11/10/2006

Voir plus loin

Tout compte fait, après réflexion, j’ai décidé qu’aucun écuyer ne peut retenir la rage d’un cheval quand il a décidé de ruer aveuglément. Ainsi je reviens, brandir ce que je suis, dans le but de faire la guerre à tous ceux qui n’ont pas compris ; plutôt être détesté pour ce que l’on est, qu’adulé pour ce que l’on est pas. Je pense que trop ont cru voir un être qui leur ressemble en se drapant dans l’impudence de la forme, en refusant de pénétrer véritablement le sens et l’esprit de celui qui vit derrière les mots, en formatant l’interprétation à leur bon vouloir… mais tout ceci prend fin aujourd’hui.

 

Je viens de passer une journée avec mon ami en ville, ouais, celui là même qui se voit mentionné dans le texte précédent. Nous avons bu, car nous adorons la bière et que le nier serait rejeter cet aspect de partage, nous avons discuté, nous avons réfléchi, nous avons ri mais nous avons surtout dit ce qu’un homme se doit de dire à un autre homme qu’il considère comme proche. A savoir qu’un ami n’est pas quelqu’un qui prétende comprendre ce qu’on lui dit, être là quand on a besoin ou lui mentir en disant qu’il est le meilleur à tout bout de champ, seuls les lèches futals et les lichénites en ont cette définition. Non, c’est quelqu’un qu’on peut fixer à travers le goulot d’une bouteille, en la soulevant avec lui, qu’on regarde droit dans les yeux, en se disant « je sais qui je suis », « il sait qui il est » et au-delà de toute cette masse de rampants inutiles et dérangeants, c’est ce gars là que j’ai choisi. Nous avons parlé de la force mais de la vraie, pas celle d’un skin truffé de protéines et de testostérone, aux yeux couleur épinards mixés, qui ne voit même plus ses pieds et n’arrive plus à rentrer dans son jeans de tapette, tellement il s’est gonflé la carcasse.

Seul un homme qui a décidé d’être fort peut le devenir, en réveillant le guerrier qui est en lui, en comprenant que chaque chose est un combat, en cherchant à se connaître véritablement pour savoir où il va et quand il le sait, s’y diriger sans l’ombre d’une hésitation… tout choix est une dernière charge, c’est du do or die. Si tu piges pas ça c’est que t’es un con et en plus que t’es pas un homme, des fois y a pas de détails, toute victoire est forcément absolue, seuls les faibles tentent de justifier l’injustifiable. Nous nous sommes également entretenus des choses de l’amour, comme il dirait, à travers la fumée des clopes, les bruits de l’environnement, le passage des innocents, la musique diffusée en toile de fond. Nous l’avons fait mûrement, purement, en hommes, car en cet instant où rien ne comptait à part la vérité ne pouvant exister que dans ce genre de contexte, nous avions rendez-vous avec nos vies.

 

Je crois sincèrement que dans ce genre de situations, un homme peut se retrouver en face d’un autre, malgré les différences, les incompréhensions, les différends, car ils ne sont alors plus unis que par la vérité, ce trésor inaccessible à tous les usurpateurs de talents.

Il faut sans cesse avancer vers soi, car mon ami aujourd’hui m’a fait repenser à ceci de manière plus prononcée : notre pire ennemi reste nous-mêmes et tant que nous arrivons à survivre avec lui, aucun autre ne peut nous inquiéter. Je suis en marche, en marche vers cette quête, aussi que tous ceux qui désirent s’élever sur mon chemin, m’accuser, me bafouer ou salir mon intégrité essentielle à tout homme, s’arment d’arguments solides, car je les briserai comme un fétu de paille à la clôture des récoltes.

 

Après être sortis du bar où nos discussions furent tenues, nous nous sommes jetés dans la magie pénétrante de la ville nocturne, cela faisait bien longtemps que nous n’avions partagé ce spectacle à deux et je dois bien avouer que c’est un tort auquel nous avons décidé de remédier.

 

En mentionnant cela, je souris tout seul dans l’obscurité grandissante de ma chambre car je me remémore, non sans une pointe de satisfaction rétrospective, les moments perdus dans les couloirs de la nuit, à cette époque où quasiment chacune d’elles était passée dans cette atmosphère unique. Parmi tous les souvenirs délirants remontant à cette période, je me concentre ce soir sur l’un d’eux plus particulièrement…

 

Nous le savions, la nuit allait être longue, nous l’avions déjà décidé de la sorte. Nous enchaînâmes les descentes de boissons à un rythme que ni la décence que je n’ai pas, ni la mémoire défaillante des circonstances, ne me permettent de spécifier. Toujours est-il qu’après avoir visité tous les bars et endroits louches qui nous passèrent alors par la tête, après avoir déambulé sous la lune de l’insouciance pendant des heures et sur les pierres des rues humides du centre, nous avons décidé d’observer le lever du soleil sur la ville. Nous nous sommes donc rendus sur un lieu bien connu, que je ne citerai pas ici afin que les gênants ne volent pas des beautés qu’ils ne méritent guère, pour être témoins de ce spectacle fabuleux. Encore légèrement grisés de nos escapades éthyliques, nous avons posés nos fesses sur les marches froides et nous avons échangé des pensées diverses en attendant que le ciel noir ne se teinte d’ocre aux cris du matin. L’air froid pénétrant nos poumons dans l’abandon des âmes n’était que pur bonheur, comme un liquide de vie qui joint l’intensité de l’intérieur à la magie de l’extérieur, mais évidemment, tous ceux qui n’ont jamais vécu ne peuvent comprendre ceci. Ce qui est surtout important ce que nous étions libres, nous étions forts car nous savions ce que nous faisions là, nous étions vrais car rien ne nous retenait, nous étions fous mais nous étions beaux dans cette aliénation… ouais j’y repense et c’était bien, certains parcours sont fort étranges, le nôtre l’est aussi je crois

mais comme il m’a dit tout à l’heure, les vrais hommes doivent voir plus loin… et moi, je vois le chemin que nous décidons d’emprunter, ensemble, en tant que soldats.          

       

 

00:26 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Je me disais aussi que cela ne te ressemblait pas d'ainsi baisser pavillon et de donner raison à ceux qui cherchent à brider ton galop. Je vois que je ne m'étais pas trompée à ton sujet et que tu es de ceux qui après avoir reçu un mauvais coup en pleine tête se relèvent pour reprendre leur chemin parce que leur quête va au-delà d'eux-mêmes.
Je te souhaite bonne route sur le chemin qui s'étend devant toi, toi le phénix qui vient de renaître.
Bonne journée Urban Poet

Écrit par : Kardream | 11/10/2006

hahaha...tout bonnement magnifique, il est vrai que rien ne remplace une franche camaraderie emplie de conversations inélégantes sous les silencieux cris de la nuit!

Écrit par : asgard | 11/10/2006

La quête, la seule, l'unique... Un tantinet tragiquo-militaire mais au fond, un bon moment que vous nous partagez ici virtuellement à la fraterie de la blogosphère. Longue vie à vos aspirations ! Puissent-t-elles vous porter loin !

Écrit par : Ewenn | 15/10/2006

Impossible pour moi d'écrire ainsi donc mes remerciements caustiques, je les annule et je m'annihile car le tout et le rien sont frères de sang.
Admiration cache jalousie hagarde. Jamais ...je ne saurai écrire et manier un français pareil ....c'est clair maintenant.
Merci pour votre silence...magnifique, si fort et si serein.

Écrit par : "Marine" | 15/10/2006

Intériorité Silencieuse je lis et je relis, le regard vêtu de sourires et d’espoirs, les larmes asséchées au galop de tes mots …

Il fallait être Toi pour déchirer ainsi les voiles du doute quand les fenêtres de la nuit s’ouvrent sur la route de la foi, celle que seuls les yeux rompus à l’authenticité et la justesse peuvent voir…

Écrit par : crysalidea | 15/10/2006

juste pour le plaisir de venir de faire un petit coucou
Qu'il est doux de venir à nouveau te lire

Bisous doux et à bientôt

Écrit par : eyes | 17/10/2006

Les commentaires sont fermés.