22/12/2005

Le dernier baiser

Au temps où les hommes sont nés, le premier, Adam, eut deux fils :

Abel et Caïn. Le deuxième, jaloux du premier, le tua et répandit

son sang sur les terres fertiles et innocentes. Ses mains, souillées

par cet acte abominable furent tachetées à jamais. Dieu, ne put

rester sans réagir face à cela, ainsi il bannit Caïn et surtout le

maudit. C’est ainsi que naquit la malédiction du sang, un fardeau

que devrait porter tous les descendants du pêcheur fratricide.

Caïn, conscient de cette charge, ne voulait pas accabler le genre

humain d’un funeste destin, cependant, au fil du temps, le

poison de la solitude emplit ses veines et il se laissa tenter.

Du fruit de cette tentation, naquirent trois enfants maudits.

De ces trois mêmes enfants naquirent à leur tour treize fils,

ceux que l’on nommera plus tard, les antédiluviens et c’est à partir

de ce jour que germèrent les graines de ce qui deviendrait les treize

familles. Au début, les treize descendants vécurent en paix dans une

même ville, sous la gouverne de leur ancêtre commun mais petit à petit,

des dissidents apparurent. La guerre entre les factions semblait inévitable

et Caïn fut tué en essayant de maintenir l’ancien ordre. Après cet incident,

les familles se dispersèrent un peu partout, gagnant chacune en indépendance.

Toutes ces familles avaient bien sûr en commun la malédiction du sang mais

elle furent toutes frappées par une malédiction supplémentaire

qui leur était propre. De toutes celles-ci, les Malkaviens furent peut être

les plus infortunés car leur lot fut la démence, à la fois craints et rejetés

par les mortels comme par la plupart de leurs semblables. Cette démence

leur permit de jouir d’une liberté sans égal, ne tenant pas compte des

considérations qui normalement restreignent l’amplitude des choix.

De cette grande liberté, découla avec les siècles, une clairvoyance et

une perspicacité quasiment mystique qu’aucun qui ne fut pas de leur

clan était à même de déceler. Il est donc assez caractéristique de noter

que le pendant de la folie n’est autre que la clairvoyance.

Ce clan n’est pas touché par une folie particulière mais ses membres,

sont tous atteints de folies diverses et cela à des degrés divers…

 

Il est l’histoire de l’un d’entre eux qui fut étreint juste après avoir

eut le cœur brisé, il avait commencé a sombrer dans la démence

et l’étreinte du Malkavien, faisant de ce mortel un des leurs, ne fit

qu’amplifier cet effet.

Il eut tellement mal suite à cette séparation qu’il entendit les fibres

de son organe vital se déchirer. Il maudit alors tout ce qui était vivant

et son appel sembla être entendu. Personne ne l’avait jamais réellement

compris, en entrant dans le clan Malkavien, il ne trouva guère plus de

compréhension mais une famille d’êtres qui comme lui étaient des incompris.

Au plus il sombrait dans la démence, au plus il acquérait une sorte de don,

une vision perspicace et hautement intelligente des choses. La folie n’est-

elle pas finalement que le royaume de l’incompréhension. Ainsi, on

le traitait de fou car ceux qui le jugeaient n’étaient pas aptes à saisir

les subtilités de son raisonnement. De tous les domaines, c’est bien l’amour

qui le conduit à la folie, c’est là qu’il fut incompris car raisonnant de manière

trop complexe, faisant montre d’une intelligence sombre.

Son cœur et son esprit pourtant supérieurs, ne faisaient que souffrir

de cette suprématie, car les grandes capacités s’accompagnent de lourdes

responsabilités qu’ils sont les seuls à pouvoir supporter.

Etant devenu immortel, il errait dans la démence, à la recherche de la vérité

cachée sur cette race étrange que sont les amoureux. Il est difficile pour

un cœur de géant d’offrir à celle qu’il élit un présent que celle-ci

n’est pas à même de concevoir.

Ainsi, des siècles passèrent, dans la solitude, la folie et l’incompréhension

mais pas totalement en vain, car il s’approchait toujours plus de cette vérité

ultime qui rejoint l’infini. Il devait bien se nourrir et même si il détestait

faire couler le sang, il choisissait ses victimes parmi des femmes arrogantes

qui avait pour seule passion, le bonheur de faire mourir les cœurs.

Ses yeux étaient remplis de larmes séculaires qui jamais n’avaient coulées,

l’excentricité de ses habits n’avait d’égal que sa démence, drapé dans de

larges voiles de toutes les couleurs, les cheveux longs tombant sur son visage

flétri par la douleur.

Un jour cependant, il vit une femme qui lui sourit, son esprit, qui ne répondait

qu’à sa propre logique imperceptible se demanda comment interpréter ce geste.

Elle s’approcha de lui, il recula animé par sa nature méfiante, elle le regarda

dans les yeux, ces yeux en apparence vides mais remplis par un océan de tristesse.

Elle demanda à le revoir, qu’avait-il à craindre, après des siècles d’attente vaine ?

Elle semblait lire dans ses yeux, tout le poids de ses souvenirs, toute l’étendue de

sa mélancolie. Il parlait, lui expliquait sa vision, elle semblait fascinée et conquise

car elle comprenait cet intellect supérieur… était-ce possible qu’il soit enfin comprit ?

Depuis ce temps où il était mortel, jamais il n’avait plus senti son cœur battre mais

quand elle approcha ses lèvres des siennes et qu’il vit briller toutes les étoiles

de l’univers dans ses yeux, il comprit alors en un instant, ce qu’il n’avait pu saisir

en plusieurs siècles. L’amour véritable n’existe pas sans une compréhension qui

transcende les âmes mais une fois acquise, même la mort ne peut s’évertuer à la

combattre.

Au moment de ce baiser, son cœur se remit à battre, pour un bref instant, il redevint

mortel, sauvé de sa malédiction, mais ayant déjà quitté le monde des vivants, il ne put y rester.

Il mourut ainsi en souriant et en disant ce qu’il n’avait jamais dit avec toute

son âme auparavant… je t’aime… se mirent alors à couler les larmes séculaires

sur son corps mourant, ce fut là ses derniers moments, son dernier baiser.

Il est dit que la fille récolta ses larmes dans une petite fiole, elle y joignit les siennes

et l’on prétend que celui qui en boit une goutte connaîtra un amour que l’infini ne

suffirait à mesurer.

 




17:47 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

15/12/2005

Légende celtique

Il était un temps où les Hommes étaient des dieux parmi les dieux et possédaient à ce titre,

les mêmes pouvoirs. Cependant, les Hommes, au lieu d’utiliser cela à de bonnes fins,

l’utilisèrent pour étancher leur avidité personnelle et leur désir toujours croissant de

destruction. Ils semaient la panique aussi bien dans les cieux, que sur terre, que dans les royaumes des mers, alors les dieux décidèrent de se réunir pour chercher une solution.

Après de longues discussions, ils conclurent qu’il était impératif d’ôter se pouvoir

aux Hommes mais étant de puissance égale à la leur, ils ne pouvaient le détruire,

seulement le cacher. Ainsi, ils se réunirent à nouveau dans le palais des nuages

pour décider où ils cacheraient ce pouvoir afin que les Hommes ne le retrouvent jamais.

Ils commencèrent le conseil et le premier dieu s’avança, il n’était autre que Manannan,

dieu de la mer ; il proposa de cacher ce pouvoir au fond des profondeurs marines pour que jamais l’Homme ne sache l’atteindre. Les autres dieux réfléchirent à cette proposition mais se

dirent que un jour l’Homme trouverait le moyen, poussé par son insatiable arrogance et sa soif de pouvoir, de sonder les profondeurs aquatiques et qu’il reprendrait son pouvoir.

Arianrhod, déesse de la lune, s’avança à son tour et proposa de le cacher dans l’éclat de la lune, les dieux réfléchirent à cela mais en conclurent également que l’Homme attiré par

le vide trouverait le moyen de voler très haut dans le ciel et atteindrait la lune pour reprendre son pouvoir.

Ce fut alors à Dagda de s’avancer, il était l’un des dieux les plus importants puisqu’il

était le dieu de la Terre, il proposa à son tour de cacher ce don divin dans les profondeurs de

la terre mais le raisonnement fut le même et l’on décida que telle n’était pas la solution.

Ce fut alors Gaia, qui s’avança, mère du soleil et de la lune, ainsi que de toute chose.

Elle proposa de cacher ce pouvoir au plus profond du cœur des Hommes, car là, aveuglés

par ce désir incontrôlable de domination, ils ne penseraient pas à chercher, la plus sage

avait parlé, la décision serait celle de la Mère suprême.

Ainsi il fut fait, cependant même aujourd’hui, quand un Homme va chercher dans les profondeurs cachées de son cœur, on le dit capable de déplacer une montagne car à ce moment

là, il redevient pour un instant, l’égal des dieux.       

 


22:28 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

12/12/2005

Saisons de mon âme

Tu es comme le vent cru sur les rives du temps,

il est vain d’essayer de t’oublier,

tout aussi vain que de d’essayer de te garder

car tu mords comme le soupçon d’un cruel hiver.

La neige s’amoncelle sur les parois de mon cœur

et la glace, subrepticement, s’immisce dans le palais de ma douleur.

J’ai perdu mon chemin au sein de l’été

car toujours les arbres sont dénudés,

je m’obstine à écouter les cris d’agonie que murmure la brise

mais ne ressens plus la douceur de la rosée qui sur tes lèvres, trouvait sa genèse.

Je fut victime de la fortune qui m’emprisonna dans son malaise.

Les saisons ne se succèdent plus car c’est au détriment du soleil et de la lune,

que tu t’octroyais mes jours et mes nuits.

Chaque inspiration n’est que bouffée malsaine,

puisque comme une marée, l’amertume s’est jointe à ma peine.

Je n’ouis plus que le son du silence, tout autre son ne serait que blasphème

à côté de l’irremplaçable timbre de ta voix.

Mes yeux, quant à eux, ne subsistent que pour projeter ton image,

qui dans l’éternelle brume, laisse pénétrer les rayons du courage.

Je vénère enfin le sommeil car dans mes rêves, sans crainte peut te contempler

et tant que je vivrai, sera érigé dans le dédale de mon âme,

un temple à ton effigie.

A toi, celle qui me fit découvrir l’infinie splendeur de l’été.

A toi, celle qui me condamna aux caprices de l’hiver.


19:39 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

11/12/2005

Le jardin blanc

Que les heures qui naissent sans toi me semblent longues,

ô toi qui dans les yeux du temps, fais pleurer un nid de colombes.

Mon âme se brise alors comme le baiser de l’aube sur un champ de roses,

J’aimerais avoir des ailes pour m’envoler vers le jardin blanc,

sentir ses parfums enivrants et m’endormir sous les cerisiers suspendus.

Là où seul les sentiments les plus purs font pousser les fleurs

et où jamais ne tombe la pluie dans laquelle s’étiolent les cœurs.

Ô toi, déesse des arcanes, comment fais tu pour que chaque nuit

qui ne porte pas ton nom, soit dans mes veines un cruel poison ?

Comment as-tu fait pour que l’armure de ton sourire soit portée

par le gonfalonier de mon désir et que tes mots soit les

prières auxquelles il voue sa vie ?

Ta peau, cette oniromancienne, devinant les desseins de mes mains,

dans mes rêves clandestins et qui frissonne à chaque murmure

du lendemain.

Tes yeux, sont la fierté du jardin blanc, on peut y respirer

les fruits éternels que jamais n’atteint le vent.

Le poète face à toi est un sombre idiot,

il croit pouvoir te décrire en se saignant avec la larme des mots

mais elle ne fait que couler sur la plume de son échec

qui à chaque phrase lui rappelle le goût amer de ton absence.

Tu es l’alpha et l’oméga, rien n’existe en dehors

du cercle infernal de tes bras, hydres de mon envie.

J’espère simplement alors, que la poussière de mon corps,

formera les racines d’une fleur qui pousse à côté de toi

dans le jardin blanc.

 

22:01 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

10/12/2005

L'aboutissement de l'abandon

Ô moment fugace ou infini,
où les mortels rencontrent les dieux,
les lèvres, comme avides rubis
dans l'indomptable carrière des yeux.
Moment où les messagers du coeur,
échangent leurs lettres
et dessinent sur le papier de la douceur
un ciel de fenêtres.
Moment où la main des enfers
caresse la toison des nuages
et où la raison se perd
dans un brûlant mirage.
Moment où les yeux se ferment
comme un livre dont on prolonge la fin,
anticipant le plaisir qui germe
dans les graines d'un immobile destin.
Moment où les âmes jouent
comme des enfants curieux,
où s'enflamment les joues
dans un brasier silencieux.
Moment où saigne la douleur
car elle n'a plus d'emprise,
annhilée par les vives couleurs
d'une incomparable frise.
Moment enfin, où tous sont égaux,
ni titre, ni richesses,
seul le sceau du désir sur la peau
qui se noie dans un océan de tendresse.

17:53 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

07/12/2005

Dans l'âtre des mots

Le poète est comme un triste oiseau

à qui l’on veut briser les ailes,

il tente de voler avec le fardeau

de la nuit dans une aube frêle.

Il se sent lentement pâmer

en inhalant les miasmes d’un rêve nu

et s’enliser dans un marasme glacé

par les flocons d’un soleil fondu.

Il tente de baiser les mains du vent,

qui le gifle dans son souffle

son échine se ployant

comme une victoire qui s’essouffle.

Il se réchauffe à l’âtre des mots,

se brûle parfois aux braises de la plume,

il se désaltère à l’encre des sots

et s’étrangle aux croches de son écume.

Il a dans son cœur une immense forêt

dont les arbres pleurent la pluie,

la peine la change en un gibet

où se balancent des gouttes de vie

Il maquille ses cris comme un vil secret.

qui n’est dévoilé que dans l’enfer de la page,

il chérit son malheur comme un trésor muet

dont les saphirs sont des azurs sauvages.

L’espoir est un esquif coriace

errant sur l’océan de son âme

c’est un vieux marin pugnace

au visage buriné par le sel des larmes.

Il écrit pour ne pas oublier qu’il vit

car dans le palais des lettres il est un peu roi

il avale la libellule du souvenir dans son marais flétri

et s’éteint en souriant sur le trône de sa foi.

04:50 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

06/12/2005

Le fils du ciel

Il était un roi sur terre qui nourrissait le rêve de la joindre au ciel,

Unir l’âme des hommes comme autant de niveaux d’une même échelle.

La grandeur de ce rêve n’était pas à leur portée et il fut haït,

Impitoyables victimes nées de la souffrance d’un incompris.

La liberté n’existe pas sans la vague torturée des sacrifices,

Le prix est toujours trop lourd pour ceux qui s’investissent.

Combien de grands n’ont pas mené une ultime guerre pour la paix,

Combien de larmes n’ont pas été étranglées entre les mains d’un lourd secret ?

C’est à l’ombre du pouvoir que naissent les choix qui blessent

Et dans la couche de ce fardeau que s’enlacent peine et sagesse.

La solitude coule dans les insondables fleuves des cieux,

Elle irrigue le cœur des géants, elle est le sang des dieux.

Elle est l’autel du temple doré du penseur emprisonné,

Elle est un arbre froid dont les feuilles jonchent le sol de l’éternité.

Tous les hommes vivent sur terre dans l’attente de la fin des âges

Mais certains sont choisis par le destin pour dicter la loi des nuages.

Ceux là sont accablés par un don au parfum unique et universel,

On les appelle les fils du ciel.

 

                                                                                                  Pour C.


02:20 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/12/2005

 Le guerrier du coeur

Il est l’histoire d’un paysan du moyen âge, qui possédait une femme supérieure aux richesses de son seigneur.

Ce dernier ne manqua d’ailleurs pas de la convoiter. Le pauvre homme était désemparé devant le comportement de son seigneur mais cette femme valait pour lui bien plus que sa propre vie.

Ainsi il dit à son seigneur de se tenir à l’écart et de le laisser vivre en paix sinon il irait plaider sa cause devant son suzerain, qui n’était personne d’autre que le roi. Le seigneur s’étouffa presque tant il se mit à rire suite à cette annonce ; pour défendre sa femme il aurait bien occis le seigneur et tout ses chevaliers mais cela l’aurait condamné à coup sûr et il ne vivait que pour demeurer avec elle.

Il décida donc de se rendre devant le roi pour faire entendre sa cause, il prit un cheval et se rendit à la cour de son souverain. Quand il y arriva, il eu tout un mal à obtenir un entretien avec le souverain, mais y parvint finalement. Il entra et s’agenouilla dans la grande salle du trône, aux armures fantastiques, aux bannières usées par les batailles légendaires,,aux boucliers fendus mais conservés comme des saintes reliques

Et peuplé des plus grands seigneurs du pays dont celui qui était la cause de sa présence. Il s’inclina devant le roi qui le regardait d’un regard froid et impassible et expliqua la raison de sa venue.

Il dit au roi qu’il ferait tout ce que celui-ci lui ordonnerait à condition de laisser sa dulcinée vivre paisiblement. Le roi appela son seigneur pour lui demander ce qu’il en était et ce dernier n’hésita pas à dire qu’il désirait sa femme. L’homme indigné, ne put pourtant s’insurger contre son seigneur devant le roi, ce dernier lui fit alors une proposition et prononça ces mots : partez aux croisades combattre pour moi pendant dix ans et si vous revenez vivant et vous distinguez, votre vie avec votre femme sera assurée de manière paisible à la cour. L’homme qui n’avait jamais combattu, avait une arme bien plus puissante que beaucoup de seigneurs, une foi indéfectible en l’infinie grandeur de son amour et en la pureté de son cœur.

Il décida donc dans l’instant d’accepter cette proposition, il savait bien sûr qu’il pourrait ne jamais revenir et qu’une décade sans son soleil semblerait être une période interminable mais c’était dans son esprit l’unique solution. Il rentra donc chez lui et prévint sa femme qui s’opposa farouchement à cette décision car elle était prête à accepter les avances du seigneur qui la répugnait pour sauver la vie de celui qui pour elle changeait les grains de blé en millions de hyacinthes.

C’était un homme de caractère et il était plus simple d’arrêter la course du soleil à mains nues que de le faire revenir sur une décision aussi importante. Après une dernière et longue nuit passée dans les bras de son fragment d’âme, il partit donc vers le détroit de Messine afin d’embarquer pour la Terre Sainte.

Lui qui n’avait jamais quitté son pays, lui qui n’était jamais monté sur un bateau, allait entreprendre un des voyages les plus périlleux qui soit. En effet c’était l’enfer des marins car il fallait affronter le tourbillon de Charybde et les écueils de Scylla. Le voyage fut rude, la plupart furent indiciblement malades mais il tint le coup grâce à une mèche de cheveux qu’elle lui avait donnée lors de leur dernière étreinte et qu’il ne lâcha pas une seconde durant toute la traversée…

Ils arrivèrent enfin au port d’Antioche, état chrétien où ils restèrent le temps de se réapprovisionner

Il s partirent ensuite pour le champ de bataille, son premier véritable affrontement, autour de Jérusalem.

Il était entouré de fanatiques de la foi religieuse, comme les membres de l’ordre des Templiers par exemple mais aucun ne pouvaient mesurer l’étendue de sa foi à lui car elle était placée dans un idéal bien plus profond encore. Il n’avait aucune querelle contre ses ennemis mais il était là dans un but que personne n’aurait pu entraver, il aurait sans hésiter enlever des millions de vies pour le réaliser. La bataille fut interminable et extrêmement sanglante mais il n’eut ni peur ni ne fut impressionné, lui qui n’avait jamais manier le fer, semblait être né avec. La mèche de cheveux était conservée dans un petit sachet de cuir qui pendait autour de son cou et ne le quittait jamais. Il était mû dans le combat par une rage rarement témoignée et fut après quelques batailles repéré par le baron de Nicée. Celui-ci lui demanda de combattre à ses côtés car il avait rarement vu un guerrier à l’allure aussi impressionnante, il lui répondit alors : je ne suis pas un guerrier mais un simple paysan combattant pour sa bien aimée. Le baron fut intéressé par son histoire et en demanda plus et ainsi l’homme lui raconta tout. Ils devinrent frères d’armes tout d’abord et amis ensuite, les batailles se multipliaient, les morts aussi, et le couteau de l’absence découpait tous les jours une partie de son cœur. Petit à petit, grâce à sa bravoure et son impétuosité, il se fit respecté des hommes, la Terre Sainte permettait aux paysans de devenir seigneurs et parfois aux seigneurs de crever comme des chiens abandonnés. Il combattit donc, de longues années, des grades lui furent symboliquement consentis  pour ses hauts faits et les hommes le considéraient comme un héros. Il avait cependant très peu de considération pour ces choses là et tous les jours priait vers le ciel en demandant qu’il protège sa plus belle étoile.

Dix années passèrent donc dans une souffrance incommensurable causée par le manque mais sa joie à l’idée de la revoir était tellement grande qu’elle le rendait presque triste. Il retourna donc au pays avec quelques hommes qui jurèrent de le suivre.

Quand il rentra au pays il fut frappé par la plus infâme des surprises, sa femme avait été donnée au seigneur et après qu’il l’ait souillée, elle s’était donnée la mort. On entendit alors dans cette contrée, la plainte la plus horrible que le vent n’ait jamais eu à souffler. Aveuglé par une rage et une folie sombre, et ne tenant plus du tout à sa propre vie, il se rendit avec les quelques fidèles qui l’avaient suivi depuis la Terre Sainte, chez le seigneur honni afin de l’envoyer dans d’horribles souffrances au royaume des ombres. Il attaqua sa forteresse, combattit vaillamment et ses hommes aussi, pour chaque fidèle qui laissait sa vie, six hommes du seigneur y laissaient la leur, mais leur nombre était tout simplement trop grand et il fut capturé après que tous ses hommes aient péri à ses pieds.

Il fut amené chez le roi qui tenait l’ignoble seigneur en bien trop haute estime, et le condamna à brûler dans les flammes injustes du bûcher pour avoir tenter de supprimer celui qui était demeuré son seigneur.

Cela ne tarda pas, on prépara l’assemblée, les bûches et les torches et l’on bouta le feu à ce bois innocent.

Quand les flammes tentèrent de le dévorer, il maudit Dieu et invoqua le Malin afin qu’il lui donne les forces de revenir se venger, au milieu des cris il hurla maintes fois le nom de sa perle de destinée. Le petit sachet qui contenait la mèche de cheveux si longtemps conservée se détacha sous la chaleur et tomba dans les braises ardentes, une larme coula alors en cet instant sur sa chair bouillonnante. On dit que ses sentiments étaient tellement forts, que son cœur n’a jamais brûlé. On dit aussi que le seigneur des enfers le prit sous son aile et lui redonna un corps afin qu’il puisse retourner se venger, c’est le seul à être jamais devenu un démon majeur par amour… il s’appelait Valentin.          




00:34 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

03/12/2005

L'aube rouge

Demain il le sait, l’aube sera rouge

La pleine de jade se changera en chant d’adieu,

Avec pour seul écho le tonnerre comme pleurs des cieux

Et le murmure froid d’un fléau qui bouge.

Il pense avoir vu trop peu d’hivers,

Mais il chargera au son du cor,

Il ne craint pas la caresse de la mort,

Il s’y est préparé en ceignant le fer.

Dans l’attente sournoise de la nuit,

Sa seule crainte est de ne pas être à la hauteur,

Devant son roi vénéré, ne pouvoir lui rendre honneur

Et s’abîmer sans gloire dans les célestes pourpris.

Il entend déjà le sol trembler sous les sabots,

Cognant comme des marteaux sur l’enclume du destin

Ainsi se répètera le funeste chapitre d’une histoire sans fin,

Dans laquelle la louve de l’espoir ne peut planter ses crocs…

Le jour se lève enfin dans le drap du vent qui s’alourdit,

Il ne chante plus la mélodie qui guidait ses pas

Mais semble s’étouffer en prévision du grand fracas,

Qui changera le silence immobile en un rêve qui fuit…

L’âpre échange commence et les vies s’achèvent,

Son bras est mû par l’excitation frénétique,

Il devient l’ingénu esclave d’un désir fanatique

Qui dans la sombre moisson ne connaît point de trêve.

Il se sent l’égal de Dieu en dispensant ce dernier sort,

Il en vient à se détester pour aimer ce sentiment,

Cette irrépressible soif de sang,

Ce besoin d’occire encore et encore.

Les heures s’étirent comme un muscle épuisé,

Alors que l’artisan de sa survie peine à poursuivre

Et que son cœur fond comme un bout de cuivre,

C’est par l’empenne d’un vil trait qu’il se sent embrassé.

Un genou au sol, il porte les yeux vers l’étendard,

Le dragon rouge plane au dessus des braves,

Leurs âmes sacrifiées ne connaîtront plus d’entrave,

Elles sont devenues les colonnes du temple de la gloire.

Basculant sur le sol mouillé, il fixe la voûte éthérée,

Son roi apparaît et lui prend la main,

Ils se regardent mais ne disent rien

Et sa seule crainte part en fumée.

Elevez vos voix pour nos frères disparus,

Mangez, buvez et dansez,

Pour qu’à chaque aurore vous vous souveniez

Qu’en ce jour ils ont vraiment vécu.


12:30 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

02/12/2005

Au plus profond de moi

J’ai longtemps cherché l’entrée des grilles secrètes du jardin divin,

J’ai même voulu faire de mon bras un katana qui puisse fendre le ciel

Afin de subtiliser une fleur à l’incomparable parfum,

La respirer à chaque réveil et m’inventer un soleil artificiel.

J’ai défié les nuages pour qu’ils me révèlent leur secret

En espérant que la pluie m’offrirait des diamants,

J’ai laissé la brume tamiser mon cœur muet

Pour qu’elle y trouve les pépites de mes sentiments.

Si la foi dresse sa tente à l’ombre de la peine, écoute ce campement,

Il crie jusqu’où les hommes n’entendent plus

Et existe pour se préserver des viles injures du temps

Dans la quête folle d’un mythe perdu.

J’ai bien trop souvent bu alors que  je n’avais pas soif,

Dans ce désert aride qui fait de l’âme une dune oubliée,

J’ai âprement cherché une oasis mais me suis contenté d’une carafe,

Je voulais croire en cet idéal sans savoir que je l’avais inventé.

J’avais fini par croire que tu n’existais pas, déesse de mon cœur meurtri,

Je m’époumonais à hurler ton nom inconnu alors que tu étais juste là,

Au plus profond de moi,car c’est sous le voile de mes mots que tu vis,

Ainsi je veux écrire pour qu’à chaque phrase tu te rapproches de moi. 


01:15 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

01/12/2005

Les aigles de la Géhenne

Le hâle oppressant des flammes fait battre vos ailes,
nuées de plumes aphlogistiques, humectées aux lèvres de l'Achéron,
se déployant comme les murailles d'une lointaine citadelle
afin de traverser sans peine les rives du fleuve de l'affliction.
Fières créatures qui seules devant la goétie pratiquent la génuflexion
et qui à l'ombre de leur nid couvent l'anéantissement de la passion,
de votre repas vous faites volontiers les coeurs insouciants
et de vos serres affûtées déchiquetez les plaisirs innocents.
Prédateurs à l'oeil perçant afin de mieux déceler les faiblesses,
quand vous fondez sur vos proies ne faites point de quartiers,
vos voiles sombres conduisent parfois à l'ivresse
mais losqu'elles se referment ne languit qu'un murmure torturé.
Aucune brise n'a jamais soufflée pour que vous ne décolliez
et seule la caresse de la peine embrasse votre touché
tel un million d'helminthes déambulant dans les couloirs de mes entrailles
qui pour chaque pas osé vers l'extase, de mes espoirs, font ripaille.
Les aigles de la Géhenne ont désigné leur proie,
se retourner et fuir ne fait que les mettre en appétit,
ainsi je m'élève en arborant les lambeaux de ma foi
en espérant survivre à l'assaut de l'ignoble nid.
Enterrez moi sans mon corps
et au diable mon épitaphe,
mon enveloppe demeure mais je suis déjà mort,
remplacez la par un cénotaphe.
 
  

02:00 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |