02/02/2006

Suite...Un résultat inévitable

Zaccharias pourtant d’habitude très posé, très observateur, très stratégique, attaqua le premier, cette initiative semblant surprendre son adversaire habituellement expert du combat au corps à corps. Il jeta d’abord sa jambe gauche dans un mouvement rapide et oblique vers l’avant, pour ensuite rebondir comme un tigre agile sur la droite, prenant ainsi Jisarius de flanc. le coup horizontal, armé du côté gauche et précisément exécuté se dirigea à pleine vitesse vers le visage de l’exterminateur mais celui-ci eut un réflexe au dernier moment et parvint à se protéger avec le plat de son énorme épée, créant quelques étincelles. Il recula surpris par le maniement que l’aigle avait d’une telle arme, chose qu’il pensait être l’apanage des chasseurs. Sa surprise ne fut que d’une durée toute relative cependant car il abattit deux grands coups verticaux très rapprochés d’une force énorme sur le bras gauche de son opposant, faisant trembler le bouclier comme si un bélier lui avait chargé dessus.

Le lion portait bien son nom, il rugissait à l’aide de son épée en faisant d’énormes moulinets d’une inertie telle que l’aigle ne pouvait les bloquer mais seulement les esquiver. Ce dernier attendait justement une faille pour bénéficier de son atout principal… la rapidité.

L’agilité rencontrait la force, le modérateur affrontait l’exterminateur, le prophète du changement contre le fidèle serviteur de l’ancien système voire d’un nouveau encore plus radical. Jisarius continuait ses grands coups lourds et insistants mais le stratège agile prouva alors ses talents, il plia ses jambes, tout en se protégeant avec son bouclier, il se cambra pour encaisser le premier coup mais au moment du deuxième, au lieu de l’absorber, prit une impulsion violente utilisant toute l’énergie de ses jambes comme un ressort, s’aidant de son bouclier comme d’une arme offensive, créant ainsi une ouverture dans la garde du lion. Avec de la suite dans les idées, il poursuivit son mouvement et réussit d’un coup très vif à sévèrement entailler le bras gauche de Jisarius, qui en tant que vrai guerrier au lieu de se laisser faiblir, profita précisément de l’instant pour donner un coup horizontal avec toute la force de son autre bras fêlant ainsi durement le bouclier de l’aigle. Les combattants se tenaient en échec, s’observant le souffle court dans un instant immobile, s’approchant tous deux du coup final, à ce moment le duel pouvait tourner très vite et dans les deux sens. Jisarius qui était d’avis que l’on ne prenait la mesure de quelqu’un qu’en l’affrontant vraiment, ressentit en cet instant du respect pour son adversaire, plus que jamais sûrement mais la marche arrière n’était plus possible, cela irait jusqu’à la victoire ou jusqu’à la mort. La lutte s’amplifiait, le lion continuant d’harasser le bouclier déjà entamé, alors que l’aigle tentait des contre attaques rapides pour ralentir le flot effrayant, ce dernier toucha encore son adversaire à la jambe mais son bouclier céda définitivement sous la pression et la force énorme, le blessant à la tête par le choc, Jisarius prenant alors un léger avantage sur lui. L’aigle jeta son bouclier devenu inutile et se dit que ce qu’il perdait en défense, il le gagnerait en vitesse et agilité, lui aussi contre attaquait avec des coups très rapides, les épées s’entrechoquèrent chacun poussant pour faire céder l’autre, les yeux fixés sans relâche dans ceux du vis-à-vis, leur sueurs respectives se mêlant tout autant que leurs sangs sur le sol mouillé de la ville. Ce n’était pas le résultat d’une petite querelle mais l’expression d’une rancune étouffée depuis des années par solidarité shezarienne. Ils se tenaient à distance de souffle, chacun tentant d’écraser le tranchant sur la gorge de l’autre mais dans cet exercice, le lion avait l’avantage, il donna un coup de tête déterminé et repoussa violemment l’aigle vers l’arrière, contre toute attente, il semble pourtant que c’est ce que celui-ci attendait car profitant de la poussée du lion qui suivait son déplacement et tout en rattrapant son équilibre en bloquant ses talons, il administra un flamboyant coup d’estoc, plongeant son épée dans le flanc du grand exterminateur. L’on s’attendait à le voir s’écrouler après une telle frappe, chacun retenant sa respiration mais ce dernier montra alors le véritable guerrier qu’il était et l’étendue de sa détermination : il attrapa l’épée à hauteur de la garde et plutôt que de l’enlever, la tira plus profondément vers lui, pour éviter que Zaccharias ne puisse la reprendre, alors, quasiment dans le même mouvement frappa celui-ci, laissé sans protection, d’un mouvement sec et dévastateur. L’aigle des étoiles s’écroula sur le sol, voyant ses rêves s’estomper, sa vue se troubler, abandonnant ses dernières forces en fixant les tours d’Eliosis, les lumières, les symboles du rapprochement et en partant avec le goût que l’on a quand on est resté fidèle aux choses que l’on prétend défendre. Le combat était terminé, l’aigle des étoiles s’était éteint, le lion gravement blessé accusait le coup en s’appuyant sur son épée, alors que celle de l’adversaire lui traversait toujours le flanc, même dans cet état il avait un sourire au coin des lèvres car il en était arriver à rencontrer enfin un adversaire digne de lui. Il se disait après tout que c’était déplorable d’en être arrivé là, qu’ils auraient pu accomplir de grandes choses ensemble tout compte fait mais aussi qu’ absolument rien ne devait venir entraver ses objectifs. A ce moment, certains fanatiques d’Eliosis tentèrent de se ruer sur Jisarius pour venger celui qui leur avait offert ce nouveau mode de vie mais Sirius, son ombre, sortit du néant et réussit à contenir six adversaires à lui tout seul agissant avec une rapidité sans égal. Son épée était quasiment invisible tant elle fendait l’air de manière parfaite. Son apparence était extrêmement trompeuse, il paraissait frêle, fragile, avait un style androgyne, des très longs cheveux noirs, extrêmement lisses, presque pareils à ceux d’une femme, qui tombaient devant ses yeux étroits, cachant partiellement son fin visage émacié. Il semblait plus jeune qu’il ne l’était en réalité, ne parlait que très rarement et semblait véritablement être l’ombre de son chef. Ce physique fut d’ailleurs l’entrée du tombeau de nombreux soldats qui ne se méfiant pas assez, y furent expédié avant qu’ils n’aient le temps de comprendre.

En réalité, de tous les chasseurs, c’était probablement le plus dangereux. Au sein de sa caste il fut surnommé vent pourpre, premièrement car personne ne semblait pouvoir le toucher, deuxièmement pour la bonne et simple raison que quand il sortait son épée au style unique, elle ruisselait toujours du sang de ses ennemis. En plus de ses capacités guerrières extraordinaires, il possédait une intelligence que rares seulement arrivaient à saisir, donnant souvent des conseils à son maître, dans l’ombre. D’extérieur, au premier abord, l’on aurait dit, un individu fragile mais en observant bien, l’on pouvait déceler de manière indubitable, dans son regard ténébreux souvent caché par ses longues mèches et par un sourire glaçant, la noirceur de l’intérieur. Un jour, sans un mot, il trancha la gorge à un homme qui l’avait maladroitement bousculé sans s’être excusé tout de suite. Sirius créait un contraste marquant avec les autres chasseurs, en général très présents par leur personnalité, d’apparence robuste et très forts physiquement.

Dans le chaos qui suivit la mort de l’aigle des étoiles, les combats reprirent à certains endroits, d’autres par contre, principalement ceux qui s’ennuyaient dans le monde sans combats de Zaccharias, décidèrent de rejoindre Jisarius reconnaissant le résultat du duel comme officiel. Certains chasseurs vinrent autour de leur chef pour l’aider à se relever mais le lion les repoussa sèchement, s’appuyant sur son épée pour se relever lui-même. Le sang sortait par le côté gauche de son armure mais il ne bronchait pas, fixant ses troupes en leur demandant ce qu’elles faisaient à le regarder alors que des combats faisaient encore rage ailleurs. Tarsus menait ses brigades pour étouffer les foyers de résistance, ressemblant plus à des actes désespérés qu’autre chose, l’aigle des étoiles n’était plus mais ils refusaient de voir la vérité. Les chasseurs insistaient pour que leur maître retourne sur l’impératrice de l’aube pour se faire soigner mais le lion, rétorqua que la place d’un chef était avec ses soldats, là où se déroulent les combats et non pas à l’abri avec des médecins. La plupart des Shezars, dans les deux camps, refusèrent d’affronter leurs semblables et beaucoup d’anciens de Zaccharias, une fois leur chef mort, ne pouvaient plus qu’obéir au nouveau. Il est à supposer que parmi eux, seuls ceux qui avaient depuis toutes ces années une irrépressible envie de se battre continuèrent, par contre les humains poursuivirent la lutte car ils avaient une raison de ne pas vouloir que Jisarius les dirigent. Même si ils s’acharnèrent, ils n’étaient pas très nombreux à êtres armés ou à savoir se battre, à vrai dire seuls les membres des gants du pouvoir avaient pu continuer à faire cela. L’unité shezarienne reprit vite le dessus aussi, les humains se faisant tirer dessus même par leurs collègues ou supérieurs, membres des milices de l’Ordre comme eux et qui maintenant semblaient se ranger derrière le lion. Ils n’étaient pas correctement équipés, pas correctement entraînés, trop peu nombreux et ne pouvaient que s’incliner devant la puissance des brigades de l’abîme. Les combats se prolongèrent jusque dans la nuit faisant résonner l’endroit sous les tirs mais le lendemain matin, les troupes de Jisarius s’étaient rendues maîtres de tout Eliosis, les humains ayant été maîtrisés et les shezars de Zaccharias s’étant rangé derrière le nouveau chef… telle était en effet la conception d’unité qu’ils entretenaient ; après tout le plus fort l’avait remporté et cela était tout à fait dans leurs idées. Une fois la situation sous contrôle, Jisarius décida de retourner sur l’impératrice de l’aube et ordonna qu’on lui envoie Ymil Hartan, le gouverneur de Colonia1, pour voir ce que serait sa position et pour discuter de son avenir. Une fois à bord, il convoqua dans une grande salle, les plus fidèles, les plus forts, les plus anciens et les plus influents de ses chasseurs, l’élite de l’élite, treize exactement. Il était encore très amoindri par sa blessure mais n’en montra rien, il leur expliqua qu’il avait longtemps cherché le meilleur système pour assurer un gouvernement efficace qui permettrait aux Shezars de faire primer leur race sur les galaxies et avoua lui aussi s’être inspiré de l’Histoire des humains pour cela. Il avait consulté les archives et s’était emparé d’ouvrages qui semblaient pouvoir l’intéresser, parcourant pendant les longues années de la première traversée, tout ce matériel. Lors de ses lectures, il avait découvert qu’à une époque très reculée, les humains régnaient par la force et les serments de fidélité et que les chefs portaient alors le titre de seigneur. Chacun se voyait confier une part de territoire tout en devant fidélité à un seigneur supérieur appelé vraisemblablement suzerain, lui-même ayant prêté serment auprès d’une autre seigneur et ainsi de suite jusqu’au suzerain suprême, le Roi. Tous ces seigneurs, avaient autorité suprême sur leur territoire et disposaient « d’esclaves », dont le titre exact fut perdu à travers les péripéties du temps, qui leur devaient une obéissance totale, forcés de travailler dur et d’accomplir les moindres désirs de leur maître. Le lion avoua aux membres présents, que tel était son objectif, pour assurer le véritable prestige de leur race supérieure et que chaque membre présent serait nommé seigneur, remplaçant les gouverneurs mis en place et se voyant offrir leur territoire. L’idée aurait en principe dû séduire les chasseurs concernés mais ils ne savaient pas trop quoi penser, ils étaient des guerriers, n’avaient jamais vécu que pour cela, avaient toujours suivi leur chef alors que là, ils en seraient séparés ne sachant trop que faire. Jisarius leur dit qu’il avait besoin des plus fidèles pour réaliser son but et qu’ils lui serviraient tout autant dans cette tâche qu’à travers toutes les batailles précédentes, il ne manqua pas d’ailleurs de poursuivre en disant qu’il prétendait élargir la portion connue des galaxies et que cela pourrait bien entraîner d’autres combats. Après cette étonnante réunion, il reçut Ymil Hartan pour s’assurer tout d’abord qu’il le reconnaissait bien comme chef désormais, pour lui annoncer ensuite comment allait se présenter le nouveau système et enfin que dans le cadre de celui-ci, il ne serait plus gouverneur unique de Colonia1 mais un seigneur placé sous la tutelle d’un suzerain choisi parmi les chasseurs.

 

A suivre...

11:49 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

L'aigle... n'est plus.. L'agilité contre la force... mais dans les deux cas, le courage et la stratégie... quel combat! et aussi quelle surprise... Que le Lion ait la lucidité d'enfoncer l'épée plus profond dans son corps, afin que son adversaire se trouve sans arme, sans défense... et en un seul coup, jouer ainsi son destin...
Ainsi le dessein de Jisarius est d'instaurer un régime "féodal"... morceller le pouvoir comme l'avaient fait les hommes... et être ainsi dans cette nouvelle structure le chef incontesté, le Roi... N'avait-il donc pas appris quelles étaient les limites d'un tel système dans les archives de l'Histoire des Hommes ? Je pressens que tous ne partageront pas cette vision du futur... mais que faire contre le Lion, n'a t'il pas prouvé à tous sa force et sa détermination? Vent Pourpre, un tueur sous un visage d'ange ? son rôle sera sans doute important dans les épisodes à venir... Dans cette constallation, rien n'est encore assuré... et je m'attends encore à de nombreux rebondissements...
A bientôt, Poète des Galaxies, bonne soirée à toi...

Écrit par : crysalidea | 02/02/2006

Un combat décisif Ayant du retard, je fais un comm unique pour les deux dernières parties de ton histoire.
L'alcool d'arxiane n'est-il pas dangereux? Tu dis dans la partie "un aller simple" que l'arxiane est "une fleur dont la magnificence et la senteur envoûtante n'ont d'égal que la fatalité du poison que l'on en tire". Ceux qui en boivent ne sont-ils pas en train de se tuer à petit feu?
Le combat entre Zaccharias et Jisarius est vraiment très bien décrit, on s'y croirait. Tu fais très bien ressentir la tension qui existe entre eux deux, l'ambiance électrique du face à face. Zaccharias, sans être devenu l'ami des Humains, s'en était rapproché et pour la suite de l'histoire, il est logique que ce soit lui qui périsse et que Jisarius reste le seul chef, ennemi des Humains. Le combat rend honneur à Zaccharias, il meurt avec bravoure.
Je ne comprends pas bien les desseins de Jisarius. Repartir dans un système de serfs, de vassaux, de seigneurs, de suzerains et de roi, pour un représentant d'une race avancée comme celle des Shezars, je trouve cela bizarre. Je ne doute pas que tu nous dévoileras ses intentions profondes dans la suite.
Sirius, Vent Pourpre, guerrier impitoyable sous une apparance frêle et angélique, en voilà un dont Jisarius doit être fier et dont les conseils lui sont sûrement précieux, mais que cherche-t-il en conseillant son chef? La suite me donnera probablement les réponses à mes questions.
Bonne journée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 03/02/2006

ai perdu... le fil de l'histoire... (grrr, pc capricieux, tu sais!)
vais prendre le temps de relire mais tu sais mon admiration pour ton écriture déjà et je ne crois pas qu'elle sera démentie..
A tout bientôt..

Écrit par : pierre de lune | 05/02/2006

... De retour dans ta sphère magique .... je prendrais le tps plus tard de m'imprégner de ce texte qui je le vois a commencé quelques posts avant ...
Ce sera après lecture un plaisir de pvoir commenter si je ne reste pas bouche bée
Doux bisous et à bientôt !

Écrit par : POussière d'Ange ... | 07/02/2006

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