22/12/2005

Le dernier baiser

Au temps où les hommes sont nés, le premier, Adam, eut deux fils :

Abel et Caïn. Le deuxième, jaloux du premier, le tua et répandit

son sang sur les terres fertiles et innocentes. Ses mains, souillées

par cet acte abominable furent tachetées à jamais. Dieu, ne put

rester sans réagir face à cela, ainsi il bannit Caïn et surtout le

maudit. C’est ainsi que naquit la malédiction du sang, un fardeau

que devrait porter tous les descendants du pêcheur fratricide.

Caïn, conscient de cette charge, ne voulait pas accabler le genre

humain d’un funeste destin, cependant, au fil du temps, le

poison de la solitude emplit ses veines et il se laissa tenter.

Du fruit de cette tentation, naquirent trois enfants maudits.

De ces trois mêmes enfants naquirent à leur tour treize fils,

ceux que l’on nommera plus tard, les antédiluviens et c’est à partir

de ce jour que germèrent les graines de ce qui deviendrait les treize

familles. Au début, les treize descendants vécurent en paix dans une

même ville, sous la gouverne de leur ancêtre commun mais petit à petit,

des dissidents apparurent. La guerre entre les factions semblait inévitable

et Caïn fut tué en essayant de maintenir l’ancien ordre. Après cet incident,

les familles se dispersèrent un peu partout, gagnant chacune en indépendance.

Toutes ces familles avaient bien sûr en commun la malédiction du sang mais

elle furent toutes frappées par une malédiction supplémentaire

qui leur était propre. De toutes celles-ci, les Malkaviens furent peut être

les plus infortunés car leur lot fut la démence, à la fois craints et rejetés

par les mortels comme par la plupart de leurs semblables. Cette démence

leur permit de jouir d’une liberté sans égal, ne tenant pas compte des

considérations qui normalement restreignent l’amplitude des choix.

De cette grande liberté, découla avec les siècles, une clairvoyance et

une perspicacité quasiment mystique qu’aucun qui ne fut pas de leur

clan était à même de déceler. Il est donc assez caractéristique de noter

que le pendant de la folie n’est autre que la clairvoyance.

Ce clan n’est pas touché par une folie particulière mais ses membres,

sont tous atteints de folies diverses et cela à des degrés divers…

 

Il est l’histoire de l’un d’entre eux qui fut étreint juste après avoir

eut le cœur brisé, il avait commencé a sombrer dans la démence

et l’étreinte du Malkavien, faisant de ce mortel un des leurs, ne fit

qu’amplifier cet effet.

Il eut tellement mal suite à cette séparation qu’il entendit les fibres

de son organe vital se déchirer. Il maudit alors tout ce qui était vivant

et son appel sembla être entendu. Personne ne l’avait jamais réellement

compris, en entrant dans le clan Malkavien, il ne trouva guère plus de

compréhension mais une famille d’êtres qui comme lui étaient des incompris.

Au plus il sombrait dans la démence, au plus il acquérait une sorte de don,

une vision perspicace et hautement intelligente des choses. La folie n’est-

elle pas finalement que le royaume de l’incompréhension. Ainsi, on

le traitait de fou car ceux qui le jugeaient n’étaient pas aptes à saisir

les subtilités de son raisonnement. De tous les domaines, c’est bien l’amour

qui le conduit à la folie, c’est là qu’il fut incompris car raisonnant de manière

trop complexe, faisant montre d’une intelligence sombre.

Son cœur et son esprit pourtant supérieurs, ne faisaient que souffrir

de cette suprématie, car les grandes capacités s’accompagnent de lourdes

responsabilités qu’ils sont les seuls à pouvoir supporter.

Etant devenu immortel, il errait dans la démence, à la recherche de la vérité

cachée sur cette race étrange que sont les amoureux. Il est difficile pour

un cœur de géant d’offrir à celle qu’il élit un présent que celle-ci

n’est pas à même de concevoir.

Ainsi, des siècles passèrent, dans la solitude, la folie et l’incompréhension

mais pas totalement en vain, car il s’approchait toujours plus de cette vérité

ultime qui rejoint l’infini. Il devait bien se nourrir et même si il détestait

faire couler le sang, il choisissait ses victimes parmi des femmes arrogantes

qui avait pour seule passion, le bonheur de faire mourir les cœurs.

Ses yeux étaient remplis de larmes séculaires qui jamais n’avaient coulées,

l’excentricité de ses habits n’avait d’égal que sa démence, drapé dans de

larges voiles de toutes les couleurs, les cheveux longs tombant sur son visage

flétri par la douleur.

Un jour cependant, il vit une femme qui lui sourit, son esprit, qui ne répondait

qu’à sa propre logique imperceptible se demanda comment interpréter ce geste.

Elle s’approcha de lui, il recula animé par sa nature méfiante, elle le regarda

dans les yeux, ces yeux en apparence vides mais remplis par un océan de tristesse.

Elle demanda à le revoir, qu’avait-il à craindre, après des siècles d’attente vaine ?

Elle semblait lire dans ses yeux, tout le poids de ses souvenirs, toute l’étendue de

sa mélancolie. Il parlait, lui expliquait sa vision, elle semblait fascinée et conquise

car elle comprenait cet intellect supérieur… était-ce possible qu’il soit enfin comprit ?

Depuis ce temps où il était mortel, jamais il n’avait plus senti son cœur battre mais

quand elle approcha ses lèvres des siennes et qu’il vit briller toutes les étoiles

de l’univers dans ses yeux, il comprit alors en un instant, ce qu’il n’avait pu saisir

en plusieurs siècles. L’amour véritable n’existe pas sans une compréhension qui

transcende les âmes mais une fois acquise, même la mort ne peut s’évertuer à la

combattre.

Au moment de ce baiser, son cœur se remit à battre, pour un bref instant, il redevint

mortel, sauvé de sa malédiction, mais ayant déjà quitté le monde des vivants, il ne put y rester.

Il mourut ainsi en souriant et en disant ce qu’il n’avait jamais dit avec toute

son âme auparavant… je t’aime… se mirent alors à couler les larmes séculaires

sur son corps mourant, ce fut là ses derniers moments, son dernier baiser.

Il est dit que la fille récolta ses larmes dans une petite fiole, elle y joignit les siennes

et l’on prétend que celui qui en boit une goutte connaîtra un amour que l’infini ne

suffirait à mesurer.

 




17:47 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Partir Partir de Caïn pour arriver à un hymne à l'amour, voilà un chemin tout à fait original. En route, traverser les âges sous le joug d'une malédiction qui se transmet par l'essence-même de l'homme, le sang, et sombrer dans une folie dont le berceau est celui de l'incompréhension, c'est très beau. "L'amour véritable n'existe pas sans une compréhension qui transcende les âmes", une compréhension qui se lit dans le regard, qui s'écoute dans le bruit léger de la respiration et qui se goûte aux lèvres d'un baiser unique et ultime. C'est magnifique.
Bonne soirée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 22/12/2005

Amour aussi source de compréhension pourtant... La compréhension, salvatrice et source d'amour... le dernier baiser, "aboutissement de l'abandon"... rédempteur du génie fou prisonnier de sa clairvoyance, libérateur de l'errance, des chaînes
de l'incompréhension... l'amour comme le miroir de l'infinie serénité...
De la malediction du sang jusqu'aux larmes receuillies et mélées, tu
nous fait partager des instants forts... la folie, frontière étanche à l'esprit supérieur, comme origine du génie... la frontière est tenue,
il est vrai... difficile de savoir celle qui est à l'origine de l'autre...
même si toutes deux conduisent à une solitude impénétrable..
Une image ou plutôt un son qui me vient, celui des "fibres de son
organe vital se déchirer"... terrifiant et en même temps si réaliste...
Encore un texte superbe que tu nous offres pour nous faire voyager
dans cet univers de questionnements, émotions et sentiments...
Je te souhaite une nuit paisible et étoilée dans ton coeur, Doux
Poète..

Écrit par : crysalidea | 22/12/2005

... Pardonne la présentation de ce post... j'ai "glissé" parfois sur les touches de mon clavier...

Écrit par : crysalidea | 22/12/2005

j'ai souvent lu ton nom sur les blogs que je visitais mais c'est la première fois que je viens visiter le tien,
il est très tard ...je reviendrai te lire

Écrit par : Gibritte | 24/12/2005

tout simplement un Joyeux Noel à toi et à tes proches

Bisous doux et à bientôt

Écrit par : eyes | 24/12/2005

Et maintenant, il faut écrire... ... sur le premier baiser! Premier baiser d'affection, premier baiser d'amour, premier baiser d'amitié et...premier baiser de 2006! (celui là il arrive à grand pas non?). Je te souhaite une nouvelle année magnifique! Que quelques-uns de tes voeux se réalisent! (juste quelques-uns, faut en laisser pour les autres années!). A bientôt

Écrit par : Syolann | 31/12/2005

bonjour toi un regard est tout simplement passé te souhaiter une bonne année
Bisous doux et à bientôt

Écrit par : eyes | 02/01/2006

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