21/10/2006

Observatoire

C’est le matin, je marche, je marche en chantant intérieurement la chanson de l’homme qui pense, ma musique m’explose les tympans depuis cinq minutes

déjà et je fixe la pesanteur du ciel titane en spéculant

sur ce qui m’attend. Il est des moments où l’on ne peut couper aux obligations, je le sais, il faut que je me rende

à nouveau là bas. A mesure que j’approche du lieu, l’air lui-même en vient à changer, plane en cet endroit, une aura de mensonge, une négativité ambiante dissimulée sous une couche machiavéliquement posée d’apparences traîtresses. J’entends des sons, comme une musique qui vient interférer avec la mienne, je ne connais pas mais moi, je ressens ça comme un remix post-nucléaire de Norah Jones, c’est un peu comme admirer un cristal dans une cage de métal, bref, ça me dérange. La fourmilière crache toute sa puissance doctrinale alors que je me fonds à son contact, des entités, des gens, partout, non ce sont bien des fourmis, ils paraissent tous savoir ce qu’ils font là mais aucun n’y pense en réalité. Je me fraie donc un chemin au travers de cette masse bruyante, j’ai quelques minutes de retard, en principe cela ne m’arrive pas mais dans ce contexte je dois bien avouer que ça m’arrange.

 

Presque avec fracas, je pousse la double porte, je pénètre

dans l’auditoire à moitié garni ; le principal intéressé, celui que tous attendent en babillant de façon futile, a encore plus de retard que moi.

Je scrute la disposition et décide d’aller me poser tranquillement au fond, plus ou moins deux rangs

derrière le dernier occupé. Là haut, je profiterai d’un avantage stratégique pour mon observation.

Voilà, sans un mot, le chef de l’acte entre avec quinze minutes de retard en commençant sans introduction aucune ce qui tombe communément sous le vocable de cours. Moi, du haut de mon perchoir, je lance un regard global qui balaie tout l’environnement.

Je me délecte car ils sont en représentation, eux, les acteurs inconscients de cette pièce dont ils ne pourront jamais saisir ni les finesses, ni même l’existence. Tout d’abord, mon regard s’attarde sur un gars au premier rang : de corpulence très mince pour ne pas dire maigre, un style négligé pour ne pas dire sale, des cheveux créant un hiver tout blanc lorsqu’une simple secousse les traverse, des petites lunettes, et… un magnifique pc portable servant à prendre note, du genre petit génie high tech qui pète pas un mot mais qui en encode cinq à la seconde dans sa machine. Je suis content, c’est mon premier sujet, ha je vois une main qui se lève, je suis curieux.

Alors lui, il s’agit du pauvre bonhomme qui rougit quand il pose une question. C’est son moment de gloire éphémère, un instant aussi infime soit-il lui permettant d’exister aux yeux des autres, lui qui d’ordinaire doit être l’homme sans ombre, un hologramme diaphane de timidité à la limite de l’évanouissement lorsqu’une fille lui dit bonjour. C’est fait, il l’a posée, tout le monde l’a oublié déjà, il retourne dans le néant existentiel qui est le sien en attendant sa prochaine intervention, l’an prochain peut être.

 

Ensuite, me vient un léger sourire en observant toute une ligne de gratteurs supersoniques, on dirait une équipe olympique de prise de notes synchronisée, ils écrivent plus vite que ce que leur cerveau est apte à digérer, pour le peu qu’il en soit capable tout court. Je trouverais intéressant de mesurer la corrélation entre ce profil d’étudiant là et le taux de cancer du poignet dans les années suivant leur pseudo formation. Mon observation vagabonde dans les travées de cette forme censée rappeler les agoras de la Grèce antique et finit par se fixer sur une fille cette fois. Je cherche un terme élégant pour tenter de la qualifier mais je n’y parviens décidément pas. Une pisseuse fashion-victim probablement en procédure de mariage organico-technologique avec son téléphone mobile dernier cri, méditant des heures durant sur la longueur qu’elle choisira pour ses extensions de cheveux et sur la couleur à appliquer à ses faux ongles… artifices quand tu nous tiens !

Beaucoup plus sobre et moins facile à repérer, le gars semblant perdu au milieu de l’arène lisant son « métro » avec un regard vide. C’est le genre qui doit être né en orbite circumlunaire d’un père cosmonaute et d’une mère frappée de mononucléose chronique, le genre à bailler au réveil après douze heures de sommeil, le genre qui en posant son menton sur sa paume, semble y confier tout le poids de l’univers… un gentil en somme.

 

Pas très loin devant moi, en tendant l’oreille, je peux surprendre la conversation de deux commères de quartier, déjà du genre mamies et très vieilles filles alors que parallèlement elles ne semblent pas encore avoir embrassé intellectuellement la post-adolescence.

Juste devant elles, se trouve un vrai faux rocker : une casquette à l’effigie du groupe The Ramones, en mousse, du style qu’on fabrique plus et qu’on ose plus porter, un jeans tout neuf dans lequel sa petite maman a sûrement fait des trous avec amour pour qu’il ait l’air d’avoir tout vécu en le portant et des chaussures larges qu’il a probablement ciré au polish d’excréments pour tenter de les rendre plus trash, rrrrrrridicule ! Subsidiairement, il tente de dissimuler son mp3, de valeur scandaleusement supérieure au véritable amour qu’il en a, tout en faisant mine de suivre les explications.

Enfin, dernière perle de mon étude mais pas la moindre, un pur produit de la noblesse déchue, dans le style sang bleu, comme ses yeux de fils bien élevé, au nom tellement long et pompeux qu’on lui a déjà retourné deux paires de claques avant qu’il n’arrive à la moitié.

Dans le genre, il a un style hautain, comme s' il allait encore monter sur quelque trône autre que celui nécessaire à l’appel quotidien de la nature. Il sait tout, il domine tout, il en est persuadé, comme quand il tient son sceptre souverain qui n’est autre qu’un club de golf, il voudrait sûrement changer le monde en un terrestre dix-huit trous mais il a peur de dire merde aux clichés, un bien triste sire que celui là.

 

Ainsi se termine mon exposé socio-psychologique de terrain. Je conclurai en disant ceci : si ce sont là les grands esprits de demain, j’attend impatiemment le jour où l’on pourra avoir un balcon sur la lune.                 

16:16 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

11/10/2006

Voir plus loin

Tout compte fait, après réflexion, j’ai décidé qu’aucun écuyer ne peut retenir la rage d’un cheval quand il a décidé de ruer aveuglément. Ainsi je reviens, brandir ce que je suis, dans le but de faire la guerre à tous ceux qui n’ont pas compris ; plutôt être détesté pour ce que l’on est, qu’adulé pour ce que l’on est pas. Je pense que trop ont cru voir un être qui leur ressemble en se drapant dans l’impudence de la forme, en refusant de pénétrer véritablement le sens et l’esprit de celui qui vit derrière les mots, en formatant l’interprétation à leur bon vouloir… mais tout ceci prend fin aujourd’hui.

 

Je viens de passer une journée avec mon ami en ville, ouais, celui là même qui se voit mentionné dans le texte précédent. Nous avons bu, car nous adorons la bière et que le nier serait rejeter cet aspect de partage, nous avons discuté, nous avons réfléchi, nous avons ri mais nous avons surtout dit ce qu’un homme se doit de dire à un autre homme qu’il considère comme proche. A savoir qu’un ami n’est pas quelqu’un qui prétende comprendre ce qu’on lui dit, être là quand on a besoin ou lui mentir en disant qu’il est le meilleur à tout bout de champ, seuls les lèches futals et les lichénites en ont cette définition. Non, c’est quelqu’un qu’on peut fixer à travers le goulot d’une bouteille, en la soulevant avec lui, qu’on regarde droit dans les yeux, en se disant « je sais qui je suis », « il sait qui il est » et au-delà de toute cette masse de rampants inutiles et dérangeants, c’est ce gars là que j’ai choisi. Nous avons parlé de la force mais de la vraie, pas celle d’un skin truffé de protéines et de testostérone, aux yeux couleur épinards mixés, qui ne voit même plus ses pieds et n’arrive plus à rentrer dans son jeans de tapette, tellement il s’est gonflé la carcasse.

Seul un homme qui a décidé d’être fort peut le devenir, en réveillant le guerrier qui est en lui, en comprenant que chaque chose est un combat, en cherchant à se connaître véritablement pour savoir où il va et quand il le sait, s’y diriger sans l’ombre d’une hésitation… tout choix est une dernière charge, c’est du do or die. Si tu piges pas ça c’est que t’es un con et en plus que t’es pas un homme, des fois y a pas de détails, toute victoire est forcément absolue, seuls les faibles tentent de justifier l’injustifiable. Nous nous sommes également entretenus des choses de l’amour, comme il dirait, à travers la fumée des clopes, les bruits de l’environnement, le passage des innocents, la musique diffusée en toile de fond. Nous l’avons fait mûrement, purement, en hommes, car en cet instant où rien ne comptait à part la vérité ne pouvant exister que dans ce genre de contexte, nous avions rendez-vous avec nos vies.

 

Je crois sincèrement que dans ce genre de situations, un homme peut se retrouver en face d’un autre, malgré les différences, les incompréhensions, les différends, car ils ne sont alors plus unis que par la vérité, ce trésor inaccessible à tous les usurpateurs de talents.

Il faut sans cesse avancer vers soi, car mon ami aujourd’hui m’a fait repenser à ceci de manière plus prononcée : notre pire ennemi reste nous-mêmes et tant que nous arrivons à survivre avec lui, aucun autre ne peut nous inquiéter. Je suis en marche, en marche vers cette quête, aussi que tous ceux qui désirent s’élever sur mon chemin, m’accuser, me bafouer ou salir mon intégrité essentielle à tout homme, s’arment d’arguments solides, car je les briserai comme un fétu de paille à la clôture des récoltes.

 

Après être sortis du bar où nos discussions furent tenues, nous nous sommes jetés dans la magie pénétrante de la ville nocturne, cela faisait bien longtemps que nous n’avions partagé ce spectacle à deux et je dois bien avouer que c’est un tort auquel nous avons décidé de remédier.

 

En mentionnant cela, je souris tout seul dans l’obscurité grandissante de ma chambre car je me remémore, non sans une pointe de satisfaction rétrospective, les moments perdus dans les couloirs de la nuit, à cette époque où quasiment chacune d’elles était passée dans cette atmosphère unique. Parmi tous les souvenirs délirants remontant à cette période, je me concentre ce soir sur l’un d’eux plus particulièrement…

 

Nous le savions, la nuit allait être longue, nous l’avions déjà décidé de la sorte. Nous enchaînâmes les descentes de boissons à un rythme que ni la décence que je n’ai pas, ni la mémoire défaillante des circonstances, ne me permettent de spécifier. Toujours est-il qu’après avoir visité tous les bars et endroits louches qui nous passèrent alors par la tête, après avoir déambulé sous la lune de l’insouciance pendant des heures et sur les pierres des rues humides du centre, nous avons décidé d’observer le lever du soleil sur la ville. Nous nous sommes donc rendus sur un lieu bien connu, que je ne citerai pas ici afin que les gênants ne volent pas des beautés qu’ils ne méritent guère, pour être témoins de ce spectacle fabuleux. Encore légèrement grisés de nos escapades éthyliques, nous avons posés nos fesses sur les marches froides et nous avons échangé des pensées diverses en attendant que le ciel noir ne se teinte d’ocre aux cris du matin. L’air froid pénétrant nos poumons dans l’abandon des âmes n’était que pur bonheur, comme un liquide de vie qui joint l’intensité de l’intérieur à la magie de l’extérieur, mais évidemment, tous ceux qui n’ont jamais vécu ne peuvent comprendre ceci. Ce qui est surtout important ce que nous étions libres, nous étions forts car nous savions ce que nous faisions là, nous étions vrais car rien ne nous retenait, nous étions fous mais nous étions beaux dans cette aliénation… ouais j’y repense et c’était bien, certains parcours sont fort étranges, le nôtre l’est aussi je crois

mais comme il m’a dit tout à l’heure, les vrais hommes doivent voir plus loin… et moi, je vois le chemin que nous décidons d’emprunter, ensemble, en tant que soldats.          

       

 

00:26 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

09/10/2006

Adieu

Ceci sera mon dernier texte:

il n'y aura aucune référence, aucune influence, aucune inspiration, aucune copie. Simplement les mots d'un homme, écrits à l'encre des larmes qui coulent sur ce clavier maudit.

Je ne veux pas de mots compliqués, d'images poétiques, de réfléxions conflictuelles, car j'ai échoué, échoué dans mon écriture, dans ce que je voulais qu'elle véhicule. Par elle, je tentais de comprendre mieux celui que je suis, de sonder ma vision et ma perception de certaines choses et de la partager pour voir si je serais entendu. Personne n'est obligé de me croire, mais je tremble en écrivant ceci. Il est une personne qui, depuis bien des années, m'a apprit énormément, m'a ouvert de nouvelles voies, passions, orientations. Il est certain qu'il fut une influence et je ne cherche pas à le nier. J'ai d'ailleurs tenté, presque pudiquement, de le dire dans un texte du mois d'octobre, tout au début. Au delà des sources elles-mêmes, c'est donc lui qui fut le puits de ma "formation". Je n'estime pas avoir copié des oeuvres mais l'héritage de cette personne est ancré en moi. J'ai essayé par mes mots, de chercher comment j'avais assimilé tout cela, de l'exprimer à ma façon en me détachant du vecteur originel, de me prouver que j'avais vraiment ressenti toute cette matière. J'ai voulu trouver celui que je suis encore plus profondément et tout en le confirmant, saisir si d'autres pouvaient le comprendre. Mais visiblement, j'ai lamentablement manqué mon essai, car la personne qui, je le souhaitais au départ, y arriverait, n'y est pas parvenu par ma propre faute. J'ai tout voulu sauf me travestir et c'est pourtant comme cela que je suis ressenti... échec, échec, échec.

J'écris pour moi mais aussi pour tout ce qui vis en moi, j'ai voulu éviter les étiquettes, les regards biaisés mais je retombe dedans alors que j'en ai souffert par le passé, croyez moi ou pas. Nous nous présentons tous avec des carcans, des acquis, des poids, des secrets, un passé. J'essayais ici de men détacher, là encore, ode à l'échec sanctifié. Menteur, voleur, tricheur, usurpateur, ou toute négativité impériale se terminant en "eur", traitez moi de ce que vous désirez, car j'arrête ici, je n'ai pas été compris. Je promets pourtant que mon intention ne fut JAMAIS de commettre un tel forfait, peut être inconsciemment, ai-je là aussi, échoué. Adieu Banur, adieu mémoires, adieu illusions, adieu mensonges.

Pardonne ma faiblesses mon ami, celle que tu n'as jamais acceptée, j'ai échoué. Je sais parfaitement que tu ne me croiras pas mais je t'aime. Si ces mots-ci ne sont pas spontanés, alors je n'existe pas. Adieu à tous.

00:52 Écrit par Banur dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |