02/06/2009

L'amour est la réalité du langage

"Tout est langage", tel est le postulat fondateur de la critique postmoderne. L'usage problématique de la rationnalité humaine a précipité la fin des métaréctis, repères universels d'une race hétéroclite. Mais lorsque tout est langage, l'écriture devient selon une perspective constructiviste, un processus de confection du réel. Ecrire, ce n’est plus traduire ou transcrire, c’est construire, voilà pourquoi nous y faisons appel dans les moments de doute, de joie, de tristesse ou de réussite. Ainsi, dès lors que nous formulons métaphoriquement notre douleur par exemple, nous ne cherchons pas à la décrire, autrement dit, à en faire une cause efficiente, la description n’est alors plus qu’une conséquence contingente de l’activité causale de formation du réel. Ecrire que l’on a mal ne consiste pas à décrire une douleur particulière mais crée matériellement dans la concrétude de la réalité, un sentiment immatériel interne. De la même façon, écrire que l’on aime ne vise pas à subsumer ce sentiment dans un système affectif mais réévalue à chaque fois le flux de puissance par lequel ce système est mû.

 

« Je t’aime », mon amour. Je te l’écris et par là, te fais comprendre que cet énoncé n’est pas une simple habitude en tant qu’expression de la factualité, il est dans toute sa dimension performative, un critère de validité de nos existences communes. Là encore, l’amour ne peut se contenter d’être descriptif, il est ontologiquement supérieur au statut du simple « étant » et matériellement supérieur à sa quantification sensible. Le prédicat «t’aime», ne peut se concevoir comme un attribut purement historique du sujet « je », comme la description future d’une copie d’un sentiment résolument passé et supposé présent, il doit être un paramétrage complet et réactualisé de toutes les conditions empiriques de la nouvelle réalité. Paramétrer et réactualiser, voilà très précisément le rôle de l’écriture dans un contexte de holisme langagier au sein duquel la réalité est une captation de la force sémantique. L’amour crée par la fusion des êtres, un consubstantialisme que l’écriture permet de consacrer. Voilà bien des mois que je ne poursuis pourtant plus cette activité qui m’est si chère : tant de mots non couchés, tant de choses qui ne furent pas dites et donc tant de réel non construit.

 

Depuis plus de deux mille ans maintenant, la philosophie tente de fonder le savoir, les connaissances, avec pour résultat une pluralité immense de théories et peu de certitudes dans le cadre d’un réel, objectivé par la construction des événements, manipulé par l’hégémonie du langage. Cependant à la manière de Kant, j’ai pu dégager un impératif catégorique : « t’aimer » non pas universellement mais éternellement, comme maxime vitale de mes actions, comme sens fondateur de mon langage.

12:53 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |