18/09/2009

Inconstance

Rien ne dure.

 

Rien ne dure tant que la mystérieuse insatisfaction de

l’opportunité manquée, lorsque, face à la sauvage incertitude du

choix posé, les doutes se mêlent au flux de l’excitation. Toute

chose se termine, tout se fane un jour, à l’image d’une

 

fleur trop exquise pour perdurer. Pourtant, le souvenir de la

beauté est souvent plus tenace que l’objet l’ayant fait exister.

L’inconstance de nos vies est le paradoxe le plus constant de

celles-ci. Nous rêvons de réaliser ce que nos esprits

 

créent mais bien souvent nos cœurs meurent de ne pas avoir

assez vécu. D’abord nous désirons aimer, ensuite nous aimons

et puis nous nous persuadons que cet amour n’est pas un

songe. Vivre, c’est combattre en vain l’inconstance

 

de ce qui nous entoure et c’est précisément ce caractère

inéluctable qui donne à la lutte tout son sens. Les larmes, aussi

salées soient-elles, ne persistent pas plus

 

que l’espoir, voilà pourquoi la fragile nécessité de ce qui naît

est axiologiquement neutre. L’éphémère est une vérité, un

attribut de la nature du vivant mais il est lui-même assujetti à sa

propre dynamique : le réel n’est rien d’autre que ce que l’on en

fait. Les promesses d’éternité sont les plus délicieux

 

mensonges, elles répondent à la surnaturelle immortalité du ciel,

elles plongent les âmes dans la luxueuse illusion de l’acquis et

font même des plus pauvres, des nantis du drame. Sois un lion,

plante tes crocs dans la chair du temps afin de lui laisser une

marque qui le fasse saigner pendant des siècles, à la manière de

 

ceux qui ont signé les pages du grand livre de l’Histoire. Aime,

partage, mange, bois, écris et crie que tu vis même si cela ne

sert à rien, car cette guerre perdue contre l’inconstance nous

permettra un jour de domestiquer la fin.

23:25 Écrit par Banur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |