01/08/2006

Pandemonium

La pluie… elle a toujours un goût différent après le soleil, un son irréel également, car on entend le sol sec et avide l’aspirer comme un vautour qui se délecte des vers d’un cadavre…

pourquoi cette image ? pour te rappeler que t’es mortel, que le vautour à capuche attend

que tu te perdes dans ce grand désert en oubliant ta gourde ou bien que tu ne la remplisse pas

assez pour tout le voyage, emporté par un élan béatement optimiste. Après s’être fait un barbecue de neurones en me tortillant l’unité céphalique sous un soleil de plomb, les gouttes

sont revenues sur ma ville, j’aime la chaleur, sérieusement, mais je ne peux qu’avouer que sous la mélancolie d’un ciel gris, elle a vraiment de la gueule. C’est uniquement là que t’entends ces vieilles pierres crier  « pardon » pour toutes les erreurs qu’elles ont contemplé sans pouvoir les changer, les murs du centre c’est en quelque sorte des liseurs de rêve qui voient l’avenir sans pouvoir le modifier. En les touchant elles te murmurent ce que sera

demain et si t’y crois pas t’es un crétin par ce que c’est pourtant bien ce qui se passera ; tu crois savoir où tu vas mais tu sens même plus le collier que t’as autour du cou, tu crois que t’auras le temps de faire tout ce que le système a prévu pour toi, tu crois que t’es différent par ce qu’à un moment t’as décidé de tourner à gauche alors que les autres te donnaient l’impression de virer à droite… mais c’était compris dans le calcul, c’est le même éditeur de circuit qui a créé ce tournant là aussi, tu crois que t’es réfractaire ou rebelle mais tant que tu sauras pas pourquoi tu seras rien du tout, juste un clone… ouais peut être qu’en fait on a tous notre clone là haut, bien sûr c’est nous la copie, on est juste là pour porter ses souffrances et payer le prix de son impudence face au grand patron… parlons en ça tiens !

tout à l’heure je vais au centre justement et je me fais accoster par une illuminée qui déballe son panégyrique sur Dieu, une témoin de Jéhovah sûrement, moi je lui dit que son « Jéhovah » c’est un mensonge inventé par les Hommes pour rendre leur faiblesses plus supportables, une urne où déposer les cendres de leur foi travestie, un ersatz d’immortalité…

je lui dit aussi que je suis mon propre dieu, par du tout par arrogance mais seulement par ce que ma foi, la vraie, je la place en mes rêves, que croire en soi est la seule façon de se sauver,

que je trafique pas des indulgences et qu’après analyse poussée, il n’y a qu’exceptionnellement moi qui puisse me l’accorder. Ce Dieu, ils l’ont fait grand, puissant, parfait, afin de se sentir misérables et petits devant son ire imaginaire et en partant de ce postulat, continuer impunément leurs vices, seule chose comptant véritablement, tout en invoquant leur propre turpitude. Ensuite il suffit de s’asseoir derrière une grille, d’embrasser une croix ou tout autre artifice assimilable, d’invoquer le nom de leur invention, afin d’épurer toutes leurs dettes… en fait, Dieu est un créancier bien conciliant… juste là j’écoute « my own prison » du groupe « Creed » et ça s’y rapporte très bien… ouais, nous créons notre propre prison et nous sommes notre propre jury, c’est la seule vérité, je reprendrai donc la fin pour situer la pensée : «  I cry out to God seeking only his decision, Gabriel stands and confirm, I’ve created my own prison », y a pas de doute c’est la seule réponse honnête qu’on puisse recevoir. Puisque je le cite, j’adore le leader de ce groupe, Scott Stapp, si vous ne connaissez pas, c’est un mec qui chante avec son cœur, pour prouver que le vrai rock a encore une âme…

ouais j’ai bien dit le Vrai rock car aujourd’hui il n’y a presque plus que des pollueurs de style qui pensent y connaître quelque chose, qui croient qu’il suffit d’avoir quelques piercings, de porter l’emblème de leurs idoles fabriquées par incubation de mauvais son et de mettre deux doigts en l’air pour en être… mais non mon vieux, le rock c’est pas une musique, c’est un mode de vie, tu te mets pas dans la configuration rock quand t’es derrière ta stéréo, tu l’es ou tu l’es pas, tu te lèves en pensant selon ses principes, tu manges en savourant la liberté qui y est décrite, tu t’habilles pas avec les mêmes habits que ton groupe favori, par ce que leur message est précisément : sois libre, fais comme tu veux, crée ton propre style, ta légende personnelle, domine ta vie, rejette les contingences et refuse d’obéir à un aboiement qui désire enchaîner ton cœur… quand je suis derrière ma batterie ou à un concert, dans ma chambre ou dans la rue, j’essaie toujours d’avoir cela à l’esprit et je me dis que je suis en vie.

Le royaume du ciel, j’y crois pas sous cette forme mais je trouve beau en général ce qui s’y rattache… la musique sacrée ; la magnificence des lieux qui sont supposés l’être aussi ; la conviction sans bornes de certains qui le défendent ; le symbolisme de grandeur ; le sentiment presque mystique que l’on ressent quand on lit un des livres saints et l’interprétation qu’en a fait le Fantasy, par ce que sur le principe y a rien à dire. : un Healer c’est splendide comme Esprit, c’est le ciment du groupe, le représentant de la grande Lumière… en fait, c’est exactement ça, pour moi, un prêtre qui crée un bouclier béni en invoquant son Dieu

c’est aussi beau qu’un chevalier qui après un rude combat terrasse le dragon mais ça reste du fantastique… cependant il ne faut pas penser que je ne crois en rien… je ne pense pas l’homme immortel mais je crois que ses rêves le sont, je ne crois pas en Dieu proprement dit mais il n’est en fait qu’un nom, je pense toutefois qu’une énergie suprême présida à la création des choses. Cette énergie que j’aime appeler « Gaïa » pour différentes raisons, n’est pas une entité découlant d’une logique anthropomorphiste, qui l’assimilerait au vieux sage à la barbe blanche… non, elle est immatérielle, ne connaît pas les notions de bien et de mal, elle donne la vie et la reprend sans s’encombrer de telles considérations manichéennes qui sont l’apanage de l’humain, elle est l’âme de la nature et poursuit un cycle dont la maxime peut se résumer en ceci : « la seule constante de l’univers est le changement »… croire en elle c’est croire en la vie, car quand on tient l’être cher dans ses bras, on peut pleinement la palper, au-delà de cette réalité, ce n’est que supposition fantaisiste… dont l’originalité ne manque cependant jamais de me fasciner. L’humain cherche à devenir éternel, à repousser les limites de la vie, à combler son imperfection… mais que seraient les moments rares sans l’intensité impliquant qu’ils puissent ne jamais revenir,  chanterait-il si ardemment les cantiques du jour si celui- ci ne venait jamais à pâlir ? que serait l’art qui emprisonne la beauté d’un instant fragile si celle-ci ne s’altérait jamais ? qu’elle serait la magie d’un dernier concert si son auteur pouvait sans cesse le reproduire ? que seraient les héros qui nous font rêver si ceux-ci se relevaient toujours ? car en effet, il n’y a qu’une seule chose qui émeuve plus que l’ascension d’un brave et cela est sa chute… ils seraient tous simplement comme emprisonnés dans une bouteille d’eau gazeuse qui a perdu toutes ses bulles… les dieux sont des créations chimériques de l’Homme mais même en admettant qu’ils puissent prendre une existence propre conforme à celle qui les décrit, ils en viendraient à nous envier précisément par ce que nous sommes mortels (confer Achille dans Troy)… je terminerai par ceci :

je suis un misanthrope humaniste, car même si la majorité des représentants de notre espèce

forment l’armée du Pandemonium, les exceptions qui subsistent sont des anges aux ailes tellement dorées que chacune de leurs plumes me forcent à l’aimer cette race hybride…

A toi Arthur, souverain du royaume de l’Eté, afin que ton rêve se réalise.                   

19:38 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Réponse Merci de ton petit mot, Paul.
Comme tu m'y as invitée, je me suis donc coltiné cette écriture serrée, bleue, sur fond noir ... Autant dire qu'il faut s'accrocher pour aller jusqu'au bout ! sourire
Je me suis contentée pour l'instant, de "Pandemonium" en me promettant d'y revenir souvent. Ton blog est d'ores et déja classé dans mes favoris.
Bien que tes références littéraires - et musicales - mais je note que tu aimes la musique sacrée - soient différentes des miennes nous sommes en effet proches dans nos approches respectives.
On trouve souvent que mon écriture est dense, c'est ce que j'aurai envie de dire de la tienne aussi. Beaucoup de choses sont dites en peu de ligne.

Entre autre : L'impermanence des choses c'est ce qui en fait le prix. Il y a un passage sublime ... Est-ce de toi ? On dirait du Shakespeare ... "Mais que seraient les moments rares ... si ceux-ci se relevaient toujours ?" Magnifique !

Je dirai quant à moi que la plupart de nos contemporains ont cessé de dire "oui" à la vie. Ils poursuivent une immortalité illusoire en retenant, en fixant tout ce qu'ils peuvent, et ce faisant ils créent de la souffrance. Ils sont devenus les esclaves du temps.

Sur ce sujet je te mets un extrait de mon blog en espérant que tu pourras le visiter. Il est plus accessible à partir de Mozilla :

La question du sens de la vie pose fatalement la question du sens de la mort ...
La tentation est grande de penser qu'il y a une vie après la mort ... Consolation, espoir suprême des religions (interrogeons-nous en passant sur la finalité qu'il y a à nous faire espérer le paradis, la vie éternelle ou la réincarnation ?) L'espoir d'un futur hypothétique heureux - sous réserve d'obéir à un certain nombre de lois - fait mieux passer la douleur du présent ... Fuite ?

Mais ai-je résolu le problème que pose ma façon de vivre, ou découvert s'il en existe une autre, exempte de douleur, de souffrance, ici, maintenant ?

Non. Parce que si j'ai peur de la mort, j'ai peur de la vie. L'une n'existe pas sans l'autre.
Qui refuse d'entrer dans la vie, ses dangers et ses épreuves, meurt à petit feu tous les jours ...
Qui fonde sa vie sur la peur de la mort, a perdu le bonheur de vivre.

Il nous faut apprendre à vivre.

Si je laisse, à chaque instant, tout s'achèver et renaître simulltanément, je m' exonére de la peur et du temps. Je ne désire plus devenir quelque chose. Je n'ai plus cet horizon de perfection à atteindre. Je ne cherche plus à créer de la permanence, donc de la possessivité ; à travers l'amour, par exemple. Je vis en paix et en sécurité dans l'impermanence.

Mais les humains aiment tellement compliquer les choses ...

Au plaisir de te lire très bientot
Marie Claire

Écrit par : marie claire | 06/08/2006

le silence des pierres Dans le silence des pierres se lit le passé et se dessine le futur comme s’il s’agissait d’une boule de cristal dont seuls de rares élus décrypteraient les messages, sans pouvoir toutefois changer un iota au cours des choses, celles-ci étant déterminées…

C’est sans aucun une des questions majeures qui tourmentent les hommes depuis toujours… Où commence notre libre choix, existe-il et si oui est-il vraiment possible de l’exercer? Et ceci dépasse de loin les considérations d’un système social établi, qui tendrait à modeler l’homme selon ses besoins, afin que la société fonctionne pour le bien du plus grand nombre… Cette préoccupation est bien d’ordre métaphysique, et sans vouloir me perdre dans les méandres des questionnements abstraits, je tends à penser qu’à la fin des fins, nous sommes responsables de nos actes et que seuls confrontés à notre propre conscience, nous pouvons exercer nos décisions intimes et tracer notre chemin, que nous en avons les ressources et les forces… savoir pourquoi nous agissons de telle ou telle façon aide bien entendu à poser nos choix, pourtant, combien de fois les choses ne s’expliquent-elles pas… Lorsque j’agis sur un coup de tête, n’écoutant que mon cœur, mon intuition… Il peut en aller de même sans doute pour tous les domaines, même ceux de la spiritualité… Ainsi, oui, sentir au plus profond les chants et les chœurs religieux jusqu’au bout de ses larmes, admirer le coucher de soleil sur Borobudur, ou tout simplement regarder, médusé les grains de sables couler comme de l’eau entre ses doigts pour s’empiler, imbriqués les uns dans les autres en une pyramide parfaite, ou bien poser ses yeux dans le regard de l’être aimé et se sentir immatérielle, n’est-ce pas du domaine de l’inexplicable ? Je dois reconnaître qu’il me plaît assez ce domaine, qu’il ne m’effraie pas et que parfois, je m’y sens bien… Car je l’appelle le Tout lorsqu’il arrive qu’en des moments de grâce, aussi éphémères soient-ils, bat au plus profond de l’âme la conscience d’exister… Mais, je m’éloigne sans doute des nombreux aspects abordés dans ton texte… dense comme à ton habitude…
A bientôt doux penseur…

Écrit par : crysalidea | 07/08/2006

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