31/01/2006

Suite...amères retrouvailles

Toute l’attention était monopolisée par la flotte du lion, par ce pavillon inconnu qui pourtant était devenu l’emblème d’un nom célèbre, celui d’une époque située bien des années plus tôt et qui paraissait fort lointaine. En effet, il était un temps où les humains ne pouvaient s’empêcher de trembler en entendant parler de Jisarius, le grand exterminateur, le chef des chasseurs de félons, réputé pour son caractère intransigeant et impitoyable envers les ennemis de la race shezarienne. Sur Eliosis, les gens se pressaient et se rassemblaient dans les karukis afin de suivre cet événement sur les écrans, autour d’un verre d’alcool d’arxiane, certains se rappelant l’ancienne époque, celle des batailles navales et du siège de la planète rouge ; d’autres plus récents glosant sur le fait qu’ils auraient bien voulu la connaître.

Dans la rue, les grands écrans diffusaient les mêmes images alors que la vision de cette flotte, semblait presque être celle de la réapparition d’un fantôme, faisant resurgir des souvenirs pas forcément joyeux dans l’esprit des anciens. Zaccharias, qui n’était pas fort attiré par le pouvoir, avait décidé de prendre le titre de modérateur et vivait dans une résidence, construite selon l’ancienne mode, à Eliosis. Ce titre lui correspondait bien, il contient à la fois la nuance qui faisait de lui le chef et en même temps, dans une certaine mesure, la nuance du compromis qu’il avait tenté d’instiguer avec les humains. Sous son influence, Eliosis s’était développée non dans un sens militaire mais plutôt dans le sens de la technologie, du cosmopolitisme et des multiples échanges commerciaux, certains humains travaillant dans ce secteur sous tutelle shezarienne étant même devenus particulièrement riches. Il existait bien sûr encore beaucoup de restrictions, notamment le contrôle des naissances, limitées pour les humains, l’interdiction de l’Histoire ou encore de la religion mais on pouvait voir paradoxalement divers exemples dans l’autre sens ; comme le fait que certains groupes de musique étaient affichés en grand sur les panneaux électroniques multiples qui illuminaient la ville ou le fait qu’avec le temps, les tribuns, représentants du peuple humain étaient respectés même par certains Shezars. Il ne faut pas oublier que beaucoup de membres d’autres races issues des diverses planètes de la deuxième galaxie venaient compléter le tableau dans cette mégalopole aux touches multiples. Pour toutes ces raisons, il est facile de comprendre que le personnage le plus important après l’aigle des étoiles était Ymil Hartan, le gouverneur de Colonia1 qui possédait les pleins pouvoirs sur la planète la plus importante et qui ne pouvait recevoir d’ordres que de Zaccharias. N’étant lui-même pas un guerrier, il ne pouvait pas véritablement se plaindre de cette longue période d’inactivité hostile, au contraire de l’aigle des étoiles qui par moment ressentait l’appel de l’espace, il brûlait alors tout entier du besoin de voyager dans son vaisseau fétiche, datant de l’époque où il était encore le grand commodore de la flotte de Colombus. Zaccharias voyageait d’ailleurs beaucoup sur les différentes planètes de sa galaxie pour se rendre lui-même compte de l’évolution. C’est donc en l’an 72 que Jisarius effectua son retour sur Colonia1, débarquant dans cet environnement qu’il avait si bien connu et qui ne ressemblait plus du tout à ses souvenirs. Il accosta à Eliosis, avec une partie de ses vaisseaux, laissant l’impératrice de l’aube et le reste de sa flotte autour de la planète. Le grand exterminateur n’en revenait pas de voir la croissance dont cette mégalopole avait bénéficié, la vision d’une telle chose était forcément impressionnante pour tous ceux qui n’y avaient jamais été confrontés. Les humains même s’ils demeuraient sous la domination, ne cachaient pas une certaine fierté en voyant l’effort fourni et ce qu’était devenu le centre incontesté de la galaxie. C’est donc dans ce contexte totalement neuf que Jisarius fut conduit à la demeure du modérateur Zaccharias. Ce dernier le reçut de façon très formelle, bien qu’ils ne fussent pas les deux personnes qui s’appréciaient le plus, ils discutèrent du passé d’abord et du souvenir de leur maître commun, l’irremplaçable Zebulon, des moments glorieux aussi bien pour les chasseurs au temps des reliquaires que pour l’aigle des étoiles dans ses exploits comme commodore de la flotte de Colombus. Puis, ils en vinrent à parler des réformes et dans ce domaine, on ne put que constater leur insolvable différence. Zaccharias commença à expliquer avec une certaine satisfaction et fierté les changements entrepris ; le développement, le rapprochement ave les autres races, les tribuns, les karukis, les gants du pouvoir, les affiches que Jisarius avait observé avec indignation… La tension montait de manière difficilement contrôlable dans la salle principale de la résidence, les esprits s’échauffaient, le grand exterminateur, pris de rage frappa sur la grande table mauve taillée dans une forme ovale dans un bloc de myaléthite pure. Jisarius annonça la raison de sa venue avec un ton autoritaire presque comme si il exigeait sans concessions ce qu’il avait besoin. Ce qui avait commencé de manière purement formelle était en train de tourner en une sorte de règlement de compte antérieur qui n’avait jamais trouvé d’épilogue, le chef des chasseurs fit nettement comprendre à son homologue que ses réformes étaient pures hérésies, un manque de respect à la mémoire de Zebulon, une honte pour les Shezars. Zaccharias qui pourtant se voulait modérateur, se laissa lui aussi emporter par la tension, se disant en définitive que même si il n’était pas obsédé par le pouvoir, c’était lui le successeur légitime. Qui était finalement Jisarius pour venir lui parler de la sorte, lui qui avait développé la galaxie d’une manière insoupçonnée. Les gardes de Zaccharias sortirent alors leurs armes, action qui n’eut que pour unique réponse le son des épées des chasseurs de Jisarius sorties de leurs gaines électroniques accrochées dans le dos. Ces gaines répondait au code génétique du chasseur considéré et ne s’ouvraient que sous cette condition, l’épée par contre une fois sortie ne possédait pas cette fonction et ce pour des raisons évidentes dans la nécessité que peut requérir les combats.

L’air était lourd, le silence pesant, tous s’observaient pour réagir au moindre geste, à la moindre tentative, rien de bon ne paraissait pouvoir découler de cette situation.

Le grand exterminateur se retira lentement avec les siens, à reculons, pour s’assurer qu’aucun mauvais coup ne serait tenté, quand il arriva au seuil de la demeure, il se retourna d’un coup sec, sa longue cape mauve traçant un arc de cercle dans l’air tendu. Cet incident était allé trop loin, il n’aurait su demeurer tel. Le grand exterminateur retourna avec ses vaisseaux sur l’impératrice de l’aube et ne tarda pas à revenir lourdement accompagné. Zaccharias ayant prévu un retour dans cette optique, mit ses effectifs en état d’alerte. Une différence majeure demeurait toutefois : les soldats de Zaccharias ne s’étaient quasiment plus battus depuis douze ans, ils s’étaient encore entraînés bien entendu mais tous ceux qui accompagnaient Jisarius avaient participé aux batailles éreintantes et effrayantes des marais et avaient continué de s’entraîner d’une façon acharnée, parfois définitive. Que ce soit d’un côté comme de l’autre, ils étaient tous Shezars et par conséquent étaient plus que réticents à l’idée de véritablement s’attaquer. Cependant un élément déclencheur et irréversible vint tout chambouler. Le grand exterminateur avait amené avec lui en plus de ses effectifs habituels, deux séries d’unités qui jetèrent de manière inconsidérée le trouble dans le camp adverse. Il s’agissait d’une part de tous ceux qui possédaient un corps de métal, leur donnant une impression de largeur et de puissance énorme, et qui formaiennt désormais une nouvelle section : les brigades de l’abîme.

En tête de leur formation se trouvait Tarsus, leader de toutes les brigades, brandissant sa masse d’armes électrifiée, devenue symbole de sa force incalculable.

D’autre part, les palusites eurent définitivement raison du calme très relatif qui retenait les défenseurs locaux. Jisarius les conservaient sous son contrôle en leur donnant des injections de l’eau viciée des marais si ils obéissaient à ses ordres. Le nom du premier à ouvrir le feu sera resté célèbre car il s’agissait d’un humain, membre des gants du pouvoir, il se nommait Jax Irson et réussit à abattre, en une rafale insistante et lourde de fusil mitrailleur à haut débit, deux soldats de Jisarius. Ce dernier, rendu frénétique, ordonna aussi bien aux palusites qu’aux brigades de l’abîme, qu’à ses chasseurs et ses soldats, de fondre sur ceux qui maintenant s’identifiaient clairement comme des ennemis. Jax Irson fut également le premier mort du côté des effectifs de Zaccharias, il fut entouré par trois palusites qui s’acharnèrent sur lui d’une façon peu descriptible. Tarsus menait ses brigades de l’abîme avec une férocité extrême pour faire honneur à celui qui lui avait redonné une vie, il était très reconnaissable grâce à ses énormes mouvements verticaux qui retombaient sous sa masse indiciblement destructrice. Vu la densité de l’endroit c’était plus que du combat urbain qui se déroulait en plein Eliosis. Les brigades de l’abîme causaient des dégâts inimaginables autant au niveau psychologique qu’effectif. C’est alors que, voyant le déroulement catastrophique que prenaient les choses, l’aigle des étoiles se faufila entre les rangs ennemis pour parvenir jusqu’à l’endroit ou Jisarius taillait ses adversaires en pièce avec son immense épée à deux mains. Quand il y parvint finalement, il se tourna vers son adversaire et lui lança un défi pour un combat singulier. Le lion s’empressa de relever le défi en s’essuyant la bouche avec le dos de la main et en arborant un sourire confiant et provocateur. Les autres affrontements semblèrent alors se figer, dans l’attente du seul qui compterait vraiment, celui qui déciderait du futur des galaxies, l’aigle des étoiles opposé au lion du firmament. L’aigle des étoiles était beaucoup plus comme son surnom l’indiquait, un navigateur, un pilote, un voyageur, un maître de vaisseaux mais il ne faut pas oublier qu’originellement, il faisait partie des troupes d’élites du gouverneur de Colonia1, ce qui lui valut d’ailleurs sa cicatrice. Un énorme cercle s’était maintenant formé, autour des deux protagonistes, deux ou trois tentèrent d’éliminer traîtreusement le chef du camp opposé mais furent eux-mêmes tués par tous les autres qui considéraient un duel en bonne et due forme comme un serment sacré. L’aigle et le lion s’observaient, tournaient l’un autour de l’autre, ils auraient tous deux pu utiliser une arme à rayons et voir qui aurait dégainer le plus vite ou viser le plus juste mais cela n’aurait pas été adéquat pour aplanir la trop longue rancœur qui les séparaient. Le lion conserva son épée à deux mains, sans autre protection, l’aigle reçut, lui, une épée plus courte avec bouclier. Non pas les triangulaires des chasseurs mais un rond d’entraînement. Pendant ce court moment, c’était comme si toutes les planètes de la galaxie retenaient leur souffle jusqu’à ce qu’un des deux ne triomphe.

 

A suivre...

04:46 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

L'aigle et le Lion Trop de divergences, d'ambitions personnelles et de rancoeurs, qui mênent fatalement aux combats des chefs... La montée des tensions est vraiment perceptible dans ton récit... et connaissant l'intransigeance dont Jisarius a toujours fait preuve, seule cette issue semblait être possible... Combat dont on sait que l'issue scellera le sort de tous... J'ai l'impression que les guerriers de Jisarius ont de nombreux atouts, non seulement au niveau de l'entraînement et de leurs invincibles "hommes métal" mais aussi et surtout leur soif de vaincre, de laver les affronts, de recréer une race "pure"... tout cela jouera t'il en leur faveur? Je pense que le combat ne peut être que fatal à l'un des deux.. aucun ne pourra se permettre une once d'indulgence en cas de victoire... un peu comme dans un combat de gladiateurs... à la différence près qu'aucun empereur n'est présent pour décider du verdict...
Ce combat est sans doute un tournant dans le fil de ton histoire... J'attends avec curiosité le sort de l'un et de l'autre... bien sûr, j'ai ma préférence pour l'un d'eux, cela ne devrait pas être difficile à imaginer...
Mais je ne dois pas oublier que tous deux restent des Shezars... et à ce titre, ennemis des Hommes...
A très bientôt, Poète des Galaxies, en attendant la suite avec toujours autant d'impatience...

Écrit par : crysalidea | 31/01/2006

Bonjour Banur Merci pour tes comm. ils sont pour moi d'un grand intérêt.
Je ne connais pas ce Steve Jordan,je vais m'en occuper.
A ton avis cet hommage au Duke,n'est-ce pas trop long?
Amitiés

Écrit par : DUKE | 01/02/2006

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