07/12/2005

Dans l'âtre des mots

Le poète est comme un triste oiseau

à qui l’on veut briser les ailes,

il tente de voler avec le fardeau

de la nuit dans une aube frêle.

Il se sent lentement pâmer

en inhalant les miasmes d’un rêve nu

et s’enliser dans un marasme glacé

par les flocons d’un soleil fondu.

Il tente de baiser les mains du vent,

qui le gifle dans son souffle

son échine se ployant

comme une victoire qui s’essouffle.

Il se réchauffe à l’âtre des mots,

se brûle parfois aux braises de la plume,

il se désaltère à l’encre des sots

et s’étrangle aux croches de son écume.

Il a dans son cœur une immense forêt

dont les arbres pleurent la pluie,

la peine la change en un gibet

où se balancent des gouttes de vie

Il maquille ses cris comme un vil secret.

qui n’est dévoilé que dans l’enfer de la page,

il chérit son malheur comme un trésor muet

dont les saphirs sont des azurs sauvages.

L’espoir est un esquif coriace

errant sur l’océan de son âme

c’est un vieux marin pugnace

au visage buriné par le sel des larmes.

Il écrit pour ne pas oublier qu’il vit

car dans le palais des lettres il est un peu roi

il avale la libellule du souvenir dans son marais flétri

et s’éteint en souriant sur le trône de sa foi.

04:50 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Le poète écrit pour ne pas oublier qu'il vit, parce que l'encre est son sang et le papier son corps.
"Il se sent lentement pâmer", ce qui accentue encore l'effet de malaise qu'il peut ressentir.
"Et s'enliser dans les marasmes glacés par les flocons d'un soleil fondu", un soleil de neige, comparaison audacieuse, d'autant plus que tout les oppose.
"Et s'étrangle aux croches de son écume", s'étrangler dans les notes blanches de la mer, comme un poisson épuisé qui se noie, image forte là encore.
"Il a dans son coeur une immense forêt dont les arbres pleurent la pluie", le verbe pleurer donne un charme tout particulier à cette phrase. Les arbres pleurent, ils ont donc une âme, c'est beau.
"Il maquille ses cris comme un vil secret", il ne les cache pas simplement, non, il les maquille pour les embellir, pour sublimer leur impact.
"Il chérit son malheur comme un trésor muet dont les saphirs sont des azurs sauvages", variation de bleu qui me plaît énormément, le saphir étant sombre (rares sont les saphirs clairs) et l'azur clair, c'est une opposition tout à fait pertinente.
"L'espoir est un esquif coriace", ici encore, une opposition pertinente qui en même temps n'est pas une opposition dans ce sens qu'une embarcation peut être légère et coriace à la fois, tout dépend de sa solidité.
"Il avale la libellule", avaler est un verbe que tu sembles affectionner tout particulièrement.
C'est un texte qui allie des concepts opposés pour en faire des idées uniques, c'est vraiment très beau.
Bonne journée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 07/12/2005

Il n'y a pas grand chose à ajouter à la jolie analyse de Kardream... mais dis moi, pourquoi les poètes sont-ils toujours des incompris, qui ne trouvent
leur salut que dans le royaume des mots ?

Écrit par : crysalidea | 07/12/2005

De passage !!!!!! Bonsoir Banur.Bouderais-tu le jazz ?
amicalement

Écrit par : DUKE | 07/12/2005

Tu sais je perçois il est vrai tes textes différemment ...
je les reçois dans leur globalité, dans ce qu'ils
dégagent dans un premier élan de lecture, car
c'est pour moi cet impact qui me parle... ce texte
est si riche, que je ne peux qu'en prendre l'essence...
ce que je fais ici ... ceci dit, tu n'as pas répondu à
ma question...
Doux rêves à toi... à moins que la nuit soit encore
longue pour toi...

Écrit par : crysalidea | 07/12/2005

... Tellement de mélancolie et de tristesse dans ta vision de poète ...
Mais c'est à travers le poète que les mots
Vivent, c'est lui qui les rends beaux
Par le simple fait d'une métaphore ou d'une rime ...

Merci pour ton petit mot tout en rimes qui m'a fait extrèmement plaisir ... Vraiment touchée !
Bisous doux et douce soirée à toi !

Écrit par : POussière d'Ange ... | 08/12/2005

je viens de lire ta réponse à ma question, et ce que tu y expliques
est tout à fait limpide, et d'une grande beauté aussi...
tout comme ce texte d'ailleurs... les mots, les images
dégagent des couleurs, des senteurs, des émotions...
je ne peux qu'admirer ce que tu créés...
Ce que j'aime lire est l'amour de la vie qu'a le poète...
il faut aimer la vie, c'est vrai, pour être en mesure
de voir, voir avec le coeur aussi... à bientôt, Doux
Poète...

Écrit par : crysalidea | 08/12/2005

... Je viens de te répondre... "chez moi"...
Merci de ce comm. que tu as laissé...
comme toujours, c'est superbe..

Écrit par : crysalidea | 10/12/2005

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