03/08/2006

L'acompte

La pluie, encore elle … elle lacère le ciel en trombes chaotiques, martèle le sol

inquiet en un concerto violent, qui ne semble avoir pour seule préoccupation acoustique,

que celle de me rendre sourd. Elle représente les larmes de Janus car elle a deux visages.

Celui des souvenirs, qu’elle fait remonter comme un burrito trop gras, c'est-à-dire avec la réminiscence d’un bon goût au départ mais qui, à terme, tourne sur l’estomac… et celui de l’avenir, qui à travers un treillis semi opaque, semble filigraner le florilège de nos craintes.

La pluie ça sert aussi à te rappeler que tu dois garder les yeux ouverts quand tu marches,

tu te demandes alors si elle lave les fautes comme le sang ou bien si elle te permet simplement

de te faire oublier qu’elles suintent pendant un moment. On dit qu’il pleut des cordes mais j’ai beau tirer dessus j’arrive pas à grimper vers le ciel, alors j’écris, j’écris par ce que tu viens

de me déposer chez moi après les moments qu’on a passés ensemble et que j’arrive pas à dormir. J’écris comme si je te parlais, comme si cette toile était un invocateur d’ondes dont toi seule possède la fréquence, comme si chaque mot posé ici était un secret forgé sur l’enclume de ton tympan, comme si ton corps alanguit était toujours contre le mien

et que tu m’écoutais longuement, comme si en faisant cela je pouvais évacuer un minimum

ce besoin dévorant que j’ai de toi… ouais j’ai pas eu assez de toi, alors je te le dis mais en fait j’ai jamais assez de toi, car quand t’es là, cette chienne de pluie elle me touche pas. Elle peut fouetter à m’en cribler les os, elle ne m’atteint pas, d’ailleurs ça me rappelle cette phrase magnifique dans « la pierre et le sabre » d’ Eiji Yoshikawa… c’est un moine qui dit à un condamné à mort à qui on va trancher la tête : « médite sur la puissance de Kanzeon et la lame volera en éclats »… ben moi c’est la même chose, j’ai médité sur la puissance de ton aura et sur l’impact qu’elle a sur mon existence et quand je lève les yeux, je vois tes ailes bleues qui me servent de protection… non, décidément, la chialeuse peut faire ce qu’elle

veut, ses misérables larmes volent en éclats. Nos clones originaux qui sont là haut, ceux qui tirent les ficelles sur notre nuque irritée, ils se marrent quand on parle de l’avenir, ils nous laissent faire des plans, ils nous donnent même l’impression qu’on va presque les toucher

et puis, quand t’as plus qu’à mettre la dernière pierre, ils font tout s’écrouler. Moi, mon avenir c’est de ne pas devoir écrire sur le fait que tu sois pas là, c’est seulement écrire pour

toi alors que tu te trouves derrière ou à côté de moi… et vous les marionnettistes du panier

des éthers, je vous montre pas que j’ai des ciseaux dans la main mais avant que je ne sentes la tension dans mon cou, je couperai les fils, je vous laisserai pas me faire jouer un autre destin que celui là. Trop font l’erreur de croire la vie longue, elle l’est parfois, mais alors c’est du bonus, moi je me prépare chaque jour en me demandant le costume que je porterai quand viendra la moissonneuse de l’ultime crépuscule… j’essaierai de lui sourire en lui disant que je t’ai connue… mais d’ici là je veux vivre, par ce qu’à chaque moment passé avec toi, j’ai l’impression de tirer la barbe du supérieur la haut d’une main et de l’autre, celle de l’ange déchu tout en bas… non je sais j’y crois pas mais l’image me plaît… d’ailleurs on devrait pouvoir s’arranger avec un de ses deux là : moi je leur vendrais mes souvenirs et en échange ils me donneraient autant d’années en plus avec toi, ouais je sais ça paraît ridicule dit comme ça mais peut être qu’en fait c’est ça la réincarnation… à la fin on remet tous ces souvenirs dans une boîte et puis on peut repartir pour une nouvelle aventure, tabula rasa comme on dit… mais alors moi je me pose la question, qu’est ce qui se passe si un souvenir est tellement fort qu’il survit à la boîte ? ils l’auront probablement passé au mixer purgatorien et auront étiqueter chaque morceau de celui-ci de façon différente mais si malgré tout et ce même de manière floue, il continuait à subsister… ouais c’est peut être ça qu’on appelle une âme

soeur, c'est-à-dire récupérer ce qui nous appartient, je sais pas si Dieu, ou un de ses sbires d’ailleurs, me le rendra mais en tout cas quand je t’ai vue pour la première fois j’ai eu l’impression de retrouver la clef de ma demeure. Je repense à cette chanson de Bon Jovi

« it’s my life » et particulièrement cette phrase que je trouvais très nulle au début :

« I just wanna live when i’m alive », j’avais même regarder les lyrics pour voir si c’était pas notre cher Van Damme qui avait écrit les paroles… mais en fait c’est pas con quand on y pense, je dirais même que je l’aime maintenant cette satanée réplique… je suis vivant grâce à toi et je veux plus que jamais vivre pendant que c’est le cas, qu’on aille même jusqu’à écourter mon existence si cela augmente les moments qui t’y comprennent, ça me va très bien.

Les regrets servent à nous faire réfléchir au moyen de les effacer, c’est pour ça que je n’en ai jamais mais Balavoine chantait : « je veux mourir malheureux pour ne rien regretter », j’adore cette phrase et pourtant moi je dirais, que je voudrais mourir heureux pour connaître mon unique regret… celui de ne pas t’avoir dit assez combien je t’aime car cela est impossible… en attendant donc, prends ceci comme acompte.               

   

 

07:13 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Echanger les souvenirs contre du temps, je ne sais pas si c'est ainsi que les choses se passent, mais je comprends très bien l'envie d'avoir plus de temps à passer avec la personne que l'on aime ou que la vie soit écourtée si les moments passés ensemble sont plus nombreux.
Est-ce que certains souvenirs subsistent malgré tout ce qui serait fait pour qu'on ne s'en souvienne pas? J'en suis intimement persuadée, sinon, qu'est-ce qui expliquerait qu'on ait l'impression de revivre certaines situations si elles n'étaient pas stockées d'une manière ou d'une autre dans la mémoire de notre âme?
Bonne journée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 03/08/2006

Un acompte comme ça, on attend avec impatience le solde...à l'infini.

Écrit par : Blue | 03/08/2006

... Et comme l’écho d’un cri qui vient me sauver de ces cordes de pluie qui m’entravent et me bâillonnent…

Écrit par : crysalidea | 04/08/2006

Bonjour Promeneur Le jour où j'en aurai les moyens (on peut toujours rêver), je t'engage comme porte paroles...tu parles mieux de mes écrits que je ne saurais le faire moi-même ! Incroyable ça ! Je suis totalement incapable d'expliquer la trame de vie qui se trouve dans mes poèmes.
Une question : et si le temps n'était qu'une illusion ? Pour moi le temps n'existe que par la perception illusoire que nous en avons...Ce qui signifie que lorsque nous aimons quelqu'un, nous sommes toujours avec lui...tout le temps et en tous lieux, même si physiquement on ne peut le toucher cet être aimé... crois-moi je sais de quoi je parle...
J'ai lu tes derniers comms sur mon blog et le débat avec @..@, co-auteur de certains de mes écrits (haikus et tankas), je ne pense pas que le monde soit divisé uniquement entre celui qui creuse et celui qui tient le colt...ou entre les dominés et les dominants...il y a une autre sorte....les hommes (femmes) libres...soit ils ont eux-mêmes un flingue...soit ils refusent de creuser....
Quant au fil...c'est celui de la vie...nous sommes tous dessus...certains en tombent...mais il est souvent difficile de remonter dessus, non ?

A bientôt toujours un plaisir de te lire..ici ou ailleurs....Salut à toi...et bonne promenade....

Écrit par : Alexandre | 04/08/2006

Tes mots me sont parvenus...
Je viens graver sur tes lèvres le reflet du sourire que tu as faconné sur les miennes...
J'y cueille ainsi les senteurs du royaume de l'été, afin que tous mes rêves se réalisent...
A toi, mon doux poète, merci !

Écrit par : crysalidea | 04/08/2006

Il n'est jamais trop tard... La preuve !!! ;o)))
Il faut vivre le présent intensément.
Plein de bonheur avec chrysalidea, ta douce muse...

Amitiés
Jef

Écrit par : quarkenciel | 18/08/2006

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