03/12/2005

L'aube rouge

Demain il le sait, l’aube sera rouge

La pleine de jade se changera en chant d’adieu,

Avec pour seul écho le tonnerre comme pleurs des cieux

Et le murmure froid d’un fléau qui bouge.

Il pense avoir vu trop peu d’hivers,

Mais il chargera au son du cor,

Il ne craint pas la caresse de la mort,

Il s’y est préparé en ceignant le fer.

Dans l’attente sournoise de la nuit,

Sa seule crainte est de ne pas être à la hauteur,

Devant son roi vénéré, ne pouvoir lui rendre honneur

Et s’abîmer sans gloire dans les célestes pourpris.

Il entend déjà le sol trembler sous les sabots,

Cognant comme des marteaux sur l’enclume du destin

Ainsi se répètera le funeste chapitre d’une histoire sans fin,

Dans laquelle la louve de l’espoir ne peut planter ses crocs…

Le jour se lève enfin dans le drap du vent qui s’alourdit,

Il ne chante plus la mélodie qui guidait ses pas

Mais semble s’étouffer en prévision du grand fracas,

Qui changera le silence immobile en un rêve qui fuit…

L’âpre échange commence et les vies s’achèvent,

Son bras est mû par l’excitation frénétique,

Il devient l’ingénu esclave d’un désir fanatique

Qui dans la sombre moisson ne connaît point de trêve.

Il se sent l’égal de Dieu en dispensant ce dernier sort,

Il en vient à se détester pour aimer ce sentiment,

Cette irrépressible soif de sang,

Ce besoin d’occire encore et encore.

Les heures s’étirent comme un muscle épuisé,

Alors que l’artisan de sa survie peine à poursuivre

Et que son cœur fond comme un bout de cuivre,

C’est par l’empenne d’un vil trait qu’il se sent embrassé.

Un genou au sol, il porte les yeux vers l’étendard,

Le dragon rouge plane au dessus des braves,

Leurs âmes sacrifiées ne connaîtront plus d’entrave,

Elles sont devenues les colonnes du temple de la gloire.

Basculant sur le sol mouillé, il fixe la voûte éthérée,

Son roi apparaît et lui prend la main,

Ils se regardent mais ne disent rien

Et sa seule crainte part en fumée.

Elevez vos voix pour nos frères disparus,

Mangez, buvez et dansez,

Pour qu’à chaque aurore vous vous souveniez

Qu’en ce jour ils ont vraiment vécu.


12:30 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Je trouve très intéressant le choix de la couleur de ce texte. Le vert est la couleur complémentaire du rouge, ce qui donne au contenu un charme particulier.
"Et s'abîmer sans gloire dans les célestes pourpris", s'abîmer dans les cieux, les lois de la pesanteurs seraient donc inversées. Qu'est-ce qu'un pourpris? Un ciel pourpre?
"C'est par l'empenne d'un vil trait qu'il se sent embrassé", la flèche est donc enfoncée profondément s'il peut sentir l'empenne l'embrasser, peut-être même ressort-elle dans son dos, ne lui laissant que quelques instants avant le trépas. C'est trop souvent dans l'âge tendre que périssent les braves. Il s'en va serein, l'âme et le coeur en paix car il sait qu'il a été à la hauteur, c'est beau.
Bonne soirée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 03/12/2005

Je reviens et trouve ce texte que j'ai lu plusieurs fois...
ce que je retiens surtout est le sentiment honteux
du plaisir de tuer... ainsi, sont les hommes... Ils peuvent
être braves et avoir le sens de l'honneur, et aussi être
habités de sentiments moins nobles... combattre et se
sentir presque en état de transe, en état second...
Lutte permanente du bien et du mal... notre faiblesse
et notre force... le savoir...


Écrit par : crysalidea | 05/12/2005

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