20/01/2006

Suite...Les fils du Gel

Soldats comme civils, tous autant qu’ils étaient, connaissaient la signification de ce signal, chacun avait un rôle précis qui avait été prévu longtemps à l’avance au cas ou ceci devrait se passer, bien que tous espéraient que ce jour n’arrive jamais. L’agitation montait encore d’un cran mais ce n’était pas le moment de perdre son sang-froid, les familles et les proches tentaient de se rassembler dans l’immense cohue, toutefois c’était un exercice bien ardu dans le contexte des événements, impossible même pour certains alors que véhicules en tout genre et piétons se bousculaient dans les rues encombrées et pleines de débris. Tous les civils ainsi que les équipages de vaisseaux devaient se réunir aux  quais de départ. Les troupes d’infanterie se devaient absolument et spécialement en cet instant de tenir leurs positions pour retenir l’avancée et limiter les mouvements de l’ennemi tout en détournant son attention. Les troupes shezariennes au sol, préoccupées par leurs objectifs, déterminées à prendre les points de contrôle, ne réalisèrent pas la signification du signal qui retentissait maintenant sur la planète toute entière. Les hangars souterrains et secrets apparurent alors des profondeurs, les perles de la flotte humaine, qui n’avaient encore jamais traversé les espaces intersidéraux, révélant leur magnificence. Il s’agissait de trois vaisseaux : le Spartacus, l’ Exodus et surtout le vaisseau amiral, le Prometheus, encore appelés vaisseaux caravelles en raison du gigantesque mât central qu’ils présentaient. Ils étaient cachés dans le ventre du canyon des six dunes, gouffre extrêmement profond au milieu d’une partie désolée et inhabitée de la planète souvent balayée par des tempêtes et victime de changements brusques de température, dans un hangar secret dont seuls les membres du Haut Conseil et de l’équipage des vaisseaux connaissaient l’existence. Le personnel de ces gigantesques navires avait été trié soigneusement pour remplir cette tâche déterminante. Leur but était de protéger tous les autres vaisseaux, les centaines de milliers de vaisseaux de transport qui avaient à leur bord tous les civils qu’ils pouvaient contenir et qui étaient maintenant prêts au décollage. N’ayant plus le choix, les responsables décidèrent d’utiliser les armes terrifiantes qui équipaient les deux lunes de la planète, ils ne l’avaient d’ailleurs pas fait avant car les assiégeants auraient pu remarquer leurs installations, les détruire et empêcher ce qui maintenant apparaissait comme la seule solution, bien qu’elle fut extrêmement difficile à prendre. C’est à ce moment crucial que se réveillèrent ce qui était connu sous le nom des « fils du gel », c'est-à-dire les terribles canons qui habillaient d’un linceul latent les deux lunes à proximité. Ils concentrèrent d’abord l’énergie phénoménale de leurs tirs sur l’Ourobouros, le vaisseau conquérant du chef de guerre Zebulon et le réduirent en poussière dans un énorme éclat de lumière comme si il s’agissait d’un vulgaire jouet. Les combattants au sol restèrent un moment figés dans une bulle de stupeur où le temps n’existait plus, fixant de manière incrédule le bâtiment de leur vénéré maître pulvérisé en un nuage blanchâtre de souvenirs. puis, animés par le désir de lui faire encore plus honneur, reprirent les affrontements avec d’autant plus d’acharnement. La flotte shezarienne réalisant de façon courroucée et enragée d’où provenaient les tirs, s’engagea à détruire les installations responsables de ce drame mais les vaisseaux de combats humains qui demeuraient opérationnels créèrent alors une sorte de mur pour les protéger ; toutefois les Shezars aveuglés par la soif de vengeance, n’étaient à ce moment là pas à même de soupçonner l’utilisation finale que leurs opposants comptaient en faire. Des centaines de milliers de vaisseaux décollèrent donc de la planète à ce moment, la grande majorité étant formée de vaisseaux de transport remplis de civils, entourés par ce qui restait des vaisseaux de combat, de vaisseaux éperonneurs aussi appelés « espadons » , équipés de gigantesques piques à l’avant et destinés à percuter les navires ennemis au moyen de celles-ci pour créer une ouverture et permettre aux autres bâtiments alliés de passer au travers du bloc compact ennemi et enfin des trois caravelles, les perles de la flotte dont l’inégalable Prometheus. Les milliers de fantassins humains qui demeuraient au sol pour retenir l’ennemi se battaient farouchement tout en connaissant le sort qu’ils avaient choisi d’accepter longtemps avant en prêtant le serment du Ragnarok.  Les Shezars ayant vu la destruction de leur vaisseau conquérant par les armes terribles, observant la fuite des innombrables vaisseaux, ainsi que les fantassins qui semblaient se résigner à entamer leur dernier acte, comprirent alors les intentions folles des Hommes mais il était trop tard. Le centre de contrôle des « fils du gel » se trouvait au 22ème sous-sol du consortium suprême,  les opérateurs de cette salle étant également des volontaires, pour permettre une protection optimale. Le seigneur Xeratos quant à lui,  demeurant dans les steppes ardentes et réalisant lui aussi ce qui allait se passer décida de charger une dernière fois en essayant d’emporter le plus d’adversaires possibles par son fait car dans son esprit il ne pouvait y avoir d’autre fin pour lui. Ses joues étaient tendues, la mâchoire serrée, le visage dur, les sourcils froncés, le front dégoulinant, il criait par tous les canaux de son corps à travers son épaisse armure mauve ornée d’imposantes épaulettes à l’aspect brillant, symbolisant l’importance de son grade. Il avait deux « admoniteurs » dans les mains, sortes de fusils comprenant des bouts de métaux à l’intérieur pouvant les éjecter à pleine puissance pour une sombre moisson, arme d’une efficacité redoutable surtout à distance rapprochée. Il se frayait un chemin au milieu des rangs ennemis, suivi par ses plus fidèles lieutenants, dans une seconde d’inattention qui aurait pu être fatale, il fut percuté par un Z-23 ennemi mais se releva aussitôt et tira dans la roue arrière du véhicule qui s’apprêtait à faire demi tour pour lui charger à nouveau dessus. Il se rua alors sur le pauvre pilote dont la jambe était écrasée par son véhicule et l’acheva mais au même moment, prit un tir dans la jambe droite. En tant que seigneur coriace, il réussit encore à se relever, à reprendre le combat, à causer de multiples pertes et dans un dernier sursaut, se retourna pour fixer la grande bannière encore brandie bien haute. Son fils, blessé plusieurs fois, avait un genou au sol et se vidait lentement de son sang, sortant par les multiples orifices de son armure jaune et mauve, unique à sa tâche, mais il agrippait encore fermement la hampe solide et pourtant particulièrement lourde… mourir au pied de la grande bannière qu’il doit protéger jusqu’au bout et à laquelle il est attaché, est le véritable sort de son esclave. Le jeune porteur n’avait pas faibli même au seuil de la mort, il gardait à l’esprit le rôle qui lui fut confié.

A Babelopolis, les fantassins humains restés au sol pour retenir l’ennemi,  jetèrent un dernier regard aux vestiges de leur civilisation : au milieu de la fumée, éclairé par les multiples lumières qui flamboyaient maintenant sous la caresse vespérale et qui teintaient les volutes d’innombrables nuances chromogènes, apparaissait le dôme à moitié détruit de la Magna Libraria. Leurs cœurs se pincèrent alors au plus profond en pensant à l’Héritage perdu, aux heures qu’ils avaient passées à consulter les ouvrages datant du rêve bleu, aux statues taillées dans le granit rouge de la planète qui représentaient les illustres protagonistes des cinq derniers siècles et qui peuplaient fièrement le long couloir soutenu par les colonnes de marbre vert menant aux archives centrales, aux immenses frises sur lesquelles étaient écrites des millions de citations relatives à leur histoire et aux dalles bleues, datant encore de l’époque des échanges avec Colombus avant la guerre, qui maquillaient le sol d’une sérénité communicative. D’autres, eurent une pensée pour l’hôtel des cultes, bâtiment construit selon la mode ancienne, au milieu d’autres constructions de dernière technologie qui dispensaient leurs reflets de métal et de verre dans l’air et dont le sommet laissait s’échapper des flammes qui dévoraient le dernier bastion de l’espoir ; ainsi que pour le primintendant qui poussant peut être l’impératif de sa mission dans ses derniers retranchements, avait péri. D’autres enfin qui se trouvaient non loin de l’ancien sanctuaire fixèrent les débris du lieu sacré, des morceaux de l’ancienne coupole, de machines, de tissus et de corps, en jonchaient sporadiquement le sol. Un drapeau rouge, en lambeaux était toujours planté au milieu des décombres, flottant aux caprices du vent malicieux et prouvant lui aussi l’effort mémorable de résistance fourni, les soldats ayant à ce moment une pensée pour tous leurs frères tombés. Ensuite, pendant un moment très bref, il y eut comme un silence complet, puis, au milieu du chaos, noyé dans la brutalité, englué dans l’air épais en suspens, l’on put entendre le son mélodieux de ce que les humains avaient pour coutume d’appeler une flûte, petit ustensile en bois, probablement taillé de façon rudimentaire par un soldat et qui semblait résonner comme un ultime chant d’adieu. Les douces notes accompagnèrent tous ceux qui demeuraient encore là d’un air empreint à la fois de nostalgie et de mélancolie, puis soudain il y eut comme un énorme bruit d’aspiration, les « fils du gel »  entonnant à leur tour, un chant beaucoup plus sinistre celui là, concentrant la force de leurs rayons combinés, dans un tir unique et prolongé qui souffla la planète toute entière, la réduisant en particules errantes dispersées dans l’immensité du cosmos. Ainsi disparut la planète rouge de la surface de la galaxie proscrite avec tous ses souvenirs, ses merveilles et ses secrets. La plupart des civils avaient réussi à s’embarquer dans les vaisseaux pour l’évacuation mais des pléiades de soldats, des deux côtés, les humains de manière consciente et délibérée, les Shezars de manière forcée, jouèrent leur dernier acte sur la scène de cet affreux combat.   

 

A suivre...

18:47 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Les caravelles Je pensais qu'il y aurait une issue de ce genre quand j'ai lu la partie intitulée "le précieux secret". Les Humains avaient prévu qu'ils seraient attaqués un jour et qu'ils devraient se défendre contre l'agresseur. Les perles de la flotte humaine, les caravelles (nom évoquant Christophe Colomb), cachées dans un hangar, sortant du canyon des six dunes (joli nom) pour protéger les autres vaisseaux transportant les civils. Les fils du gel, dont la puissance de tir dépasse tout ce qu'on peut imaginer, détruisent l'Ourobouros comme si c'était un fétu de paille et réduisent la planète rouge en milliards de particules, emportant avec elles l'Héritage de l'époque du rêve bleu. Les Humains ont remporté une victoire qui leur laisse un goût amer.
Cette défaite pour les Shezars laisse supposer qu'ils vont essayer de se venger de l'affront qu'ils ont subi. Quelle va être leur stratégie?
Je ne fais plus de pronostic quant à la suite des évènements car le panel des possiblités est immense. Merci de ne pas avoir mis pas patience à trop rude épreuve. La suite ne peut-être que palpitante et je l'attends avec impatience.
Bonne soirée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 20/01/2006

Eclat Non, je ne m'attendais pas à cela... une victoire à la Pyrrhus...
l'anéantissement de la Planète Rouge, dernier bastion des hommes libres ... Plutôt détruire l'Héritage du rêve bleu, que le voir tomber aux mains de l'ennemi... plutôt vivre libres, qu'esclaves des Shezars.. Tu m'as surprise quant à l'issue de la bataille, vraiment..
Quoi qu'il en soit, les deux camps font preuve de bravoure exemplaire et leurs chefs feront sans doute figure de héros dans le futur respectif des deux races...
J'ai aimé la description de la Magna Libraria qui donne toute sa dimension à cet édifice si précieux...... petit instant de répit dans le chaos de la bataille...
et bien sûr ces notes de musique qui sélèvent d'une petite flûte en bois... petit objet si simple et inattendu dans ce monde aux technologies si performantes.. décalage voulu, comme un dernier rappel du rêve bleu ?
J'ai bien l'impression que la réplique sera implacable de la part des Shezars... mais, je ne m'hasarderais pas à imaginer la suite... que j'attends avec toujours autant de curiosité...
Que la nuit te soit douce, Poète des Galaxies...

Écrit par : crysalidea | 20/01/2006

Bonjour Banur Merci pour ton comm.
Dans mon cas la concision s'impose,je dois être " absorbable " par le plus grand nombre.
Quant à Alexandre Cavalière,il s'impose comme un tout grand,il deviendra un des fleurons du jazz belge.
A très bientôt et très amicalement

Écrit par : DUKE | 22/01/2006

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