22/04/2010

A l'orée de la nuit

Elle était immobile, endormie dans sa coupe nue. Sa chair dessinait des courbes à l’orée du sombre de la nuit. Deviner dans l’obscurité un corps que l’on connaît, c’est prédire une joie que l’on possède déjà. Amour n’est pas instinct. Amour n’est pas instant. Amour est construction dans la complexité du temps. D’abord on aime le rêve, les astres ardents de la promesse, l’utopie sauvage de la découverte. Ensuite celui-ci se gorge du sel de la réalité ; mais ce n’est que lorsque l’on accède au visage de l’humanité que l’on peut aimer l’Autre. Parfois, on se lasse avant et l’on se tourne vers la quête fallacieuse d’un éternel renouveau. Parfois on arrive à subjuguer le quotidien d’un lien entendu, indicible, silencieusement solide.

Un regard suffit alors souvent pour éclipser le langage, pour tamiser les doutes ou simplement pour dire merci. Le désir quant à lui, n’est pas consubstantiel au bonheur, il est ce qui le menace dans son intimité profonde, et pourtant sans lui nous sommes éteints, semblables à des panneaux indiquant des villes n’existant plus. Dans une expression quelque peu ancienne, on disait lorsque l’on avait couché avec une femme qu’on « l’avait connue ». Connaître consume le désir, le modère, le musèle parfois. Or, ce n’est qu’en accédant pleinement à la connaissance de l’Autre que le désir peut être complet, transcendé, réel tout simplement. Il est facile de désirer ce que l’on ne possède pas mais il est plus noble d’estimer ce que l’on a.

 

Je te regarde, toi qui dors juste là,

Et te désire si près, si loin, si fort,

Par une vague qui monte en moi,

Léchant l’écume salée de ton corps.

La houle me berce de tes reins

Dans ce grand voyage imaginaire,

Ma bouche marine dévore tes seins,

Tel un esquif où la raison se perd.

La douce musique de tous les mots

Devient le chant de ton plaisir,

Une sirène appelant les sots

Comme des doutes voulant mourir.

Les symboles s’entrechoquent

A mesure que les peaux se mêlent,

Je sens mon souffle qui se bloque

Retrouvé, ton regard de jouvencelle.

Ton émotion bleutée me rend ivre

De moments où rien ne compte,

De pages blanches de livres,

Où s’éteindrait la honte.

Ton sourire m’emprisonne

Dans les filets de ton âme,

Mais mon bonheur résonne

Comme une passion se clame.

Elle est,

Je suis,

Nous sommes

Et ça suffit.

06:44 Écrit par Banur dans Amour | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |