23/09/2006

Journal... Réponse d'un chevalier

La chaleur inquisitrice semblait susceptible d’affecter traîtreusement n’importe quelle âme tentant de lui tenir tête, en ce jour bouillonnant. Cependant, au milieu de la foule, se dessinait la silhouette d’un homme, taillée de façon cérémoniale au fer d’une armure scintillante.

 

Scrutant impassible et serein, projetant au firmament des contours imaginaires, l’excroissance de ses pupilles vers l’entrée de la salle royale. Chaque élément de son équipement paraissait conter une sérénade de rayons réfléchissants au miroir des colonnes dorées de l’antre suprême. Son casque à cimier, orné de plumes mauves foncées, répondait parfaitement à la profondeur pourpre de sa cape, soigneusement accrochée en broche de maisonnée. L’agitation générale s’estompa consécutivement aux pas du chevalier, gravissant une à une les marches marbrées qui cliquetèrent au contact de son soleret. La double porte majestueuse happa finalement l’ombre du preux au sein de la bâtisse.

 

Là, son cœur décolla tel un dragon affamé en quête de héros néophytes, il rugit comme un volcan trop longtemps muselé déchirant l’écorce de la terre, il hurla en vagues successives dans ses tempes à l’image d’un marteau léchant la rudesse d’une lame ardente. Un tel bouleversement ne pouvait souffrir qu’une unique explication : au bout de la pièce, éclairée

uniformément à la lueur séductrice des bougies orangées, trônait l’incarnation charnelle de ses frissons, la réponse impavide à toutes ses questions, son rêve, sa Reine.

Du haut de la plus grande grâce que l’humanité puisse fournir, la souveraine lui fit signe d’avancer dans sa direction, puis, lui demanda de s’arrêter à une distance de six pas environ. En ce périmètre de réalité intemporelle, dans cette bulle d’illusion de dualité chaotique et onirique, il s’immobilisa, identique à un marin humant

le rivage mais ne pouvant encore y poser ses lèvres.

 

Ses yeux, en teinte de désir orphelin n’avaient d’autre alternative que de mesurer la pureté de cet être divinement humain se trouvant en face de lui, offrant à sa robe de soie verte une peau plus transparente de beauté que l’étoffe elle-même. Délicatement, son auguste charpente se dressa, se dirigea vers lui, déposa tendrement sa main sur l’épaule du chevalier et l’enjoint à

s’agenouiller. Sur son honneur d’homme, voilà bien la seule personne devant laquelle il était capable de faire une telle chose, qui plus est, en respirant un parfum extatique que sa seule conscience lui accorda. En remontant la tête, il vit un livre entre les mains de sa reine, la synergie de leurs regards respectifs s’accrocha alors aux murailles crénelées d’un destin préadamite, d’une vérité remontant au-delà des origines de l’homme, d’une résurgence inéluctable de leur passion éternelle. N’excluant pas une seule seconde la femme de foi de son champ de vision, il ancra sans hésitation sa main, totalement à plat, sur la couverture du livre. Croissement, il sentit sa peau chauffer, puis, finir par le brûler, incrédule, il la retira et remarqua que le sceau de sa Reine était gravé au creux de sa paume, simultanément, son empreinte digitale s’était inscrite dans les légers sillons du tome sacré.

 

n    « Ceci est ma vie que je vous confie », lui avoua t-elle

n    « Ceci est mon sang que je vous offre », répondit-il en levant sa paume à jamais marquée.

n    « je suis tout entier ouvert vers vous, en abandon charnel, en offrande vitale, en sourire éternel, en bannière de toujours, en conquête de demains, au caprice des chapitres, au fleuve des mots, aux plaintes sanglantes des peurs décapitées… pour vous, vous la seule, vous le rêve, vous le miracle, vous le merci, vous le ciel, vous le bleu, vous le rouge, vous le vert, vous le mauve, vous la route, vous la raison, vous la passion, vous la chanson… Vous, ma Reine »

 

Ainsi prit fin le jour du serment, quand commença la légende. En première page du livre, figure le nom du chevalier, mais énormément d’autres restent à écrire dans l’alcôve secrète des corps fondus et des bonheurs mêlés.

 

                 A toi, pour toujours. 

 

                            

02:36 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

02/09/2006

Loi unique

Diamants accrochés au fil de l'absence,

glissent en fourmis aux sourires étoilés

vers la colonie impériale de tes sens,

Myrmidons des mes passions incarnées.

 

Tu sièges au grand Sénat de mes songes,

présidant le forum de mes paupières closes,

vêtue de la toge céruléenne du ciel éponge,

mosaïque absorbante en fine toile de prose.

 

Chaque mot murmuré est tribun fougueux,

faisant fondre le marbre de mon assemblée,

catachrèse charnelle, syllogismes sulfureux,

rhétorique de l’amour en ardente prosopopée.

 

Ton corps est discours, mon cœur auditoire,

désir studieux connu sur le bout des doigts,

récitant à l’examinateur nocturne son mémoire

pour décrocher avec envie une mention de toi.

 

Je plaide au Barreau de mes sentiments dorés,

pour gagner le procès que le manque m’inflige,

j’accole ton nom à mes conclusions signées,

prouvant au juge la cruauté que la distance exige.

 

Tu es la jurisprudence des tribunaux de mon âme,

tu es la doctrine initiatique de ma plus grande foi,

une conception immaculée où les doutes se pâment,

la justice de mon système, mon unique loi.

 

 

  

  

15:21 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |