18/01/2006

Suite...Une sombre éclipse

Les assiégeants entreprirent donc de bombarder sans relâche le bouclier et de faire trembler les habitants, dans le désir de fragiliser la foi des priants et ainsi de pouvoir en visant en plein centre, ne fut ce que pour un instant minime, percer le bouclier et détruire en concentrant toute leur force de frappe, l’ altar sacré qui était la source intime de celui-ci.  Des dizaines de milliers de bombes furent alors lancées, soutenues par les tirs des plus gros canons de l’armada shezarienne. Les priants résistaient mais ils persévérèrent jusqu’à ce qu’ils parvinrent à créer l’infime brèche dont ils avaient besoin. Leur attention n’étant monopolisée que par cela, ils concentrèrent tous leurs tirs sur le talon d’Achille de la structure qui ne se relâcha que pendant une demi minute, peut être même moins. Cela suffit cependant à faire passer les rayons et tirs guidés de main de maître. Rien ne pouvait résister à cette puissance incalculable et le sanctuaire des priants fut touché de plein fouet, le toit s’écroula emportant les majestueuses colonnes de marbre vert qui soutenaient la coupole, les rosaces d’orfèvre qui apportaient la sérénité au lieu volèrent en éclats, les machines explosèrent détruisant l’altar, faisant périr beaucoup de priants et laissant la planète à nu, à la merci de l’ennemi. Les civils qui s’attendaient à tout sauf à la destruction du bouclier, furent pris de panique et les officiels eurent bien du mal à calmer l’agitation générale. Les gens couraient, criaient, tentaient de retrouver leurs proches mais ils n’avaient nulle part où aller, aucun endroit pour fuir l’ennemi qui s’apprêtait à débarquer. Les batteries de défense fonctionnaient maintenant à plein régime pour tenter d’abattre le plus de vaisseaux possibles avant qu’ils ne puissent se poser. Pourtant, l’envergure de la flotte était tellement époustouflante que l’on aurait cru qu’une éclipse venait frapper la planète, n’était plus visible que l’ombre sans cesse grandissante du danger et d’un avenir qui semblait tout aussi ténébreux. Jusque là, seuls les navires de combat tels que les bombardiers, les croiseurs, les cuirassés, les incendiaires et les conquérants avaient été sollicités mais maintenant c’étaient surtout les vaisseaux de transport de troupes qui devaient s’employer pour faire débarquer les innombrables fantassins qui n’avaient pas encore eu de rôle à jouer et qui commençaient à s’impatienter. Beaucoup de civils valides, demandèrent des armes aux autorités pour pouvoir se défendre et se battre jusqu’au bout. Cela leur fut pourtant refusé car les membres du Conseil avaient d’autres plans. Les Shezars tiraient sur la planète maintenant privée de sa protection, toutefois leur but n’était pas de tuer les civils car ceux-ci représentaient autant de futurs citoyens potentiels pour eux, vu que la puissance d’un royaume se calcule aussi au nombre de ses sujets. Les premiers vaisseaux arrivèrent enfin à se poser et rabattirent les lourdes portes qui claquèrent dans un mouvement vertical et brusque sur le sol, produisant un bruit sourd, qui se mêla à l’atmosphère déjà extrêmement confuse et agitée. La totalité de la planète n’était pas habitée et même si les citoyens étaient répartis, la plupart vivaient dans quelques mégalopoles qui regroupaient un grand nombre d’entre eux. La principale, celle dans laquelle se trouvait le sanctuaire et les autres bâtiments importants, s’appelait Babelopolis, ce nom provenant semble-t-il d’une de leurs anciennes légendes ; ils nommaient souvent les éléments de leur nouvel habitat par des références à l’ancien pour tenter de ne pas l’oublier. C’est donc là que se dirigea le principal des troupes shezariennes. Des milliers de soldats, revêtus de leurs armures jaunes, qui épousaient parfaitement la forme du corps et de leurs heaumes à cimier, foulèrent pour la première fois la surface de cette planète qui n’avait jamais été souillée par l’ennemi. Parmi eux se trouvaient aussi les armures noires des chasseurs munis de leurs épées cinglantes, de leurs casques ailés, d’un grand écu triangulaire très résistant, tout à fait de circonstance quand les adversaires ont des armes de distance, d’une longue cape mauve qui s’attachait grâce à une broche blanche en forme de tête de lion par devant et d’une indicible envie de graver le nom de leur caste et de leur chef dans les annales de la race. Les humains, eux aussi, déployèrent leurs forces d’infanterie qui jusque là n’avaient pas dû intervenir grandement dans le cadre de la guerre majoritairement navale.  Leurs uniformes étaient d’un rouge légèrement parsemé de nuances orangées, le col évasé et les manches, étaient ornés de fines bandes d’un vert foncé qui en formaient le rebord et les grades apparaissaient sous forme de galons et de chevrons couleur or. Au dessus de leurs uniformes, ils portaient des plastrons robustes qui leur couvraient la poitrine et le dos, des casques de la même couleur que l’uniforme munis d’une visière teintée sur la tête et des jambières couplées à des genouillères pour couvrir le bas du corps. Les batailles navales peuvent causer beaucoup de morts en une seule fois lorsqu’un navire est détruit mais rien n’est à comparer avec l’âpreté des combats qui eurent lieu au sol en ce jour de la fin de l’an 58. Des dizaines de milliers de guerriers s’affrontèrent en ce jour particulièrement torride. Les Hommes se rassemblèrent en masse devant plusieurs points stratégiques pour empêcher qu’ils ne tombent aux mains de l’envahisseur et plantèrent le drapeau rouge de la planète, devenu symbole de toute l’humanité devant ces bâtiments. Parmi ceux-ci se trouvait le quartier général du Haut Conseil, aussi appelé consortium suprême, qui était un édifice solide, fortifié, très difficile d’accès et bien gardé mais qu’il fallait absolument tenter de sauvegarder. En ce qui concerne les autres bâtiments importants, certains combattirent férocement devant les débris du sanctuaire des priants, vestige de la foi ébranlée, d’autres voulurent plutôt préserver l’héritage de la Magna Libraria. C’était également une construction énorme, une longue allée bordée de lampes tamisées qui la nuit dispensaient une lumière bleuâtre menait aux marches de pierre blanche, construites en matériaux bruts, ensuite quand on levait la tête on était inexorablement interpellé par le dôme saisissant et grandiose, d’aspect transparent qui se teintait en pourpre lors de la visite du soir. La plupart des sources y étaient informatisées, cependant il paraît qu’elle contenait encore dans une gigantesque salle isolée, appelée la chambre de Mnémosyne, des ouvrages uniques et originaux datant de l’époque du rêve bleu. Mais de toutes les constructions majeures, ce fut peut-être l’hôtel des cultes qui fut le plus encerclé par la population se rattachant encore à un dernier espoir. Cet édifice sacré n’était pas destiné à un culte en particulier, mais à tous les cultes, qui s’y réunissaient et qui célébraient chacun à leur tour ou parfois même ensemble, leur office. Cela avait été décidé par un décret du Haut Conseil, devant donc être appliqué de manière absolue et ce dans un souci d’unité, par conséquent il n’affichait aucun signe extérieur qui puisse être rapproché d’une tendance précise. Tous les membres des cultes de Colonia1, Colombus et autres avaient dû fuir au moment où ceux-ci avaient été frappés par l’interdiction et se retrouvèrent à Babelopolis. Le primintendant était le représentant spirituel suprême de l’hôtel, qui se faisait élire par des représentants de tous les cultes et tendances, toujours pour préserver l’égalité. Bien sûr de nombreuses tensions existaient et des conflits intérieurs faisaient rage mais aucune manifestation publique d’une telle discordance n’était tolérée.

Dans les rues de Babelopolis, les affrontements s’amplifiaient, c’était le plus lourd théâtre des combats de la planète avec le territoire des steppes ardentes, sortes de plaines de sable rouge parsemées ça et là par des herbes sauvages qui poussaient au gré du vent brûlant et balayé par des nuages de poussière de roche. Sur ces étendues à perte de vue, les deux formations s’affrontèrent sans pitié. Les humains disposaient de véhicules blindés de type « crusaders » équipés d’un canon central à particules et de deux mitrailleuses lourdes sur les côtés ; de soutien légers de type « angelus » équipés de coffres à roquettes et de gatlings rotatives à la vitesse de feu foudroyante ; de soutiens mobiles de type Z-23 ou « eels », qui sont des véhicules sur deux roues équipés de mitrailleuses légères, extrêmement vifs et dont l’ensemble forme l’ala mechanicus ; de véhicules déchiqueteurs de type « excalibur » chargés de littéralement éventrer les véhicules ennemis ; de véhicules de transports sur quatre roues et enfin de très nombreux soldats d’infanterie. Les Shezars, au contraire avaient emporté moins de véhicules au sol mais étaient lourdement soutenus par leurs effectifs aériens. Ils disposaient toutefois de quelques blindés inférieurs en nombre mais d’un type plus dévastateur que celui de l’adversaire, les « titans », équipés de six rampes à projection laser ; de véhicules de type « purificator » projetant des flammes dévorantes qui avalent tout sur leur passage ; d’unités mobiles à peu près équivalentes à celles de leur adversaire bien qu’en infériorité numérique également, de quelques véhicules à catalyseurs ioniques servant à neutraliser et déconnecter les appareils ennemis se trouvant dans une certaine zone d’action et enfin d’immenses légions, supérieures à celles des humains, de fantassins. Le front était donc double, les humains durent résister aussi bien à Babelopolis que dans les steppes ardentes et furent vite submergés dans les autres zones moins habitées de la planète qui tombèrent sous contrôle shezarien.

 

A suivre...

21:26 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Grandiose! Jusqu'ici, c'est la partie que je préfère. La description de l'uniforme des forces d'infanterie humaines, des Shezars en armure jaune et des chasseurs de félons (toutes tellement bien faites qu'elles se dessinent dans ma tête), des lieux importants pour les Humains, surtout l'héritage de la Magna Libraria (la description du lieu, les lampes tamisées qui dispensent une lumière bleuâtre et le dôme transparent qui se teint en pourpre à la tombée du soir, mon passage préféré, est époustouflante), de comment ils tentent de résister à l'attaque surprise des Shezars, des différents véhicules de combat de part et d'autre. Je suis admirative devant la foule de détails que tu donnes pour ce moment crucial de l'histoire.
La question qui vient est comment les Humains vont-ils s'en sortir face à l'attaque shezarienne? Qui va venir les sauver? Les moines d'Ezekiel et les trois enfants vont-ils entrer en scène bientôt? Zebulon va-t-il périr? Si oui, Zaccharias prendra-t-il sa place? Et toute une foule d'autres questions se bousculent dans ma tête. Tu as vraiment fait très fort. Tu nous as fait attendre, mais cela en valait la peine. La suite est attendue avec plus d'impatience encore.
Bonne soirée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 18/01/2006

couleurs pourtant Comme un feu d'artifice... le récit prend encore plus d'amplitude... et l'intensité monte d'un cran... Le lecteur aussi pénètre enfin sur la Planète Rouge; car il y avait toujours cette curiosité de mieux la connaître... de nouveaux noms, de nouveaux lieux... et toujours beaucoup de couleurs... malgré l'éclipse... j'aime...
La US Army t'a t'elle inspiré pour les types d'armement et leurs noms... si évocateurs ?
Ce passage est très puissant...
Bonne nuit à toi, Poète des Galaxies...

Écrit par : crysalidea | 19/01/2006

Il était un peu tard J'ai oublié de te dire que j'aime l'idée de l'hôtel des cultes destinés à tous les cultes dans un souci d'unité ... image de tolérance et de respect...
Bonne journée à toi... Poète des Galaxies...

Écrit par : crysalidea | 19/01/2006

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