nuit sans lune ? Suis-je de chair lorsqu'en ta présence, ton corps me témoigne son absence ? Suis-je tout simplement vivant pour te confier tant de pouvoir sur un parcours que je n'ai pas encore écrit ? Sans rien regretter, sans colère ni bruit, brise ce Mur qui t'emprisonne, reviens moi, toi que je connais et fais en sorte que Bruxelles sois notre Berlin.


02:42 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

14/09/2007

Le crépuscule de Jade

Je suis là, les yeux grands ouverts sur cette couche vide

viennent pourtant s'endormir les étoiles. A l'approche de l'heure blanche, celle où toute vie cesse, où toute penséese tait, mon regard se porte vers le manteau de cristal en laissant mon esprit s'envoler vers toi. Je sais déjà que je ne verrai pas les perles de l'aube s'amonceler en collier sur ta peau, alors que dans l'air  amputé de ta présence mes sens saisissent toujours ton parfum. Mon âme a soif de toi et m'empêche de dormir car, encore imbibée de la fraîcheur récoltée au puits de tes lèvres, elle parcourt la route pavée de nos rêves. Les sabots des dragons y résonnent sournoisement avant que ne soient crachées les flammes de la distance. Je brandis mon coeur  comme une cape pare-feu mais mon dos me brûle de te  voir partir au faîte de la nuit. Mon plafond se transforme en ciel et j' y fore deux trous en quête d'infini. Je laisse ma passion te chercher dans les décombres du firmament, là où toutes les réponses se trouvent, gravées comme des runes sur les colonnades du temps. Je t'invoque afin que l'outre de ton sourire remplisse ma coupe avant celle de  l'absence, puis, je sculpte la pierre de ton nom en une statue de marbre de "cas rare" et la rive à mon lit pour qu'elle combatte les démons. Je te sens presque trembler d'ici noble Dame qui ce soir protège l'enfant et puisque le  sommeil ne viendra plus à moi, je veillerai la veilleuse de mon plafond perforé. Sens-tu l'avatar éthéré que je t'envoie et qui pose sa tête sur ton épaule?entends-tu son message murmuré dans la langue de l'espoir?Tant de choses nous tiennent éloignés mais je sais que sur la route pavée de nos rêves, nous ne cessons d'avancer,

main dans la main, les yeux fixés vers le

crépuscule de jade. 

 

04:57 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

06/07/2007

"Sangtiments"

 

La tête qui bourdonne et les yeux mouillés de pluie, j'écris,

à chercher sur les ondes de la nuit, les mots capables de

brûler les meurtrissures de papier. Tout est vain quand on

y croit pas assez, même les plus beaux soleils enlacés,

qui, une fois séparés par l'horizon des illusions, se laissent

tromper par le voile du soir qui tombe. Tout donner, n'est

pas donner assez à l'ombre des plus grandes peurs, subtiles

et sournoises, lorsque celles-ci, drapées de leur tenue de

malandrin de l'âme, exécutent le Vrai. Rouge cent, au nombre

des lames fictives qui percent mon coeur, rouge "sangtiment",

au sceau de ceux qu'il laisse échapper, rouge pur-sang,

comme la jument d'abandon qui galope vers ton nom

dans mes veines. Fille de la lune, laisse moi t'aimer pour

qu'à la saison de bonheur tu sois mon solstice flamboyant.

Fille des étoiles, laisse moi t'écrire l'unicité de ton éclat,

laisse moi gommer les doutes de ta constellation en

frottant mon doigt sur le ciel de ton destin et laisse moi

crier ta beauté jusqu'au jour de l'ultime lendemain.

N'oublie pas les promesses dont furent témoins, le vent,

la terre, l'eau...et mes mains sur ta peau. Souviens toi des

pactes que nos corps ont scellé en secret, souviens toi des

rêves d'émeraude taillés dans la pierre brute de notre foi,

souviens toi tout simplement de moi et libère toi de cette

emprise fallacieuse.

 

 

Ecriture minute d'un besoin vital.

 

05:39 Écrit par Banur dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

26/05/2007

Le fils de l'Homme

Le temps est une chose bien étrange, c’est une boîte maudite

où les démons se rangent, une table de négociation autour

de laquelle, passé, présent et avenir se jouent de la réalité, s’arrogent les plus improbables illusions pour en faire leur brillante spécialité.

 

D’ailleurs le temps est roi des illusions : le passé pur n’existe pas, car il influe toujours sur le présent, ce dernier n’est quant

à lui, qu’un entre-temps composé d’un passé non révolu et

d’un avenir déjà à moitié écrit. Ainsi à l’inverse de ce que l’on pense, le présent est le temps qui nous appartient le moins, enserré dans les chaînes d’hier, poussé par le vent de demain que l’on voudrait encore retenir tel un souffle court. Il est un plaidoyer de souvenirs non encore abrogés, un monticule invisible de projets non encore réalisés, il n’est rien, il est le vide ; pire, il est la cloche qui enferme le vide.

 

Nous ne sommes jamais ce que nous sommes, nous sommes toujours ce que nous avons été à travers le prisme de ce que nous désirerons être. Acoustiquement, « présent » ne peut par ailleurs nier ses affinités avec le mot « prison », dont les barreaux du temps ne sont pas moins pernicieux à forger ce

que nous ne sommes pas. Si le présent n’existe pas, nous n’aurons jamais mainmise sur le temps, aujourd’hui sera

inlassablement le dénominateur commun entre hier et demain

et ne pourra se targuer d’une existence propre.

 

Pourtant je suis là, je choisis, je choisis d’être avec toi car j’ai fait ce choix hier et que je le referai à chaque aube nouvelle. Je choisis d’être ce que je doit être, en écrivant un jour certain qui ne sera plus demain. Je choisi l’illusion d’un présent inexistant, pour cacher un passé trop présent, en présentant à l’avenir mes plans.

 

    

           Peu importe la raison pour laquelle sourit le temps,

           peu importe le sens dans lequel souffle le vent,

           Moi, fils de l’Homme, vit pour l’éternité de nos instants.

 

 

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28/01/2007

Deux flammes sous la pluie

 

Le voile de l'attente s'est lentement déchiré

sous l'oeil scrutateur de l'hiver,

légers flocons d'absence bientôt remplacés

par la route des destins ouverts.

Mon cri résonne par delà les murs

que le manque érige comme une prison,

se creuse de ma cellule un tunnel nommé futur

dont ton coeur sera le point d'extraction.

Les projecteurs seront braqués sur nous,

les miradors fixeront ma sortie,

de cette tentative tous nous traiterons de fous

 pourtant mon amour est ma seule folie.

J’entends le maton faire sa ronde,

sa matraque lèche les barreaux du temps,

elle veut faire s’écrouler mon monde

mais chaque aube me rappelle l’important.

Plus rien n’a de sens si tu n’es pas là,

telle est la substance de ma chanson,

je t’attendrai autant qu’il le faudra

car aucune porte n’empêchera mon évasion.

Une fois dehors nous serons libres,

 deux flammes s’embrasant sous la pluie,

chaque jour brûlera par cette fibre

qui dans la nuit sera notre bougie.

Les mains jointes et pleines de cire

nous poursuivrons ce rêve interdit

en fixant le ciel jusqu’à le faire rougir

de nous avoir délivré notre bout de paradis.

Alors nous saurons sous la voûte écarlate

que notre étoile ne meurs jamais,

 c’est un immense soleil qui se dilate

à l’éternelle lueur de nos secrets.

02:17 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

05/01/2007

La route du Sud

Ouvrir la porte délicatement. Te voir étendue sur le lit, tes

cheveux épais aux multiples reflets densément déployés sur

l’oreiller, quelques mèches retombant  pourtant sur ton front

afin de laisser la plus belle partie de ton regard percer ce rideau

souple de kératine. Alors je m’arrêterais quelques instants,

symbole conscient de la magie dont tes yeux incendient la

pièce, et je scellerais la poignée, la main possédée par les démons

du désir. Je me coucherais à côté de toi et te déshabillerais

en laissant fondre mes doigts dans ta crinière rebelle, tel un

noyau en fusion nucléaire. Le contact de ma peau pigmenterait

alors tes lèvres de son impédance électrique, induisant le son quasiment imperceptible des draps qui se froissent autour de

tes pieds. Cette même main, la main qui scelle les poignées,

s’aventurerait ensuite entre les rives fruitées de ton cou et

glisserait sur les vallées découvertes de ta poitrine, semblable

au vent frôlant la cape de l’horizon. Révélant le polymorphisme

du corps humain, mon index et mon pouce adopteraient la

forme d’une pince, en faisant pression de manière croissante

sur le bout de ton sein, tandis que tes bras se raidiraient

légèrement dans un délicieux réflexe physiologique.

Toujours plus bas, se poursuivrait l’exploration, sur ce que

j’appelle la route du Sud. La température y augmente à chaque

centimètre parcouru sous les soleils blancs de l’envie, la surface

effleurée frémit sous le souffle du voyageur et chaque sens

indique la destination finale, à l’image d’une prophétie sur le

point de s’accomplir. Le prophète serait une langue caressant de

discours intimes les parois labiales en processus d’ignition, de

ce feu capable de réduire en vulgaires amas de cendres les plus

grands empires, de cette consomption terminale ravageant jusqu’à

la racine des pourquoi. Le muscle lingual cherche et touche sa cible,

les liquides s’offrent, se mélangent, s’harmonisent, se recréent,

dans une coupe incandescente d’où le plaisir émerge. Les panneaux,

les signes, présents sur cette route, s’expriment avec bien plus

d’ardeur que les mots, ils marquent l’empreinte pourpre des corps.

Je prononcerais aussi ton nom dans une transe où amour et chair se

confondent, je m’enivrerais des formes trahies par ton ombre aux

alternances clair-obscur et je graverais ton sourire dans la lune en

y inscrivant la date.

Les étoiles nous regarderaient nous unir encore une fois,

quelques une fileraient peut être en emportant nos souhaits

dans le pays où ils sont supposés se réaliser, la nuit avancerait

au rythme de nos gestes et on pourrait s’endormir en se disant

que notre vie est là. Cette route me mène vers toi, à toi, en toi

et je voudrais pouvoir la prendre en joignant nos doigts, je

voudrais pouvoir l’emprunter ce soir mais tu n’es pas là.

C’est étrange mais j’ai du mal à considérer mon propre lit

comme le mien quand tu n’y es pas, c’est un peu comme se

sentir étranger dans son pays ou ne pas reconnaître ses parents

quand on rentre à la maison, et pourtant, d’une certaine façon

tu ne le quittes jamais. Je sais que toi aussi là bas, à l’autre

versant de l’absence, du côté enneigé de l’attente, tu me

ressens et m’appelles, alors je vais te rejoindre où rien ne peut

nous séparer, dans l’alcôve claire de nos rêves enlacés.       

 

 

00:47 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

23/12/2006

 

C’était une nuit de fin décembre lorsque, n’arrivant

pas à dormir, un petit garçon scruta le manteau

vespéral par la fenêtre de sa chambre. Il vit alors

que la lune fut plus basse et plus lumineuse que

jamais, telle une ampoule astrale désireuse de le

guider jusqu’au grenier céleste. Subjugué, il décida

de sortir de son lit, de s’habiller chaudement pour

faire face au froid environnant et d’attraper l’échelle

attenante à sa façade. Une fois que cela fut fait, il

grimpa dessus, prit un élan fougueux et s’élança de

toutes ses forces en direction de la lune au sublime

sourire hiémal. Le mouvement de balancier, amplifié

par le flux de la magie coulant de son périmètre optique

jusqu’au canal vital de son cœur, finit par atteindre son but.

Après avoir touché la surface de l’astre blanc, il entama

son ascension, doucement mais sereinement.

L’échelle ne comportait guère plus d’une quinzaine de

marches pour l’amener au bout de son rêve, mais à chaque

fois qu’il se concentrait fidèlement sur son objectif, un

échelon venait inconsciemment se rajouter. Grâce à cela,

il parvint à dépasser les gigantesques « barbes à papa »

au goût de cumulonimbus qu’il dégusta au passage.

Grimpant de plus en plus vite, devenant de plus en plus

impatient, il arriva finalement au dernier niveau et se

retrouva devant une grande trappe. Il la souleva pesamment

et pénétra au cœur du grenier céleste. Tout d’abord, il

aperçut un immense champ de sucres d’orge, et parmi eux,

au milieu de toutes les formes rouge et blanche,

resplendissait la silhouette élancée d’une sucrerie suprême

aux reflets dorés. Il s’en approcha, l’analysa de son regard

charmé et s’en saisit délicatement comme d’un souhait

trop réel pour être vrai. Intrigué, il amena ce sucre d’orge

fantastique à ses lèvres et le tâta de ses papilles curieuses.

Instantanément il vit des flashs de son passé de son présent

et même de son avenir. Fasciné et légèrement effrayé,

Il fit le chemin inverse, redescendit par l’échelle et retourna

dans sa chambre comme si tout cela n’était qu’un rêve

magnifique. Avant de s’endormir, il plaça le sucre d’orge doré

à côté de lui dans son lit. Le lendemain quand il se réveilla,

s’était un homme et contre sa peau encore chaude de la nuit,

se trouvait la femme qu’il avait toujours attendue, son plus

beau rêve.

 

 

                             Joyeux noël mon amour.

   

     

14:59 Écrit par Banur dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

19/11/2006

Standby

Est-ce que chaque journée nécessite un élément déclencheur ? Est-ce que chaque journée nécessite une raison qui lui est propre pour commencer ? Est-ce que quelqu’un d’autre se pose cette question ? Là, à l’instant, je viens de sortir de mon plumard. Ce parallélépipède de ressorts capricieux et grinçants possède un pouvoir sombre, une capacité à torturer le doute et à s’accaparer la réponse qui en découle, tout en faisant inexorablement pencher la balance de son côté obscur. Le doute, c’est le doute unique et oppresseur régnant à cet instant, c’est le parangon du raisonnement monomaniaque, c’est un juge inquisiteur siégeant au tribunal de la conscience interne et raisonnant de sa voix grave lorsque tombe, tel un couperet, l’irréversible question : putain ! Je me lève ou pas ?

 

Bien entendu, malgré mes paupières semi closes, je ne dormais plus depuis un long moment déjà, cependant, je fus happé par la voix inique du pageot, cette voix sablée comme une pâtisserie croustillante, ce chant muet mais corrupteur auquel il arrive que l’on succombe.

J’en reviens donc à ma question initiale, à cet élément déclencheur qui, s’il est absent, peut incommensurablement faciliter et réduire la résistance au doute. Il est des jours où nous ne voulons pas vivre. Cela ne veut pas dire que nous voulons mourir mais seulement que nous n’avons pas la fureur de vivre, cette rage parfois silencieuse qui nous pousse à être le plus tôt debout, qui nous pousse à courir vers notre but, qui nous pousse à embrasser le matin plein de certitudes, qui nous force à organiser le temps si précieux afin de pouvoir tout accomplir.

 

Le temps dans ces cas là, d’ailleurs, est à l’identique des ressources à la surface du globe : inégalement et inefficacement réparties. Alors que beaucoup meurent encore de faim de façon indicible lors de l’avènement du pseudo progrès, d’autres gaspillent de façon tout aussi indescriptible. Pour le temps, c’est la même chose. Il arrive souvent qu’on le dilapide à d’infructueuses lubies, alors qu’à d’autres moments, il manque cruellement pour profiter d’un instant parfait ou tout simplement pour achever tout ce qui avait été programmé.

 

Aujourd’hui, c’est un peu ça, un jour en creux, 24 heures de mode standby, nous sommes des machines après tout. La pupille se teinte de rouge, le système entier tourne au ralenti, en attendant le signal, c'est-à-dire la couleur rivale, le feu vert dans le langage technique. Le vert dont le métacode communément partagé ne pourra signifier qu’une seule chose… lève toi, repars, agis, vis. Un peu comme dans la chanson « l’envie », on pourrait dire : qu’on me donne la stase pour que mon sang circule. Pour être vivant il ne suffit pas de respirer, ni même d’être en bonne santé, il faut être conscient de ce que cela représente pour soi et il faut être certain que ce désir soit plus fort et plus indubitable que tout le reste. La formule de Pascal, résidait dans le « cogito ergo sum », ou encore « je pense donc je suis ». Moi, ma formule en ce jour de creux sera : « j’aime donc je vis »          

   

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21/10/2006

Observatoire

C’est le matin, je marche, je marche en chantant intérieurement la chanson de l’homme qui pense, ma musique m’explose les tympans depuis cinq minutes

déjà et je fixe la pesanteur du ciel titane en spéculant

sur ce qui m’attend. Il est des moments où l’on ne peut couper aux obligations, je le sais, il faut que je me rende

à nouveau là bas. A mesure que j’approche du lieu, l’air lui-même en vient à changer, plane en cet endroit, une aura de mensonge, une négativité ambiante dissimulée sous une couche machiavéliquement posée d’apparences traîtresses. J’entends des sons, comme une musique qui vient interférer avec la mienne, je ne connais pas mais moi, je ressens ça comme un remix post-nucléaire de Norah Jones, c’est un peu comme admirer un cristal dans une cage de métal, bref, ça me dérange. La fourmilière crache toute sa puissance doctrinale alors que je me fonds à son contact, des entités, des gens, partout, non ce sont bien des fourmis, ils paraissent tous savoir ce qu’ils font là mais aucun n’y pense en réalité. Je me fraie donc un chemin au travers de cette masse bruyante, j’ai quelques minutes de retard, en principe cela ne m’arrive pas mais dans ce contexte je dois bien avouer que ça m’arrange.

 

Presque avec fracas, je pousse la double porte, je pénètre

dans l’auditoire à moitié garni ; le principal intéressé, celui que tous attendent en babillant de façon futile, a encore plus de retard que moi.

Je scrute la disposition et décide d’aller me poser tranquillement au fond, plus ou moins deux rangs

derrière le dernier occupé. Là haut, je profiterai d’un avantage stratégique pour mon observation.

Voilà, sans un mot, le chef de l’acte entre avec quinze minutes de retard en commençant sans introduction aucune ce qui tombe communément sous le vocable de cours. Moi, du haut de mon perchoir, je lance un regard global qui balaie tout l’environnement.

Je me délecte car ils sont en représentation, eux, les acteurs inconscients de cette pièce dont ils ne pourront jamais saisir ni les finesses, ni même l’existence. Tout d’abord, mon regard s’attarde sur un gars au premier rang : de corpulence très mince pour ne pas dire maigre, un style négligé pour ne pas dire sale, des cheveux créant un hiver tout blanc lorsqu’une simple secousse les traverse, des petites lunettes, et… un magnifique pc portable servant à prendre note, du genre petit génie high tech qui pète pas un mot mais qui en encode cinq à la seconde dans sa machine. Je suis content, c’est mon premier sujet, ha je vois une main qui se lève, je suis curieux.

Alors lui, il s’agit du pauvre bonhomme qui rougit quand il pose une question. C’est son moment de gloire éphémère, un instant aussi infime soit-il lui permettant d’exister aux yeux des autres, lui qui d’ordinaire doit être l’homme sans ombre, un hologramme diaphane de timidité à la limite de l’évanouissement lorsqu’une fille lui dit bonjour. C’est fait, il l’a posée, tout le monde l’a oublié déjà, il retourne dans le néant existentiel qui est le sien en attendant sa prochaine intervention, l’an prochain peut être.

 

Ensuite, me vient un léger sourire en observant toute une ligne de gratteurs supersoniques, on dirait une équipe olympique de prise de notes synchronisée, ils écrivent plus vite que ce que leur cerveau est apte à digérer, pour le peu qu’il en soit capable tout court. Je trouverais intéressant de mesurer la corrélation entre ce profil d’étudiant là et le taux de cancer du poignet dans les années suivant leur pseudo formation. Mon observation vagabonde dans les travées de cette forme censée rappeler les agoras de la Grèce antique et finit par se fixer sur une fille cette fois. Je cherche un terme élégant pour tenter de la qualifier mais je n’y parviens décidément pas. Une pisseuse fashion-victim probablement en procédure de mariage organico-technologique avec son téléphone mobile dernier cri, méditant des heures durant sur la longueur qu’elle choisira pour ses extensions de cheveux et sur la couleur à appliquer à ses faux ongles… artifices quand tu nous tiens !

Beaucoup plus sobre et moins facile à repérer, le gars semblant perdu au milieu de l’arène lisant son « métro » avec un regard vide. C’est le genre qui doit être né en orbite circumlunaire d’un père cosmonaute et d’une mère frappée de mononucléose chronique, le genre à bailler au réveil après douze heures de sommeil, le genre qui en posant son menton sur sa paume, semble y confier tout le poids de l’univers… un gentil en somme.

 

Pas très loin devant moi, en tendant l’oreille, je peux surprendre la conversation de deux commères de quartier, déjà du genre mamies et très vieilles filles alors que parallèlement elles ne semblent pas encore avoir embrassé intellectuellement la post-adolescence.

Juste devant elles, se trouve un vrai faux rocker : une casquette à l’effigie du groupe The Ramones, en mousse, du style qu’on fabrique plus et qu’on ose plus porter, un jeans tout neuf dans lequel sa petite maman a sûrement fait des trous avec amour pour qu’il ait l’air d’avoir tout vécu en le portant et des chaussures larges qu’il a probablement ciré au polish d’excréments pour tenter de les rendre plus trash, rrrrrrridicule ! Subsidiairement, il tente de dissimuler son mp3, de valeur scandaleusement supérieure au véritable amour qu’il en a, tout en faisant mine de suivre les explications.

Enfin, dernière perle de mon étude mais pas la moindre, un pur produit de la noblesse déchue, dans le style sang bleu, comme ses yeux de fils bien élevé, au nom tellement long et pompeux qu’on lui a déjà retourné deux paires de claques avant qu’il n’arrive à la moitié.

Dans le genre, il a un style hautain, comme s' il allait encore monter sur quelque trône autre que celui nécessaire à l’appel quotidien de la nature. Il sait tout, il domine tout, il en est persuadé, comme quand il tient son sceptre souverain qui n’est autre qu’un club de golf, il voudrait sûrement changer le monde en un terrestre dix-huit trous mais il a peur de dire merde aux clichés, un bien triste sire que celui là.

 

Ainsi se termine mon exposé socio-psychologique de terrain. Je conclurai en disant ceci : si ce sont là les grands esprits de demain, j’attend impatiemment le jour où l’on pourra avoir un balcon sur la lune.                 

16:16 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

11/10/2006

Voir plus loin

Tout compte fait, après réflexion, j’ai décidé qu’aucun écuyer ne peut retenir la rage d’un cheval quand il a décidé de ruer aveuglément. Ainsi je reviens, brandir ce que je suis, dans le but de faire la guerre à tous ceux qui n’ont pas compris ; plutôt être détesté pour ce que l’on est, qu’adulé pour ce que l’on est pas. Je pense que trop ont cru voir un être qui leur ressemble en se drapant dans l’impudence de la forme, en refusant de pénétrer véritablement le sens et l’esprit de celui qui vit derrière les mots, en formatant l’interprétation à leur bon vouloir… mais tout ceci prend fin aujourd’hui.

 

Je viens de passer une journée avec mon ami en ville, ouais, celui là même qui se voit mentionné dans le texte précédent. Nous avons bu, car nous adorons la bière et que le nier serait rejeter cet aspect de partage, nous avons discuté, nous avons réfléchi, nous avons ri mais nous avons surtout dit ce qu’un homme se doit de dire à un autre homme qu’il considère comme proche. A savoir qu’un ami n’est pas quelqu’un qui prétende comprendre ce qu’on lui dit, être là quand on a besoin ou lui mentir en disant qu’il est le meilleur à tout bout de champ, seuls les lèches futals et les lichénites en ont cette définition. Non, c’est quelqu’un qu’on peut fixer à travers le goulot d’une bouteille, en la soulevant avec lui, qu’on regarde droit dans les yeux, en se disant « je sais qui je suis », « il sait qui il est » et au-delà de toute cette masse de rampants inutiles et dérangeants, c’est ce gars là que j’ai choisi. Nous avons parlé de la force mais de la vraie, pas celle d’un skin truffé de protéines et de testostérone, aux yeux couleur épinards mixés, qui ne voit même plus ses pieds et n’arrive plus à rentrer dans son jeans de tapette, tellement il s’est gonflé la carcasse.

Seul un homme qui a décidé d’être fort peut le devenir, en réveillant le guerrier qui est en lui, en comprenant que chaque chose est un combat, en cherchant à se connaître véritablement pour savoir où il va et quand il le sait, s’y diriger sans l’ombre d’une hésitation… tout choix est une dernière charge, c’est du do or die. Si tu piges pas ça c’est que t’es un con et en plus que t’es pas un homme, des fois y a pas de détails, toute victoire est forcément absolue, seuls les faibles tentent de justifier l’injustifiable. Nous nous sommes également entretenus des choses de l’amour, comme il dirait, à travers la fumée des clopes, les bruits de l’environnement, le passage des innocents, la musique diffusée en toile de fond. Nous l’avons fait mûrement, purement, en hommes, car en cet instant où rien ne comptait à part la vérité ne pouvant exister que dans ce genre de contexte, nous avions rendez-vous avec nos vies.

 

Je crois sincèrement que dans ce genre de situations, un homme peut se retrouver en face d’un autre, malgré les différences, les incompréhensions, les différends, car ils ne sont alors plus unis que par la vérité, ce trésor inaccessible à tous les usurpateurs de talents.

Il faut sans cesse avancer vers soi, car mon ami aujourd’hui m’a fait repenser à ceci de manière plus prononcée : notre pire ennemi reste nous-mêmes et tant que nous arrivons à survivre avec lui, aucun autre ne peut nous inquiéter. Je suis en marche, en marche vers cette quête, aussi que tous ceux qui désirent s’élever sur mon chemin, m’accuser, me bafouer ou salir mon intégrité essentielle à tout homme, s’arment d’arguments solides, car je les briserai comme un fétu de paille à la clôture des récoltes.

 

Après être sortis du bar où nos discussions furent tenues, nous nous sommes jetés dans la magie pénétrante de la ville nocturne, cela faisait bien longtemps que nous n’avions partagé ce spectacle à deux et je dois bien avouer que c’est un tort auquel nous avons décidé de remédier.

 

En mentionnant cela, je souris tout seul dans l’obscurité grandissante de ma chambre car je me remémore, non sans une pointe de satisfaction rétrospective, les moments perdus dans les couloirs de la nuit, à cette époque où quasiment chacune d’elles était passée dans cette atmosphère unique. Parmi tous les souvenirs délirants remontant à cette période, je me concentre ce soir sur l’un d’eux plus particulièrement…

 

Nous le savions, la nuit allait être longue, nous l’avions déjà décidé de la sorte. Nous enchaînâmes les descentes de boissons à un rythme que ni la décence que je n’ai pas, ni la mémoire défaillante des circonstances, ne me permettent de spécifier. Toujours est-il qu’après avoir visité tous les bars et endroits louches qui nous passèrent alors par la tête, après avoir déambulé sous la lune de l’insouciance pendant des heures et sur les pierres des rues humides du centre, nous avons décidé d’observer le lever du soleil sur la ville. Nous nous sommes donc rendus sur un lieu bien connu, que je ne citerai pas ici afin que les gênants ne volent pas des beautés qu’ils ne méritent guère, pour être témoins de ce spectacle fabuleux. Encore légèrement grisés de nos escapades éthyliques, nous avons posés nos fesses sur les marches froides et nous avons échangé des pensées diverses en attendant que le ciel noir ne se teinte d’ocre aux cris du matin. L’air froid pénétrant nos poumons dans l’abandon des âmes n’était que pur bonheur, comme un liquide de vie qui joint l’intensité de l’intérieur à la magie de l’extérieur, mais évidemment, tous ceux qui n’ont jamais vécu ne peuvent comprendre ceci. Ce qui est surtout important ce que nous étions libres, nous étions forts car nous savions ce que nous faisions là, nous étions vrais car rien ne nous retenait, nous étions fous mais nous étions beaux dans cette aliénation… ouais j’y repense et c’était bien, certains parcours sont fort étranges, le nôtre l’est aussi je crois

mais comme il m’a dit tout à l’heure, les vrais hommes doivent voir plus loin… et moi, je vois le chemin que nous décidons d’emprunter, ensemble, en tant que soldats.          

       

 

00:26 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

09/10/2006

Adieu

Ceci sera mon dernier texte:

il n'y aura aucune référence, aucune influence, aucune inspiration, aucune copie. Simplement les mots d'un homme, écrits à l'encre des larmes qui coulent sur ce clavier maudit.

Je ne veux pas de mots compliqués, d'images poétiques, de réfléxions conflictuelles, car j'ai échoué, échoué dans mon écriture, dans ce que je voulais qu'elle véhicule. Par elle, je tentais de comprendre mieux celui que je suis, de sonder ma vision et ma perception de certaines choses et de la partager pour voir si je serais entendu. Personne n'est obligé de me croire, mais je tremble en écrivant ceci. Il est une personne qui, depuis bien des années, m'a apprit énormément, m'a ouvert de nouvelles voies, passions, orientations. Il est certain qu'il fut une influence et je ne cherche pas à le nier. J'ai d'ailleurs tenté, presque pudiquement, de le dire dans un texte du mois d'octobre, tout au début. Au delà des sources elles-mêmes, c'est donc lui qui fut le puits de ma "formation". Je n'estime pas avoir copié des oeuvres mais l'héritage de cette personne est ancré en moi. J'ai essayé par mes mots, de chercher comment j'avais assimilé tout cela, de l'exprimer à ma façon en me détachant du vecteur originel, de me prouver que j'avais vraiment ressenti toute cette matière. J'ai voulu trouver celui que je suis encore plus profondément et tout en le confirmant, saisir si d'autres pouvaient le comprendre. Mais visiblement, j'ai lamentablement manqué mon essai, car la personne qui, je le souhaitais au départ, y arriverait, n'y est pas parvenu par ma propre faute. J'ai tout voulu sauf me travestir et c'est pourtant comme cela que je suis ressenti... échec, échec, échec.

J'écris pour moi mais aussi pour tout ce qui vis en moi, j'ai voulu éviter les étiquettes, les regards biaisés mais je retombe dedans alors que j'en ai souffert par le passé, croyez moi ou pas. Nous nous présentons tous avec des carcans, des acquis, des poids, des secrets, un passé. J'essayais ici de men détacher, là encore, ode à l'échec sanctifié. Menteur, voleur, tricheur, usurpateur, ou toute négativité impériale se terminant en "eur", traitez moi de ce que vous désirez, car j'arrête ici, je n'ai pas été compris. Je promets pourtant que mon intention ne fut JAMAIS de commettre un tel forfait, peut être inconsciemment, ai-je là aussi, échoué. Adieu Banur, adieu mémoires, adieu illusions, adieu mensonges.

Pardonne ma faiblesses mon ami, celle que tu n'as jamais acceptée, j'ai échoué. Je sais parfaitement que tu ne me croiras pas mais je t'aime. Si ces mots-ci ne sont pas spontanés, alors je n'existe pas. Adieu à tous.

00:52 Écrit par Banur dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

23/09/2006

Journal... Réponse d'un chevalier

La chaleur inquisitrice semblait susceptible d’affecter traîtreusement n’importe quelle âme tentant de lui tenir tête, en ce jour bouillonnant. Cependant, au milieu de la foule, se dessinait la silhouette d’un homme, taillée de façon cérémoniale au fer d’une armure scintillante.

 

Scrutant impassible et serein, projetant au firmament des contours imaginaires, l’excroissance de ses pupilles vers l’entrée de la salle royale. Chaque élément de son équipement paraissait conter une sérénade de rayons réfléchissants au miroir des colonnes dorées de l’antre suprême. Son casque à cimier, orné de plumes mauves foncées, répondait parfaitement à la profondeur pourpre de sa cape, soigneusement accrochée en broche de maisonnée. L’agitation générale s’estompa consécutivement aux pas du chevalier, gravissant une à une les marches marbrées qui cliquetèrent au contact de son soleret. La double porte majestueuse happa finalement l’ombre du preux au sein de la bâtisse.

 

Là, son cœur décolla tel un dragon affamé en quête de héros néophytes, il rugit comme un volcan trop longtemps muselé déchirant l’écorce de la terre, il hurla en vagues successives dans ses tempes à l’image d’un marteau léchant la rudesse d’une lame ardente. Un tel bouleversement ne pouvait souffrir qu’une unique explication : au bout de la pièce, éclairée

uniformément à la lueur séductrice des bougies orangées, trônait l’incarnation charnelle de ses frissons, la réponse impavide à toutes ses questions, son rêve, sa Reine.

Du haut de la plus grande grâce que l’humanité puisse fournir, la souveraine lui fit signe d’avancer dans sa direction, puis, lui demanda de s’arrêter à une distance de six pas environ. En ce périmètre de réalité intemporelle, dans cette bulle d’illusion de dualité chaotique et onirique, il s’immobilisa, identique à un marin humant

le rivage mais ne pouvant encore y poser ses lèvres.

 

Ses yeux, en teinte de désir orphelin n’avaient d’autre alternative que de mesurer la pureté de cet être divinement humain se trouvant en face de lui, offrant à sa robe de soie verte une peau plus transparente de beauté que l’étoffe elle-même. Délicatement, son auguste charpente se dressa, se dirigea vers lui, déposa tendrement sa main sur l’épaule du chevalier et l’enjoint à

s’agenouiller. Sur son honneur d’homme, voilà bien la seule personne devant laquelle il était capable de faire une telle chose, qui plus est, en respirant un parfum extatique que sa seule conscience lui accorda. En remontant la tête, il vit un livre entre les mains de sa reine, la synergie de leurs regards respectifs s’accrocha alors aux murailles crénelées d’un destin préadamite, d’une vérité remontant au-delà des origines de l’homme, d’une résurgence inéluctable de leur passion éternelle. N’excluant pas une seule seconde la femme de foi de son champ de vision, il ancra sans hésitation sa main, totalement à plat, sur la couverture du livre. Croissement, il sentit sa peau chauffer, puis, finir par le brûler, incrédule, il la retira et remarqua que le sceau de sa Reine était gravé au creux de sa paume, simultanément, son empreinte digitale s’était inscrite dans les légers sillons du tome sacré.

 

n    « Ceci est ma vie que je vous confie », lui avoua t-elle

n    « Ceci est mon sang que je vous offre », répondit-il en levant sa paume à jamais marquée.

n    « je suis tout entier ouvert vers vous, en abandon charnel, en offrande vitale, en sourire éternel, en bannière de toujours, en conquête de demains, au caprice des chapitres, au fleuve des mots, aux plaintes sanglantes des peurs décapitées… pour vous, vous la seule, vous le rêve, vous le miracle, vous le merci, vous le ciel, vous le bleu, vous le rouge, vous le vert, vous le mauve, vous la route, vous la raison, vous la passion, vous la chanson… Vous, ma Reine »

 

Ainsi prit fin le jour du serment, quand commença la légende. En première page du livre, figure le nom du chevalier, mais énormément d’autres restent à écrire dans l’alcôve secrète des corps fondus et des bonheurs mêlés.

 

                 A toi, pour toujours. 

 

                            

02:36 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

02/09/2006

Loi unique

Diamants accrochés au fil de l'absence,

glissent en fourmis aux sourires étoilés

vers la colonie impériale de tes sens,

Myrmidons des mes passions incarnées.

 

Tu sièges au grand Sénat de mes songes,

présidant le forum de mes paupières closes,

vêtue de la toge céruléenne du ciel éponge,

mosaïque absorbante en fine toile de prose.

 

Chaque mot murmuré est tribun fougueux,

faisant fondre le marbre de mon assemblée,

catachrèse charnelle, syllogismes sulfureux,

rhétorique de l’amour en ardente prosopopée.

 

Ton corps est discours, mon cœur auditoire,

désir studieux connu sur le bout des doigts,

récitant à l’examinateur nocturne son mémoire

pour décrocher avec envie une mention de toi.

 

Je plaide au Barreau de mes sentiments dorés,

pour gagner le procès que le manque m’inflige,

j’accole ton nom à mes conclusions signées,

prouvant au juge la cruauté que la distance exige.

 

Tu es la jurisprudence des tribunaux de mon âme,

tu es la doctrine initiatique de ma plus grande foi,

une conception immaculée où les doutes se pâment,

la justice de mon système, mon unique loi.

 

 

  

  

15:21 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

23/08/2006

Célébration

Voilà six lunes que le vent souffle bleu

sur le patio de ma demeure sanctifiée,

il y tourne les pages d’un récit aqueux,

dont chaque mot d’espoir est le vivier.

 

Une demi révolution sur ma planète,

orbite cachetée du sceau de l’invisible,

poussière cosmique de ma passion secrète,

paillette mon cœur d’éclats invincibles.

 

Seize millions de secondes à ton nom,

arrosant mon jardin des Hespérides,

où les poèmes faisant rougir Villon

sont tes sourires d’or à mon égide.

 

Six calendes d’extase apodictique,

sur le chemin pavé des rues célestes,

promenade de nos rêves éclectiques

et des destins fusionnés en un geste.

 

Deux saisons conjuguant libre l’été,

aux soleils immortels de nos yeux,

la pluie se brûlant aux joies vitriolées

de l’alchimie que nous créons à deux  

 

   

 

                 Toutes ces formules pour te dire

                 que cela fait six mois que je t'aime

                 et que tu as changé ma vie.... merci

14:06 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |

18/08/2006

Immaculée croisade

Amour, Passion, sentiments symbiotes

d'une perméabilité émotionnelle inéluctable,

souffle brûlant d'une souffrance exquise,

qui jamais ne connaît satiété, ils sont à la vie,

ce que l'espoir est à l'après-mort, l'ancre de

tous les rivages, l'ambre des sempiternels abandons.

Caresse de baisers térébrants en fleurs de maux,

qui dans le jardin de l'absence poussent à profusion,

sève revigorante, coulant du pistil bleu des mots,

dans la renaissance perpétuelle de sourires croisés.

Son parfum est une promesse scellant ma foi,

son regard une cathédrale, au clocher de mes émois,

ses cheveux, une toison de rêve entre mes doigts

et sa bouche un brasier transcendant ma croix.

Nous sommes tous de biens étranges bouffons,

vendant leur âme pour le secret d'un bout de pomme,

en tombant nous mâchons le fruit de la destruction

et tentons comme des estropiés de reformer la paire.

Mais si nous y parvenons, alors nous devenons roi,

le ciel devient notre fief, notre domaine passionnel, 

nous y aspirons le paradis et le transférons ici,

dans la demeure de nos coeurs battant par deux.

C'est ça que l'on appelle le royaume des cieux,

moi, je suis un croisé de la passion luttant pour toi.

Je conquièrerai fougueusement l'Antioche de ton désir,

je rebâtirai la Nicée de tous tes rêves muets et inavoués,

j'obtiendrai la clef du St-Jean d'Acre de notre avenir,

j'incendierai les murailles de l'Edesse du doute,

j'accrocherai nos destins aux tours d'un Damas étoilé

et t'offrirai les portes de la Jérusalem de notre éternité.

Tu es mon Saint Sépulcre, mon immaculée croisade.   

 

 

 

 

 

 

 

15:12 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

09/08/2006

Un cri pour mes frères

En vérité, je vous le dis, tous les Hommes sont frères et je suis parent de quiconque se réclame de ma famille, car dans mes veines ne coule point du sang mais le fleuve des principes de tous ceux qui les ont défendus avant moi. Qu’importe si les chevaliers ont bien existé comme nous les décrivent les légendes ou non, qu’importe si le Code qu’ils juraient de protéger n’est que délire romancé, qu’importe si les historiens appellent leur époque l’âge sombre… car leurs valeurs nous sont parvenues comme un cri qui, lui, ne connaît pas d’âge.

 

Les choses existent à partir du moment où nous y croyons, la réalité n’étant que le reflet de la foi que l’on y porte. Alors je crois, de toute mon âme, à ces préceptes qui font bouillir mes gênes. Ils sont mes évangiles, ma religion ; une religion de l’Homme, pour l’Homme, par l’Homme, rien de mystique, pas besoin de fixer le ciel, pas besoin de se déplacer dans un lieu construit à ce seul effet, pas besoin de nommer des médiateurs, seulement la force d’écouter notre cœur et de le faire triompher dans chaque choix.

 

L’Honneur est un lourd fardeau dans un monde qui tend à le bafouer mais, rien, n’égale la satisfaction qu’il procure quand il est mené au bout du chemin. La loyauté semble futile dans un monde où la trahison est un dogme mais elle nous permet de rester humain. Le courage semble vain dans un monde qui élude les véritables combats mais il est le souffle qui nous pousse à défier la mort en souriant. L’amour de la vérité semble bien loin dans un monde qui élève l’hypocrisie en ciment sociologique, pourtant, il nous permet de regarder sur le passé de notre vie et de boire au calice de la fierté de ceux qui ont conservé leur intégrité. L’humilité semble perdue dans un monde qui fait de l’arrogance un tremplin sociétal mais nous sommes bien petits pris séparément. La justice semble vaine dans un monde où le système du même nom transpire la corruption, mais aucune sentence ne sera jamais aussi juste que celle de notre miroir.

 

Alors, arrêtez vous un instant, observez vous bien dans cet objet réfléchissant, questionnez vous sur le  sens de votre vie, demandez vous ce qui compte le plus, ne craignez pas de peine divine mais tremblez devant le tribunal de votre conscience pour toutes les fois où vous avez renié ce qui sommeille pourtant en chacun de nous. Les principes ne meurent pas, ils se camouflent seulement et il est toujours plus simple alors, de se dire qu’ils n’existent plus, pour s’affranchir de l’obligation de les suivre soi-même.

 

L’Amour enfin, synthèse de tous les autres, qu’est-il devenu à part une habitude viciée que très peu connaissent mais que tous croient détenir ? Il est une course folle, remplie de participants aveuglés qui s’essoufflent sur une route sans but… car sans posséder toutes ces autres valeurs, il s’avère impossible sous sa véritable forme. Il symbolise en effet, le principe ultime de l’humanité, le seul secret de l’absolue liberté et la clef de notre sauvegarde… alors ayez simplement cette pensée à l’esprit : avant de pourchasser frénétiquement la dernière pierre de la pyramide vertueuse, demandez vous d’abord si vous possédez celles qui trônent à sa base. Moi, je suis extrêmement imparfait, c’est d’ailleurs ce qui me rend humain, je ne suis pas chevalier et pourtant j’aimerais bien. J’essaie seulement, à partir de mon humble tour, de répercuter ce cri, transmis dans les rêves et l’âme de nos ancêtres, dans le sang de tous ceux qui sont morts pour la liberté et leurs principes, un jour, en un lieu, sur cette Terre.

Pour eux, Hommes de mon espèce, je vous somme de prêter l’oreille, je ne suis rien qu’un pauvre messager mais si ce cri parvient à réveiller un seul de mes frères, alors je ne l’aurai pas exhalé en vain.

 

 

                     Encore une fois, à toi, celle qui me donne envie,   chaque jour, au-delà de tout,

                     de pousser ce cri… mon véritable sens      

19:21 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

05/08/2006

Rêves de lendemains

J’écris car j’entends l’âpre fouet de tes cris

et que depuis l’irréversible pacte de nos âmes,

cela est devenu pour moi funeste mélodie,

faisant de chaque note un océan de lames.

 

Où que tu sois, dans mon cœur, tu vis

mais là mes bras boucliers ont soif de toi,

de pouvoir servir à ce qu’ils ont promis

et que l’ombon de ma foi livre combat.

 

Je suis comme un soldat à l’écart du front,

au loin, j’entends l’écho des tambours honnis

mais ne peut que lutter à l’encre de ma passion,

pour que triomphe l’étendard de ma patrie.

 

Toi, mon unique contrée, je te voue ma plume,

je soigne tes blessures dans la tente du crépuscule,

mes mots médecins y anesthésient ton amertume

et ne m’endors qu’au sourire de ton repos incrédule.

 

Rêve maintenant, à la saison d’après-guerre,

pense aux mots des fleurs et oublie le chant d’adieu,

marche devant afin que ne saigne plus les pierres

grave y nos noms pour qu’on érige ce mur à deux.

 

Avale les lettres de mes sens comme des pilules,

remèdes magiques au goût sucré de courage,

fais les couler jusqu’à tes peines qui brûlent

et laisse l’ondée du renouveau poindre des nuages.

 

Abandonne ton sourire aux caravanes du vent,

écoute le son naissant des petits chariots de feu,

lèche les caresses du soleil qui grisent ton chant

et regarde l’horizon de ce convoi dans les yeux.

 

Leurs roues ardentes n’accroche point poussière,

elles embrasent seulement les rêves de lendemains,

sur cette route or et bleu, seul le passé est désert

car l’avenir est un espoir qui s’appelle destin.

 

Perds l’Ouest qui pour tes pleurs fut amphore,

recueille la force du Nord et l’esprit du Midi,

moi je t’offres l’Est car tu es clef d’aurore

et que dans ma main tu seras un matin qui luit.

 

                                                    

                                                                 A toi mon rêve... mon lendemain

01:08 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

03/08/2006

L'acompte

La pluie, encore elle … elle lacère le ciel en trombes chaotiques, martèle le sol

inquiet en un concerto violent, qui ne semble avoir pour seule préoccupation acoustique,

que celle de me rendre sourd. Elle représente les larmes de Janus car elle a deux visages.

Celui des souvenirs, qu’elle fait remonter comme un burrito trop gras, c'est-à-dire avec la réminiscence d’un bon goût au départ mais qui, à terme, tourne sur l’estomac… et celui de l’avenir, qui à travers un treillis semi opaque, semble filigraner le florilège de nos craintes.

La pluie ça sert aussi à te rappeler que tu dois garder les yeux ouverts quand tu marches,

tu te demandes alors si elle lave les fautes comme le sang ou bien si elle te permet simplement

de te faire oublier qu’elles suintent pendant un moment. On dit qu’il pleut des cordes mais j’ai beau tirer dessus j’arrive pas à grimper vers le ciel, alors j’écris, j’écris par ce que tu viens

de me déposer chez moi après les moments qu’on a passés ensemble et que j’arrive pas à dormir. J’écris comme si je te parlais, comme si cette toile était un invocateur d’ondes dont toi seule possède la fréquence, comme si chaque mot posé ici était un secret forgé sur l’enclume de ton tympan, comme si ton corps alanguit était toujours contre le mien

et que tu m’écoutais longuement, comme si en faisant cela je pouvais évacuer un minimum

ce besoin dévorant que j’ai de toi… ouais j’ai pas eu assez de toi, alors je te le dis mais en fait j’ai jamais assez de toi, car quand t’es là, cette chienne de pluie elle me touche pas. Elle peut fouetter à m’en cribler les os, elle ne m’atteint pas, d’ailleurs ça me rappelle cette phrase magnifique dans « la pierre et le sabre » d’ Eiji Yoshikawa… c’est un moine qui dit à un condamné à mort à qui on va trancher la tête : « médite sur la puissance de Kanzeon et la lame volera en éclats »… ben moi c’est la même chose, j’ai médité sur la puissance de ton aura et sur l’impact qu’elle a sur mon existence et quand je lève les yeux, je vois tes ailes bleues qui me servent de protection… non, décidément, la chialeuse peut faire ce qu’elle

veut, ses misérables larmes volent en éclats. Nos clones originaux qui sont là haut, ceux qui tirent les ficelles sur notre nuque irritée, ils se marrent quand on parle de l’avenir, ils nous laissent faire des plans, ils nous donnent même l’impression qu’on va presque les toucher

et puis, quand t’as plus qu’à mettre la dernière pierre, ils font tout s’écrouler. Moi, mon avenir c’est de ne pas devoir écrire sur le fait que tu sois pas là, c’est seulement écrire pour

toi alors que tu te trouves derrière ou à côté de moi… et vous les marionnettistes du panier

des éthers, je vous montre pas que j’ai des ciseaux dans la main mais avant que je ne sentes la tension dans mon cou, je couperai les fils, je vous laisserai pas me faire jouer un autre destin que celui là. Trop font l’erreur de croire la vie longue, elle l’est parfois, mais alors c’est du bonus, moi je me prépare chaque jour en me demandant le costume que je porterai quand viendra la moissonneuse de l’ultime crépuscule… j’essaierai de lui sourire en lui disant que je t’ai connue… mais d’ici là je veux vivre, par ce qu’à chaque moment passé avec toi, j’ai l’impression de tirer la barbe du supérieur la haut d’une main et de l’autre, celle de l’ange déchu tout en bas… non je sais j’y crois pas mais l’image me plaît… d’ailleurs on devrait pouvoir s’arranger avec un de ses deux là : moi je leur vendrais mes souvenirs et en échange ils me donneraient autant d’années en plus avec toi, ouais je sais ça paraît ridicule dit comme ça mais peut être qu’en fait c’est ça la réincarnation… à la fin on remet tous ces souvenirs dans une boîte et puis on peut repartir pour une nouvelle aventure, tabula rasa comme on dit… mais alors moi je me pose la question, qu’est ce qui se passe si un souvenir est tellement fort qu’il survit à la boîte ? ils l’auront probablement passé au mixer purgatorien et auront étiqueter chaque morceau de celui-ci de façon différente mais si malgré tout et ce même de manière floue, il continuait à subsister… ouais c’est peut être ça qu’on appelle une âme

soeur, c'est-à-dire récupérer ce qui nous appartient, je sais pas si Dieu, ou un de ses sbires d’ailleurs, me le rendra mais en tout cas quand je t’ai vue pour la première fois j’ai eu l’impression de retrouver la clef de ma demeure. Je repense à cette chanson de Bon Jovi

« it’s my life » et particulièrement cette phrase que je trouvais très nulle au début :

« I just wanna live when i’m alive », j’avais même regarder les lyrics pour voir si c’était pas notre cher Van Damme qui avait écrit les paroles… mais en fait c’est pas con quand on y pense, je dirais même que je l’aime maintenant cette satanée réplique… je suis vivant grâce à toi et je veux plus que jamais vivre pendant que c’est le cas, qu’on aille même jusqu’à écourter mon existence si cela augmente les moments qui t’y comprennent, ça me va très bien.

Les regrets servent à nous faire réfléchir au moyen de les effacer, c’est pour ça que je n’en ai jamais mais Balavoine chantait : « je veux mourir malheureux pour ne rien regretter », j’adore cette phrase et pourtant moi je dirais, que je voudrais mourir heureux pour connaître mon unique regret… celui de ne pas t’avoir dit assez combien je t’aime car cela est impossible… en attendant donc, prends ceci comme acompte.               

   

 

07:13 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

01/08/2006

Pandemonium

La pluie… elle a toujours un goût différent après le soleil, un son irréel également, car on entend le sol sec et avide l’aspirer comme un vautour qui se délecte des vers d’un cadavre…

pourquoi cette image ? pour te rappeler que t’es mortel, que le vautour à capuche attend

que tu te perdes dans ce grand désert en oubliant ta gourde ou bien que tu ne la remplisse pas

assez pour tout le voyage, emporté par un élan béatement optimiste. Après s’être fait un barbecue de neurones en me tortillant l’unité céphalique sous un soleil de plomb, les gouttes

sont revenues sur ma ville, j’aime la chaleur, sérieusement, mais je ne peux qu’avouer que sous la mélancolie d’un ciel gris, elle a vraiment de la gueule. C’est uniquement là que t’entends ces vieilles pierres crier  « pardon » pour toutes les erreurs qu’elles ont contemplé sans pouvoir les changer, les murs du centre c’est en quelque sorte des liseurs de rêve qui voient l’avenir sans pouvoir le modifier. En les touchant elles te murmurent ce que sera

demain et si t’y crois pas t’es un crétin par ce que c’est pourtant bien ce qui se passera ; tu crois savoir où tu vas mais tu sens même plus le collier que t’as autour du cou, tu crois que t’auras le temps de faire tout ce que le système a prévu pour toi, tu crois que t’es différent par ce qu’à un moment t’as décidé de tourner à gauche alors que les autres te donnaient l’impression de virer à droite… mais c’était compris dans le calcul, c’est le même éditeur de circuit qui a créé ce tournant là aussi, tu crois que t’es réfractaire ou rebelle mais tant que tu sauras pas pourquoi tu seras rien du tout, juste un clone… ouais peut être qu’en fait on a tous notre clone là haut, bien sûr c’est nous la copie, on est juste là pour porter ses souffrances et payer le prix de son impudence face au grand patron… parlons en ça tiens !

tout à l’heure je vais au centre justement et je me fais accoster par une illuminée qui déballe son panégyrique sur Dieu, une témoin de Jéhovah sûrement, moi je lui dit que son « Jéhovah » c’est un mensonge inventé par les Hommes pour rendre leur faiblesses plus supportables, une urne où déposer les cendres de leur foi travestie, un ersatz d’immortalité…

je lui dit aussi que je suis mon propre dieu, par du tout par arrogance mais seulement par ce que ma foi, la vraie, je la place en mes rêves, que croire en soi est la seule façon de se sauver,

que je trafique pas des indulgences et qu’après analyse poussée, il n’y a qu’exceptionnellement moi qui puisse me l’accorder. Ce Dieu, ils l’ont fait grand, puissant, parfait, afin de se sentir misérables et petits devant son ire imaginaire et en partant de ce postulat, continuer impunément leurs vices, seule chose comptant véritablement, tout en invoquant leur propre turpitude. Ensuite il suffit de s’asseoir derrière une grille, d’embrasser une croix ou tout autre artifice assimilable, d’invoquer le nom de leur invention, afin d’épurer toutes leurs dettes… en fait, Dieu est un créancier bien conciliant… juste là j’écoute « my own prison » du groupe « Creed » et ça s’y rapporte très bien… ouais, nous créons notre propre prison et nous sommes notre propre jury, c’est la seule vérité, je reprendrai donc la fin pour situer la pensée : «  I cry out to God seeking only his decision, Gabriel stands and confirm, I’ve created my own prison », y a pas de doute c’est la seule réponse honnête qu’on puisse recevoir. Puisque je le cite, j’adore le leader de ce groupe, Scott Stapp, si vous ne connaissez pas, c’est un mec qui chante avec son cœur, pour prouver que le vrai rock a encore une âme…

ouais j’ai bien dit le Vrai rock car aujourd’hui il n’y a presque plus que des pollueurs de style qui pensent y connaître quelque chose, qui croient qu’il suffit d’avoir quelques piercings, de porter l’emblème de leurs idoles fabriquées par incubation de mauvais son et de mettre deux doigts en l’air pour en être… mais non mon vieux, le rock c’est pas une musique, c’est un mode de vie, tu te mets pas dans la configuration rock quand t’es derrière ta stéréo, tu l’es ou tu l’es pas, tu te lèves en pensant selon ses principes, tu manges en savourant la liberté qui y est décrite, tu t’habilles pas avec les mêmes habits que ton groupe favori, par ce que leur message est précisément : sois libre, fais comme tu veux, crée ton propre style, ta légende personnelle, domine ta vie, rejette les contingences et refuse d’obéir à un aboiement qui désire enchaîner ton cœur… quand je suis derrière ma batterie ou à un concert, dans ma chambre ou dans la rue, j’essaie toujours d’avoir cela à l’esprit et je me dis que je suis en vie.

Le royaume du ciel, j’y crois pas sous cette forme mais je trouve beau en général ce qui s’y rattache… la musique sacrée ; la magnificence des lieux qui sont supposés l’être aussi ; la conviction sans bornes de certains qui le défendent ; le symbolisme de grandeur ; le sentiment presque mystique que l’on ressent quand on lit un des livres saints et l’interprétation qu’en a fait le Fantasy, par ce que sur le principe y a rien à dire. : un Healer c’est splendide comme Esprit, c’est le ciment du groupe, le représentant de la grande Lumière… en fait, c’est exactement ça, pour moi, un prêtre qui crée un bouclier béni en invoquant son Dieu

c’est aussi beau qu’un chevalier qui après un rude combat terrasse le dragon mais ça reste du fantastique… cependant il ne faut pas penser que je ne crois en rien… je ne pense pas l’homme immortel mais je crois que ses rêves le sont, je ne crois pas en Dieu proprement dit mais il n’est en fait qu’un nom, je pense toutefois qu’une énergie suprême présida à la création des choses. Cette énergie que j’aime appeler « Gaïa » pour différentes raisons, n’est pas une entité découlant d’une logique anthropomorphiste, qui l’assimilerait au vieux sage à la barbe blanche… non, elle est immatérielle, ne connaît pas les notions de bien et de mal, elle donne la vie et la reprend sans s’encombrer de telles considérations manichéennes qui sont l’apanage de l’humain, elle est l’âme de la nature et poursuit un cycle dont la maxime peut se résumer en ceci : « la seule constante de l’univers est le changement »… croire en elle c’est croire en la vie, car quand on tient l’être cher dans ses bras, on peut pleinement la palper, au-delà de cette réalité, ce n’est que supposition fantaisiste… dont l’originalité ne manque cependant jamais de me fasciner. L’humain cherche à devenir éternel, à repousser les limites de la vie, à combler son imperfection… mais que seraient les moments rares sans l’intensité impliquant qu’ils puissent ne jamais revenir,  chanterait-il si ardemment les cantiques du jour si celui- ci ne venait jamais à pâlir ? que serait l’art qui emprisonne la beauté d’un instant fragile si celle-ci ne s’altérait jamais ? qu’elle serait la magie d’un dernier concert si son auteur pouvait sans cesse le reproduire ? que seraient les héros qui nous font rêver si ceux-ci se relevaient toujours ? car en effet, il n’y a qu’une seule chose qui émeuve plus que l’ascension d’un brave et cela est sa chute… ils seraient tous simplement comme emprisonnés dans une bouteille d’eau gazeuse qui a perdu toutes ses bulles… les dieux sont des créations chimériques de l’Homme mais même en admettant qu’ils puissent prendre une existence propre conforme à celle qui les décrit, ils en viendraient à nous envier précisément par ce que nous sommes mortels (confer Achille dans Troy)… je terminerai par ceci :

je suis un misanthrope humaniste, car même si la majorité des représentants de notre espèce

forment l’armée du Pandemonium, les exceptions qui subsistent sont des anges aux ailes tellement dorées que chacune de leurs plumes me forcent à l’aimer cette race hybride…

A toi Arthur, souverain du royaume de l’Eté, afin que ton rêve se réalise.                   

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30/07/2006

Cyber Dream

Ma génération, mon peuple au-delà des frontières, mes frères au sourire solitaire,

ce sont ceux qui pendant un temps détestent leur époque. Ceux qui sont fascinés par le passé

et qui après s’être décapités, balancent leur tête dans le futur, ce fardeau non encore accompli, qu’ils considèrent comme un brigand détroussant l’espoir avec la dague du doute. Tout ça avant de se rendre compte qu’en fait ce sont eux qui correspondent le mieux à cet espace temps vicié, à cet instantané d’évolution, eux qui, en vibrant autant sur un solo de classique qu’un rock explosif ou encore qu’un jazz mélodique, pénètrent la musique aux plus clair de leurs tripes. Ils sont l’âme d’un système qui trouve sa vérité dans les paradoxes, qu’ils remarquent de façon trop nette. Alors ils enfoncent le goulot d’une bouteille jusqu’aux confins de leur gorge ou tirent aveuglément à s’embuer leurs yeux déçus sur un pétard, car au bout y a le flou qui apaise un peu. C’est le genre à se torturer le poireau dans le noir car le son des questionnements y est plus dense, il se demande ce qu’il fout là et pourquoi… comme tout le monde me direz vous… non pas tout à fait… le sens de la vie ça paraît être de la philo au micro-ondes mais lui il a vachement l’impression d’être à un siècle charnière où tout ce qu’il a emmagasiné sur les conneries du passé et l’inéluctabilité qu’elles se répètent en exposant dix, lui permet de savoir de manière relativement adéquate comment cette race impure, imparfaite et pourtant si fascinante dans ses exceptions, se précipitera vers son dernier chapitre. L’Omega de l’existence humaine, ça, il s’en gargarise autant qu’un individu préhistorique écoutant les échos de son gourdin rudimentaire sur les parois de sa grotte. L’avenir est sombre mais il sourit, car il se dit que c’est là que naissent les héros. On le prend pour un rêveur car il se mouche dans les nuages mais pourtant, il sait plus que quiconque que sa grippe, c’est sur cette bonne vieille planète de moins en moins bleue qu’il l’a chopée. Son souffle, c’est celui de la liberté car il n’appartient qu’à lui, il est prêt aux sacrifices pour le conserver, sans lui, il le sait, c’est crever! Il est un maillon qui marquera l’Histoire car il est comme le vent et que celui-ci a toujours chanté. Il est prêt à se détruire en sculptant ses larmes pour le prix de cette compréhension et à désintégrer ses racines car pour lui l’important n’est pas tant de savoir d’où on vient mais de savoir qui on est… tout en considérant que l’un n’est pas indispensable à l’autre. Ouais, en principe il aime le Fantasy, comme tout ce qui rime avec technologie et surtout c’est un passionné qui vit, en toutes choses, pour ce qu’il appelle « l’Esprit », avec un E en majuscules m’sieur ! Genre pour lui si tu piges pas ça tu peux aller te ranger et voir dans le placard de ta vie carrée si une belle courbe dans tout ça te ferait pas remarquer que t’as jamais vécu. Il se demande si pour ces gens là, il y a une âme dans la coquille… parfaitement mon vieux ! comme dans « Ghost In The Shell » qui fait très certainement partie de ses références car ça le fait réfléchir autant qu’illuminer ses pupilles dilatées. Dans la même veine il a comprit « The Matrix » comme personne, car sur ce bout de bobine, c’est le cœur de ses frères qui est gravé, il le considère comme une des meilleures critiques de la société moderne et pas comme tous ces niaisés qui lui pondent :

« les effets spéciaux étaient vraiment impressionnants » … pffffff…. mais va voir King Kong alors si y a que ça pour te faire plaisir et dans un moment de détente infinie il sera même d’accord avec toi. Peut être qu’en fait je ne suis pas ici ; peut être qu’en fait je n’existe pas ; peut être que ce que l’on appelle l’existence n’est qu’une gigantesque tirade de marionnettes dont les rares chatouilles ne nous suffisent pas à prendre conscience des fils

invisibles ; peut être que je suis en train de parler tous seul en espérant être entendu ; peut être que mes pensées en quête de vérité sont vaines car je suis déjà nu… des écorchés y en a partout mais pour se frotter les genoux à vif sur les pierres, dans ce moment là, avec le sourire et en écoutant tomber la pluie, faut être des miens… et si tu lis ces mots, c’est qu’ t’es dans mon Cyber Dream.     

 

17:10 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Rivage impudique

Tapis sur la plage de mes songes, je m’abreuve de ta pose,

je voudrais esquisser chacun de tes contours sur une toile rose

mais je n’ai que mon doigt comme pinceau pour peindre les mots,

ceux que mon cœur et mes yeux se déchirent en un pourpre écho.

Aucune couleur ne saurait t’égaler sur la palette du génie fou,

aucune matière ne pourrait te révéler sous le ciseau du sculpteur,

ton corps est alcool de charme, que mon regard boit à en périr saoul

et tes courbes sont la raison de ma plume interdite qui me rend auteur.

La soie de ta chair ondule sur mon lit alors que tes paupières se taisent,

je lis le son des draps que ton ombre souffle, telle une vague sur la falaise,

j’écoute les rochers assoiffés de mon envie me supplier de te rejoindre

et me dirige entre les récifs vers le rivage que la pudeur ne peut atteindre.

Quand j’y aurai accosté, j’y entendrai mon nom en un murmure cristallin,

je foulerai le sable du désir et le laisserai me brûler les pieds en criant,

je fouillerai cette île de plaisir en repoussant tous les pavillons des saints

et creuserai comme un pirate afin de découvrir tes trésors flamboyants.

Vois comme déjà le vent coquin s’engouffre au hunier de mes sens,

du haut du mât de misaine, la vigie crie « terre », avec impatience,

tu devines croître la houle à mesure que l’horizon changeant se détache,

mon ancre dans tes eaux, je croque le gémissement que ma passion t’arrache.

 

 

 

 

07:39 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

26/07/2006

Instant parfait

Instant parfait, flottant en bulles azotées, sur la ligne astrale de mon destin,

Alors que, fixant l’azur capricieux, tu y placardas l’édit de mon extase,

Mes yeux perdus dans la cape de l’horizon, esquisse blanc cygne pour dessin,

Créa sur la toile embuée du lac de mes yeux des perles de sel qui s’extravasent.

 

Coulez, sur ma chair vacillante, peines étouffées, secrets enchaînés,

Libérez vous enfin du joug intransigeant de la solitude conquérante,

Laissez l’hégémonie de l’écume de joie vous noyer dans l’oubli nacré,

Abandonnez vous insatiablement à la caresse vinée de cette noble Bacchante.

 

Quel est ce pouvoir pour que tu réussisses à faire poindre la rosée sur mes joues,

Extradant ce poids des contrées sombres de mon âme, par le don de ton sourire,

Assis sur le banc du rêve,  flottant intemporellement, nuages aux genoux,

Nos jambes les déchirant en un hublot vers la Terre, telle une chance à saisir.

 

De ce siège éthéré où la matérialité n’est qu’une péripétie de mon esprit dédoublé,

Je laisse couler mes larmes sur mon corps immobile telle une pluie de feu,

Une ondée ardente qui lave en un rougeoiement ciselé, tous les affres du passé,

Un touché de braise, incrustant l’héraldique de mon éveil dans mes veines bleues.

 

Ouvre toutes les portes de ma conscience, tel un palais d’été captant la brise,

Révèle moi mon nom caché, celui que seul l’être élu puisse décrypter,

Déroule les tapisseries brodées du fil de notre avenir comme une frise

Et décalque les ensuite sur ta peau pour qu’elles deviennent runes de vérité.

 

A jamais sera gravée en moi, la mémoire de ce parc à l’air d’Eden suspendu,

Entre présent et passé,  rêve et réalité, néant et infini, humain et divin.

Tu as fait débordé l’aqueduc de ma félicité en une preuve de confiance absolue,

Instant parfait, flottant en bulles azotées sur la ligne astrale de mon destin.

17:55 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

17/07/2006

 

 A l’ère Edo, le ciel  forgea un incomparable katana en plongeant des lames de foudre dans le bassin humide des nuages.  En même temps, les éthers créèrent aussi une femme à la beauté et à la pureté inégalables ; il était dit de ces deux créations mythiques que celui qui parviendrait à les réunir connaîtrait un destin intemporel.

A cette même époque, vivait un ronin, errant dans tout le pays en espérant trouver enfin ce qu’il avait tant cherché. Il avait perdu son maître et tentait de survivre chaque jour en préservant ses principes, arpentant les chemins chaussé de ses fines sandales de corde tressée.

Il avait beaucoup souffert et sa lame avait souvent trouvé

rude opposition mais il ne se doutait pas encore de ce qui serait le véritable objet de sa révélation. Après tant d’années, il arriva finalement, au détour de son périple, un soir, sur un vieux pont de bois couleur ocre. Là, il aperçut de loin, une silhouette gracieuse dans la lueur vacillante du soir. Son regard se posa d’abord sur ses yeux,

qui telles des gemmes insondables, semblaient déclamer autant de couleurs que ce que l’émeraude et le marron connaissent de nuances.

A chaque pas qui la rapprochait de lui, ses pupilles changeantes s’accaparaient les vestiges du jour.

Sur son élégant kimono noir, trônaient de magnifiques petits papillons bleus, quant à son obi qui enroulait délicatement sa taille, il arborait un vert profond, déclinant subtilement la teinte de sa tenue. Ses cheveux relevés, étaient attachés de façon à laisser la nuque découverte et dans sa paume droite, tournoyait une ombrelle légère

qui décuplait encore son charme naturel déjà extrêmement puissant.

A mesure qu’elle se rapprochait, son cœur, normalement si posé et si régulier, s’accéléra de manière inconsidérée, reléguant bien loin l’invincible guerrier.

La garde de son sabre se mit à trembler, il posa ses deux mains dessus et c’est à cet instant que du bout de ses doigts, elle les effleura.

 Ainsi fut leur première rencontre; il n’avait pas vu distinctement son visage mais s’était gorgé de chaque détail qui lui permettrait de la reconnaître entre mille. Lui qui n’avait jamais consacré sa vie qu’à la voie du sabre, retourna ensuite chaque soir sur ce pont ne comprenant pas sa propre réaction mais n’arrivant pourtant pas à faire autrement.

 De cette manière, il finit par l’apercevoir, penchée sur le large rebord de bois, la tête entre ses mains, offrant ses larmes au petit cours d’eau qui passait en dessous d’elle.

Il s’approcha et voulut dire un mot mais elle se retourna vers lui et dans un regard qui les comprenait tous, fondit dans ses bras, épousant du côté de son visage raffiné la forme autoritaire de sa poitrine. Cela ne lui ressemblait pas mais il la serra très fort, son sabre vibrait de manière inexplicablement croissante et son corps paraissait totalement subir la même réaction.

Il sortit alors sa lame et fut stupéfait de constater que celle-ci coulait, son sabre pleurait comme cette femme qui en un regard s’était adjugé plus de vingt années de solitude, qui en un touché fugace

s’était approprié sa vie. Il repensa instinctivement à deux choses à ce moment : la première fut la phrase de son ancien daimyo, « un katana plein de rancœur, ne récolte que le sang » ; la seconde fut l’écho de cette légende du sabre forgé dans les nuages et de la gardienne qui lui permettrait de s’éveiller. Dans un élan de foi absolue, il plongea ses yeux dans les siens et tout aussi naturellement lui jura de toujours la protéger. Elle lui prit la main et l’emmena vers une petite auberge dans une rue discrète, la façade était complètement bordée de petites lanternes rouges qui tamisaient l’ambiance en installant un calme palpable. Ils entrèrent, et derrière le secret des shoji, s’enlacèrent longuement dans une nuit immaculée, qui sous le sceau des baisers de lune, reçut à son tour le serment de son amour éternel. Le katana légendaire existait bel et bien, il s’était éveillé grâce à la pureté des sentiments de ce ronin, canalisant toute la force de sa foi pour protéger celle qui vivait dans son cœur. Elle devint le fourreau de sa lame et à ses côtés, lui conféra un illustre destin ; sans elle simple épéiste errant, à son contact il se transforma en géant…

La première fois où je t’ai vue, la mémoire m’est revenue enfin, je me suis souvenu de la vie de ce ronin, je me suis souvenu de toi, je me suis souvenu de moi. Je m’appelais alors Yukimura Sanzo et mon katana vit toujours en mon âme à travers mes principes ainsi que mes sentiments pour toi. Je t’aimais alors, je t’aime aujourd’hui et je t’aimerai jusqu’à la fin de toutes mes vies.

22:37 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

22/06/2006

Déesse de ma lune

Façonnée dans un puits de lune, bain sacré, où la lumière de l’astre blanc se change en eau de vie, temple naturel où naissent et se baignent les déesses rêvées, qui éclairent parfois le cœur d’un homme. Telle la lueur d’un phare sur la pointe salée de l’océan. J’ai longtemps scruté, caressé de mes yeux couleur de foi, cet idéal que je voulais réel, subtilement drapé dans les pans épais de la nuit. J’ai longtemps attendu cet instant où tout bascule, où l’on passe de l’ombre à la lumière, comme quand le soleil dépose sur le front de la terre, la couronne de l’aurore. Puis, un jour où ne tombait pas la pluie, elle naquit à mes yeux dans sa robe diaphane, ce tissu transparent au travers duquel elle voulait que je touche son âme. A ses cheveux perlaient quelques gouttes du puits sacré mais j’étais le seul apte à les voir, elle m’en recouvrit délicatement du bout de ses doigts en frôlant d’un mauve nuit l’écorce de ma poitrine. Ensuite, de ses lèvres violines, elle déposa un croissant sur mon cœur qui, en ce lieu, s’accapara chaque quartier. Je sentis sa douceur m’irradier, mon destin se modifier, mon attente s’achever, mon rêve se réaliser et dans mes veines, couler le fluide de l’ultime passion.

Elle prononça quelques mots dans une langue que j’étais le seul à pouvoir comprendre, car c’était son cœur qui me parlait et que j’étais le seul à l’entendre. Dès cet instant j’ai su que l’obscurité n’aurait plus jamais d’emprise car cette reine de pureté serait ma promise.

Toi qui sortit de ton puits pour illuminer ma vie, je voudrais te dire…

 que je t’aime au-delà des nuages, je t’aime plus que tous les grains de sable de toutes les plages, je t’aime comme le vagabond aime la liberté car c’est ce que tu parviens à me donner, je t’aime comme un fanatique aime ses reliques, car déesse de ma lune, née des eaux magiques, tu es un don sacré, je t’aime de l’aube au crépuscule, je t’aime des derniers flocons aux premières libellules, je t’aime comme ton astre aime les marées… je t’aime comme un mortel à qui tu offres l’éternité.     

 

 

20:18 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

20/06/2006

Petit ange

Petit ange si pur dont les larmes ont coulé,

de mes doigts j’ai construit un barrage qui puisse les stopper,

de mon souffle j’ai fait naître une brise qui puisse les sécher,

de ma bouche j’ai ciselé un calice qui puisse les récolter,

de mon cœur a jailli un artisan qui en cristal puisse les changer.

 

Petit ange si pur dont les larmes ont coulé,

pour faire de cette triste mer salée un lac étoilé,

pour être ce chevalier qui a juré de toujours te protéger,

pour changer mon âme en un indestructible bouclier,

pour ça j’irais jusqu’à éperdument tout sacrifier.

 

Petit ange si pur dont les larmes ont coulé,

regarde le ciel auquel j’ai demandé de te sourire,

regarde la terre à laquelle j’ai prié de te bénir,

regarde l’océan auquel j’ai ordonné de te guérir,

regarde ta vie à laquelle j’ai promis un amour qui ne peut périr.

 

Petit ange si pur dont les ailes vont s’illuminer,

prends ma main pour que nous puissions nous envoler,

prends cette force que mon cœur veut t’insuffler,

prends ce destin que je meurs de te donner,

prends ce demain qu’ensemble nous allons créer

 

02:10 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

14/06/2006

Et le règne vint enfin

Jésus a dit :

  Que celui qui cherche ne cesse de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve

  et quand il aura trouvé, il sera bouleversé et étant bouleversé,

  il sera émerveillé et il règnera sur le tout…

 

Mon esprit t’a très longtemps cherchée, mais c’est mon cœur qui t’a trouvée,

je fus bouleversé et je fus émerveillé, de ton sourire j’ai fait ma couronne,

de tes yeux mes insignes et de ton amour le palais sur lequel je peux régner.

Si le paradis est un état d’esprit, alors quand je peux, m’enivrer de ton parfum,

m’abandonner à la texture délicate et suave de ta peau, entendre ta voix enchanteresse,

glisser mes doigts dans les voiles satinées de tes cheveux aux reflets irréels, goûter au banquet de tes lèvres, que je bois comme une fontaine intarissable, dessiner tes formes sur le papier rose de mes songes, réciter ton nom tel un verset sacré pour servir mon unique religion…

je me dis que je l’ai déjà atteint, que je n’ai pas attendu de rejoindre le ciel mais que

 je l’ai fait venir à moi et que quand tu es là, je détiens l’univers dans le creux de mes bras.

Je veux emprisonner le temps dans un volcan dont la lave ne me brûle pas et dont l’éruption

ne serait qu’un baiser érubescent sur la toile de notre éternité, afin que jamais nous ne soyons séparés. Je veux cultiver un jardin aux mille fleurs dont chaque pétale serait un moment partagé et qu’à chacun de tes sourires, une nouvelle graine soit semée. Je veux continuer de croire pour que mon ultime rêve, à tes côtés, devienne évidente réalité. Je veux plonger mes doigts dans la trame du destin pour lui faire comprendre que je suis l’unique tisserand et que seule ta soie peut me fournir matière à confectionner son fil. Je veux regarder le ciel sans crainte car t’ayant reçue pour cadeau, je n’ai plus rien à attendre de lui.

Je veux dire au vent que sans raison de vivre la liberté n’a aucun sens mais qu’en t’aimant je m’arroge toutes les délivrances. Je veux murmurer à l’infini que je connais son secret, afin qu’il sache que mon désir de toi va plus loin que lui. Je veux sourire des étoiles, qu’auparavant je trouvais si belles et qu’à présent, te connaissant, je trouve si pâles.

Je veux me souvenir de mes vies antérieures pour me prouver que dans mon âme tu as toujours demeuré. Je veux pour toi être un paladin qui dans chacun de tes combats, terrasse

ton chagrin, je veux être le chevalier qui seul à ton bonheur jure fidélité, je veux être le prophète qui de ton culte sera le pilier, je veux être le Dieu qui fasse de toutes tes prières

des souhaits exaucés… je veux tout simplement être l’homme qui, quelles que soient les difficultés, sera à tes côtés    

 

14:41 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |