19/11/2006

Standby

Est-ce que chaque journée nécessite un élément déclencheur ? Est-ce que chaque journée nécessite une raison qui lui est propre pour commencer ? Est-ce que quelqu’un d’autre se pose cette question ? Là, à l’instant, je viens de sortir de mon plumard. Ce parallélépipède de ressorts capricieux et grinçants possède un pouvoir sombre, une capacité à torturer le doute et à s’accaparer la réponse qui en découle, tout en faisant inexorablement pencher la balance de son côté obscur. Le doute, c’est le doute unique et oppresseur régnant à cet instant, c’est le parangon du raisonnement monomaniaque, c’est un juge inquisiteur siégeant au tribunal de la conscience interne et raisonnant de sa voix grave lorsque tombe, tel un couperet, l’irréversible question : putain ! Je me lève ou pas ?

 

Bien entendu, malgré mes paupières semi closes, je ne dormais plus depuis un long moment déjà, cependant, je fus happé par la voix inique du pageot, cette voix sablée comme une pâtisserie croustillante, ce chant muet mais corrupteur auquel il arrive que l’on succombe.

J’en reviens donc à ma question initiale, à cet élément déclencheur qui, s’il est absent, peut incommensurablement faciliter et réduire la résistance au doute. Il est des jours où nous ne voulons pas vivre. Cela ne veut pas dire que nous voulons mourir mais seulement que nous n’avons pas la fureur de vivre, cette rage parfois silencieuse qui nous pousse à être le plus tôt debout, qui nous pousse à courir vers notre but, qui nous pousse à embrasser le matin plein de certitudes, qui nous force à organiser le temps si précieux afin de pouvoir tout accomplir.

 

Le temps dans ces cas là, d’ailleurs, est à l’identique des ressources à la surface du globe : inégalement et inefficacement réparties. Alors que beaucoup meurent encore de faim de façon indicible lors de l’avènement du pseudo progrès, d’autres gaspillent de façon tout aussi indescriptible. Pour le temps, c’est la même chose. Il arrive souvent qu’on le dilapide à d’infructueuses lubies, alors qu’à d’autres moments, il manque cruellement pour profiter d’un instant parfait ou tout simplement pour achever tout ce qui avait été programmé.

 

Aujourd’hui, c’est un peu ça, un jour en creux, 24 heures de mode standby, nous sommes des machines après tout. La pupille se teinte de rouge, le système entier tourne au ralenti, en attendant le signal, c'est-à-dire la couleur rivale, le feu vert dans le langage technique. Le vert dont le métacode communément partagé ne pourra signifier qu’une seule chose… lève toi, repars, agis, vis. Un peu comme dans la chanson « l’envie », on pourrait dire : qu’on me donne la stase pour que mon sang circule. Pour être vivant il ne suffit pas de respirer, ni même d’être en bonne santé, il faut être conscient de ce que cela représente pour soi et il faut être certain que ce désir soit plus fort et plus indubitable que tout le reste. La formule de Pascal, résidait dans le « cogito ergo sum », ou encore « je pense donc je suis ». Moi, ma formule en ce jour de creux sera : « j’aime donc je vis »          

   

15:18 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Cycle Je ne me pose pas ce genre de question parce que le cycle de mon sommeil est bien trop capricieux que pour me laisser cette possibilité.
Quant à "cogito ergo sum", tu l'attribues à tort à Pascal puisque cette formule est de Descartes, dans le "Discours de la méthode" paru en 1637 alors que Pascal n'avait que 14 ans. Il était précoce, certes, mais pas à ce point.
Quant à ta formule, elle reflète tout le bon sens qui t'anime, cette intelligence du coeur que peu de personnes possèdent.
A bientôt Urban Poet

Écrit par : Kardream | 20/11/2006

Insondable C’est presque inévitable…

Quand l’envie de se recroqueviller en soi, en ses pensées souvent livides, investit notre espace… où trouver alors l’influx positif qui déclenchera en avalanche le processus de relance, inondant nos cellules de l’urgence de vie ?

Manque d’envie… dérangeant, déstabilisant…

Etat d’alanguissement … vide, absence, trou noir…

Mais toi, tu prends la plume en ce jour où l’espace-temps s’égraine en secondes interminables et qu’il est dans ce cas un ennemi que l’on voudrait terrasser… Ecrire, c’est se booster, propulser sa pensée, redresser la tête.

Jour de creux ? Se peut-il être vraiment alors que ta devise résonne en un écho qui réfléchit sa force dans ton espace vital et traverse l’infiniment grand de tes sentiments pour rencontrer l’insondable passion du cœur qui l’a entendu?

Écrit par : crysalidea | 20/11/2006

ta formule est valable l'espace d'un jour creux comme tu sembles le sous-entendre ou est elle une devise établie?

ton humble serviteur, l'oiseau de malheur...

Écrit par : asg. | 21/11/2006

C'est sûr que si l'on aime... on est, plus encore que si l'on pense! Les jours en demi-teintes ou l'envie de ne rien faire se profile, sont souvent les jours où l'on crée le plus! On réécrit sa vie ou on la projete, on espère, on attend demain tous les sens aux aguets...J'adore ces journées là, où du fond de mon lit je refais le monde et je regrette qu'elles soient si peu nombreuses dans le rythme effréné du quotidien! A bientôt

Écrit par : Syolann | 25/11/2006

mmmmmm il m'arrive parfois de me mettre aussi en standby, ne pas avoir envie de se lever, juste rester sous la douceur de la couette, ne rien entendre, ne rien dire, savourer le silence et la chaleur mais heureusement cela ne dure jamais bien longtemps et si ce n'est pas l'envie qui me fait bouger c'est la perspective de l'humeur de mon boss en cas de retard.....
Bisous doux et à bientôt

Écrit par : eyes | 01/12/2006

(+.+) C'est joli l'amour...

Un p'tit lapin pour Banur, j'observe toujours...
(____/)
(=O_O=)
..../''').../''')


Gentillement,
Conscience = )

Écrit par : Conscience | 14/12/2006

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